Jeudi 22 octobre 2026
Qu'ont en commun les philosophies d'Aristote, de Spinoza, de Leibniz, de Nietzsche, de Hegel et que n'ont pas les philosophies de Platon, Descartes, Voltaire, Rousseau, Kant et Schopenhauer ?
Claude répond :
"Ce qui unit Aristote, Spinoza, Leibniz, Hegel et Nietzsche, et que n’ont ni Platon, Descartes, Voltaire, Rousseau, Kant ni Schopenhauer, c’est à mon sens une pensée de l’immanence et de la puissance d’être : chez eux, la réalité est animée de l’intérieur par une force, une tendance ou un effort qui la fait devenir ce qu’elle est (l’entéléchie, le conatus, la force ou appétition, l’Esprit qui se déploie, la volonté de puissance). Il n’y a pas de rupture entre l’être et son devenir, ni entre la nature et ce qui la dépasse.
Les autres philosophes, eux, reposent sur un dualisme ou une coupure :
Platon : monde sensible / monde intelligible.
Descartes : âme pensante / corps étendu.
Kant : phénomène / chose en soi.
Schopenhauer : représentation / volonté (la volonté étant d’ailleurs aveugle et à nier plutôt qu’à épanouir).
Rousseau : nature / société corrompue, avec un état originel perdu.
Voltaire : plus un esprit critique qu’un système, sans métaphysique de la puissance interne.
Pourquoi ce critère fonctionne :
Aristote : tout être tend vers l’accomplissement de sa forme (puissance → acte).
Spinoza : chaque chose s’efforce de persévérer dans son être (conatus) ; une seule substance, Dieu ou la Nature, sans transcendance séparée.
Leibniz : la substance est force active (monade) ; chaque être déploie spontanément ses perceptions.
Hegel : le réel est processus, l’Esprit se développe par ses contradictions internes.
Nietzsche : la vie est volonté de puissance ; il refuse l’arrière-monde.
On peut aussi formuler cela autrement : ce sont des philosophes du dynamisme (l’être est activité, non substance inerte ou simple donné), là où les autres sont soit des philosophes de la séparation (deux mondes, deux substances), soit de la limite de la connaissance (Kant), soit de la critique ou de la nostalgie (Voltaire, Rousseau).
Il y a d’autres lectures possibles de votre question, car il ne s’agit pas d’un critère canonique. On pourrait aussi chercher du côté de la place de la vie (l’organisme comme modèle chez Aristote, Leibniz, Hegel, Nietzsche), ou de l’absence d’un point de départ dans le doute ou le sujet (le cogito cartésien et le sujet transcendantal kantien en sont des cas typiques)."
Et ChatGPT répond :
"La question est passionnante, parce qu'elle fait apparaître une ligne de fracture possible dans l'histoire de la philosophie occidentale. Mais il faut d'abord préciser qu'il n'existe pas de propriété philosophique qui réunisse parfaitement Aristote, Spinoza, Leibniz, Nietzsche et Hegel tout en excluant Platon, Descartes, Voltaire, Rousseau, Kant et Schopenhauer.
Une hypothèse particulièrement féconde serait que les cinq premiers philosophes ont en commun, malgré leurs différences, de chercher à penser l'être, la réalité ou le devenir à partir d'un principe d'intelligibilité immanent au réel lui-même. Autrement dit, ils tendent à expliquer le monde par sa propre structure, sa nécessité, ses causes ou sa dynamique, plutôt que de faire de la conscience humaine, de la morale, de la liberté individuelle ou des limites de la connaissance le point de départ principal de la philosophie.
Voyons jusqu'où cette hypothèse tient.
1. Les cinq philosophes : une intelligibilité du réel
Aristote — La réalité possède sa propre structure
Les êtres naturels possèdent des principes internes de mouvement, de développement et de finalité. Pour comprendre une chose, il faut étudier ce qu'elle est, ses causes et la manière dont elle se réalise. La connaissance part du monde concret pour en dégager les principes universels.
Spinoza — Tout découle de la nécessité de la Nature
Dieu et la Nature ne sont pas deux réalités séparées : ils désignent une même réalité infinie. Tout ce qui existe découle nécessairement de sa nature. L'être humain n'échappe pas à cet ordre : ses passions et ses actions doivent être comprises par leurs causes.
Leibniz — Rien n'est sans raison
Le principe de raison suffisante affirme qu'il existe une raison pour laquelle toute chose est ainsi plutôt qu'autrement. Le réel est intelligible, même si nous ne connaissons pas toujours les raisons en question. La pluralité des substances s'inscrit dans un ordre rationnel global.
Nietzsche — Il faut penser la vie et le devenir
Nietzsche récuse les arrière-mondes qui dévalorisent la vie réelle. Il cherche à comprendre les valeurs, les idées et la morale à partir des forces, des instincts, des perspectives et de leur histoire. Il se méfie cependant de l'idée que le réel formerait un système rationnel intégralement explicable.
Hegel — Le réel se développe dialectiquement
La réalité ne se réduit pas à un ensemble de choses immobiles. Elle se déploie dans un processus historique et dialectique où les contradictions participent au développement de la pensée, de la liberté et de l'esprit.
Leur point commun le plus intéressant serait donc celui-ci : le réel n'est pas simplement un objet placé devant nous ; il faut comprendre ses principes internes, sa genèse et son ordre.
Mais il existe une difficulté importante : Aristote, Spinoza et Leibniz défendent des conceptions fortes de l'ordre et de l'intelligibilité, alors que Nietzsche critique précisément les systèmes qui prétendent ramener toute la réalité à une rationalité universelle. Il faut donc formuler le dénominateur commun à un niveau plus abstrait.
2. Les six autres philosophes : une autre manière de poser le problème
Il serait toutefois inexact de dire qu'ils ne s'intéressent pas au réel. La différence se situe plutôt dans la priorité qu'ils accordent à certaines questions.
Platon : Comment accéder aux réalités intelligibles au-delà du monde sensible ?
Descartes : Comment fonder la certitude à partir du sujet pensant ?
Voltaire : Comment combattre le fanatisme, l'intolérance et les abus par la raison ?
Rousseau : Comment penser la liberté, la perfectibilité humaine et la légitimité politique ?
Kant : Quelles sont les conditions et les limites de notre connaissance ?
Schopenhauer : Comment comprendre le monde à partir de la volonté et expliquer la souffrance ?
Cette distinction est relative, non absolue. Platon élabore une métaphysique ambitieuse ; Descartes construit une philosophie de la substance ; Kant étudie la nature et les conditions de la connaissance ; Schopenhauer propose lui-même une métaphysique générale. Ils ne forment donc pas un groupe homogène opposé aux cinq premiers.
3. Le dénominateur commun le plus profond : la priorité de l'être sur le sujet ?
On pourrait essayer de distinguer deux orientations.
Orientation A — Comprendre le réel à partir de lui-même
Aristote, Spinoza, Leibniz, Nietzsche et Hegel, chacun à sa manière, cherchent à expliquer la structure, les causes, la dynamique ou la genèse de ce qui existe.
Leurs interrogations portent notamment sur la nature, la nécessité, les forces, les raisons et le devenir.
Orientation B — Partir d'un problème directeur distinct
Platon, Descartes, Voltaire, Rousseau, Kant et Schopenhauer accordent, selon des modalités très différentes, une place centrale à des problèmes tels que la distinction du sensible et de l'intelligible, le fondement de la certitude, la critique sociale, la liberté politique, les limites de la connaissance ou la souffrance.
Cette opposition est utile comme hypothèse de lecture, mais elle ne constitue pas une classification historique reconnue. Plusieurs contre-exemples la compliquent :
- Platon pense l'ordre du réel à partir des Formes intelligibles.
- Spinoza fait de la connaissance humaine et de la liberté des questions fondamentales.
- Leibniz accorde une place centrale à l'individualité et à la perception.
- Nietzsche ne propose pas une ontologie systématique comparable à celles d'Aristote ou de Hegel.
- Hegel accorde une importance décisive à la conscience, à la liberté et à l'histoire humaine.
4. Une distinction peut-être encore plus pertinente : système, devenir et critique
Si ton intuition vise une parenté plus profonde, il serait intéressant de distinguer trois tendances plutôt que deux camps rigides :
- La recherche d'un ordre intelligible : Aristote, Spinoza et Leibniz, malgré leurs désaccords, cherchent des principes permettant d'expliquer systématiquement le réel.
- La compréhension du devenir : Hegel et Nietzsche, de façons radicalement différentes, refusent de réduire la réalité à un inventaire de choses fixes. Le processus, la transformation et la genèse deviennent essentiels.
- La critique des conditions de la pensée et de l'existence : Descartes et Kant interrogent les fondements et les limites de la connaissance ; Voltaire et Rousseau mettent notamment en question les institutions et les normes sociales ; Schopenhauer fait de la souffrance et de la volonté le cœur de sa philosophie.
Ces tendances se chevauchent. Elles montrent néanmoins que la question décisive n'est peut-être pas de savoir quels philosophes appartiennent au même groupe, mais ce qu'ils considèrent comme le principe premier à partir duquel il faut philosopher.
Ma conclusion
La formulation la plus défendable de ton intuition serait :
Aristote, Spinoza, Leibniz, Nietzsche et Hegel ont en commun de chercher à penser le réel dans ses principes propres, ses déterminations ou son devenir, plutôt que de prendre pour problème directeur exclusif les fondements de la connaissance, la morale ou la critique politique.
Cela ne signifie pas que les six autres négligent le réel, ni que les cinq premiers partagent une même doctrine. La différence concerne davantage leur démarche et leur priorité philosophique que leur appartenance à deux écoles nettement séparées."
En somme ce qui différencie "mes" philosophes" des autres, c'est leur cosmocentrisme opposé à tout anthropocentrisme.
*
A propos de Nietzsche selon Julie Mestrot ("La philosophie des religions") :
"On peut parler d'un athéisme de Nietzsche, mais le fondement de sa critique de la religion est la condamnation du nihilisme, également à l'œuvre dans ce "meurtre de Dieu". Le nihilisme est présent dans tout ce qui entrave le mouvement de la vie, dans tout ce qui fait penser que la vie est un fardeau (...). Le christianisme apparaît comme un symptôme de nihilisme, c'est-à-dire comme la volonté acharnée de dénigrer et de mépriser le réel ; ce seul réel qu'est la vie terrestre, au profit d'un au-delà qui n'est qu'une fiction. De même, l'athéisme naît d'un nihilisme. (...)"
Quand Nietzsche affirme (avec raison) que "Dieu est mort", il parle du Dieu personnel, celui de Platon ou du christianisme, qui existerait hors du monde réel et matériel qui est notre univers et qui serait le centre d'un "autre monde" idéalisé et dématérialisé.
*
En paraphrasant Bergson, on pourrait dire : "La religion est à la spiritualité (Bergson dit "mysticisme") ce que la vulgarisation est à la science."
*
La Foi dépasse toutes les croyances.
La Spiritualité dépasse toutes les religions.
*
De Schopenhauer :
"L’homme peut faire ce qu’il veut, mais il ne peut pas vouloir ce qu’il veut."
*
Je regrette infiniment ce moment crucial de la destruction, en 70 EV, par les Romains, du Temple de Jérusalem car c'est alors que la spiritualité hébraïque s'est muée en religion juive, que le pharisaïsme, le rabbinisme et le talmudisme ont triomphé du sadducéisme, du lévitisme et du kabbalisme toraïque originels.