Lundi 02 mars 2026
Du Dr Jared Cooney Horvath neuroscientifique cognitif, spécialiste dans l'apprentissage :
"La génération Z (enfants nés entre 1997 et 2010) est la première génération de l’histoire moderne à être moins performante que nous sur pratiquement tous les indicateurs cognitifs : attention, mémoire, maîtrise de la langue écrite, calcul, fonctions exécutives, et même quotient intellectuel général – alors même qu’ils vont plus à l’école que nous. Alors que s’est‑il passé ? Qu’est‑ce qui, autour de 2010, a découplé la scolarisation du développement cognitif ? Ce ne peut pas être l’école, ce ne peut pas être la biologie : elle n’a pas eu le temps de changer. La réponse semble être les outils que nous utilisons à l’école pour produire cet apprentissage. Dans 80 pays, si l’on regarde les données, on constate qu’une fois que les pays adoptent largement la technologie numérique à l’école, les performances baissent significativement. Au point que des élèves qui utilisent l’ordinateur environ cinq heures par jour à l’école, à des fins d’apprentissage, obtiennent des scores inférieurs de plus des deux tiers d’un écart‑type à ceux des élèves qui utilisent rarement ou jamais, la technologie à l’école."
Et dans la même veine, du philosophe Yves Citton :
"La marchandisation de l'attention ne se contente pas de la capter : elle la fracture. Le capitalisme de plateforme doit l'extraire à tout prix, au point de casser notre temps attentionnel, notre capacité de contemplation. Je ne blâme ni les technologies en elles-mêmes, ni les étudiants, qui font ce qu'ils peuvent dans un monde de dispersion. L'enjeu est plutôt de penser une réponse collective face à ce capitalisme de plateforme"
Et selon Umberto Eco :
"Umberto Eco a consacré sa vie à comprendre comment les gens communiquent, comment les idées se propagent, comment le langage façonne notre perception du réel et comment les sociétés définissent ce qui constitue la vérité.
En juin 2015, lors d’une interview en Italie, il a été interrogé sur l’effet d'Internet sur la société. Sa réponse a été directe et provocatrice : "Les réseaux sociaux donnent à des légions d'idiots le droit de parler, là où auparavant ils ne s'exprimaient que dans un bar après un verre de vin, sans nuire à la communauté. À l'époque, ils étaient rapidement ignorés. Maintenant, ils ont le même droit de parole qu'un lauréat du Prix Nobel."
Il qualifia cet état de "l'invasion des idiots". Les réactions ne se sont pas fait attendre. Certains l'ont accusé d'arrogance, de vouloir museler le peuple, de manquer de démocratie. Umberto Eco ne s'opposait pas - bien sûr - à la liberté d'expression mais Il mettait en garde contre les conséquences d’un monde et où les preuves sont considérées sur le même pied que l’intuition ou l’opinion d’un inconnu."
Tous ces commentaires vont dans le même sens ; une technologie quelle qu'elle soit (ici, la numérisation et l'algorithmisation) n'est jamais ni bonne ni mauvaise en soi. Elle ne prend valeur (positive ou négative) que par la manière dont les humains les mettent en œuvre.
Et il n'y a que deux chemins : la technologie comme amplificateur de paresse, de distraction, d'évasion et de médiocrité ... ou la technologie comme amplificateur de la puissance créative, cognitive et accomplissante.