Dimanche 05 avril 2026
Inspiré par la Cantique des Cantiques ...
Noirâtre.
Oui, tu es noirâtre. Tu es donc différente des autres filles de Jérusalem ? Toi, l'Amante. Tu es noirâtre. Tu es donc autre. La différence entre les humains est une richesse. Une richesse infinie. Elle l'a pourtant rejetée au nom des apparences. C'est une erreur absolue.
Tu as la chance d'être différente. Et tu es différente, pas seulement par la couleur de ta peau. Mais tu es aussi différente par tout ce que tu es, par tout ce que tu possèdes en toi. Par tout ce que tu penses, par tout ce que tu dis, par ton élégance, par ta manière de marcher, par ta manière de parler, par ta manière de penser, et c'est ça qui fait ta richesse.
La différence fait la richesse. N'oublie jamais. Qu'est ce qu'être semblable à tout le monde ? C'est être un indifférent, c'était être banal ... C'est être finalement médiocre au sens étymologique "être au milieu" , n'être en rien distinguable
Vois-tu toi, l'Amante ... Tu es magnifique par ces différences. Tu es magnifique parce que tu rayonne, parce que tu sors de la médiocrité des autres, parce que tu es visible, parce que tu es remarquable.
Pourquoi es-tu triste ? Pourquoi ressens-tu ta différence comme une blessure ? Et non comme un honneur. Pourquoi souffres tu ? Pourquoi souffres tu d'être différente ? Tu sais, beaucoup d'humains, un peu partout, sont dans le même. dilemme que toi. Et ils voudraient à la fois "Être unique" et "Se démarquer" ? Il voudrait en même temps être eux-mêmes et passer inaperçu. Et ne pas se distinguer des autres qui les entourent. Eh bien, je pense que tu es là au cœur d'un immense problème de la condition humaine. Accepter en même temps d'être un humain parmi les autres, mais pas être un humain comme les autres. Nous sommes tous différents, nous sommes tous uniques, nous sommes tous bien sûr. faits sur le même moule biologique. Mais, ce moule est tellement riche qu'il a permis à des milliards d'êtres humains de chaque fois de se démarquer de la moyenne, de se démarquer de la normale, de se démarquer des autres. C'est une chance. C'est une chance inouïe. De pouvoir faire partie d'une communauté humaine. Sans qu'il y ait la moindre confusion. Tu es toi. Tu es grandement toi. Tu es bellement toi et le fait que tu sois toi est l'essentiel, c'est en cela que tu es Amante.
Que signifie cette noirceur que tu prends pour une malédiction ? Elle signifie seulement que tu as vécu. Une autre vie que la plupart des autres. Que tu a vécu dans les champs, que tu as vécu dans les vignes de tes frères ? Que tu as pu profiter de la beauté du soleil, du la beauté, de la nature. Que tu as pu vivre librement loin des villes. Que tu as donc forgé ce que tu es ? Dans les ciseaux du vent. Vois-tu ? Et il faudrait que tu acceptes l'idée simple que chaque être humain, que chaque femme ait sa propre beauté, et sa propre magnificence.
Et que il est clair que deux êtres humains, que deux femmes ne se ressemblent jamais parfaitement ... et heureusement. Il faut que tu saches que tu es différente. Il faut que tu assumes ton unicité. Il faut que tu assumes ce que tu es et non pas. être exaspérée de ne pas être dans ces clichés dont les êtres humains raffolent.
Que du contraire. Quelle chance tu as d'être différente. Quelle chance tu as d'être magnifique, jolie, attrayante. Tout en étant différente en n'entrant pas dans les moules de la mode qui uniformise la beauté jusqu'à la rétrogradé au niveau de la simple joliesse. La beauté est intrinsèque, la joliesse c'est ce qu'on en fait par l'uniformité.
Je t'en supplie. Toi, l'Amante. Reste différente. Reste unique. Reste toi. Reste comme tu es. Épanouis toi, accomplis toi. Dans ce que tu es et non pas contre ce que tu es. Et tu deviendras de plus en plus belle. Tu deviendras de plus en plus accomplie et tu atteindras la plénitude de ton être.
Nous ne vivons pas contre les autres. Mais pour les autres, et puisque tu es différente, eh bien, que cette différence devienne une possibilité pour toi d'être complémentaire ? Car c'est cela la différence, la différence c'est être autre, et donc de pouvoir chercher et trouver le complément qui fera la perfection ?
C'est cela l'amour. C'est ça que tu cherches dans les humains . Tu cherches la complétude, tu cherches la complémentarité . Et le fait que tu sois noirâtre n'est jamais qu'une anecdote, n'est jamais qu'un signe de ta différence, comme il y en a certainement beaucoup, beaucoup d'autres. Ce signe de différence est un signe qui te distingue. Et qui te rend précieuse parce qu'il te rend unique. Il te rend désirable. Il te fait remarquer comme étant en quête d'une complémentarité. qui s'appelle l'amour.
N'ai plus peur de tes harceleurs. Toi, l'Amante, n'aies plus peur de la couleur de ta peau. N'aies plus peur d'avoir été brûlée par le soleil. Au contraire. Au contraire. Soit fière d'être ce que tu es. Tu es. Car être, c'est être ce que l'on est et non ce que l'on n'est pas.
Faire semblant d'être ce que les autres voudraient que l'on soit ? Non ! Soit ce que tu es. Tu es magnifique.
*
L'érotisme. La sexualité. L'amour. Trois aspects fondamentalement différents. des relations que nous pouvons avoir entre humains, entre hommes et femmes. L'érotisme ? C'est la séduction. La sexualité ? C'est l'orgasme. Et l'amour ? C'est le sentiment.
En reprenant la tripartition de Spinoza, la séduction s'apparente au "bonheur" : ce qui rapproche, ce qui commence à unir, à réunir ou, du moins, à créer un espace commun, chaud, plein de désir et d'intimité. Puis, dans la relation avec l'autre. il y a la sexualité, l'orgasme. Ça, c'est le versant "plaisir" de la relation. Fugace mais troublant. Vif et explosif, mais si peu durable. Au-delà, l'amour est quelque chose qui est immense, quelque chose qui est sans limite. Qui, certes, appelle la séduction et appelle la sexualité, mais ne s'y réduit jamais. L'Amour appelle le bonheur et appelle le plaisir. Mais ne s'y résume jamais.
L'Amante, certes, est capable de séduire. Elle possède assez charme. Elle a cette unicité. Elle a cette merveilleuse lumière, cette jeune maturité. cette grandiose singularité. L'Amante aussi, est certainement capable, avec son corps, de donner un plaisir fou. D'exalter ce désir, ce plaisir. D'en faire un chef-d'œuvre. Mais là n'est pas l'essentiel. L'essentiel de toute la démarche de l'Amante, c'est l'amour. C'est ce vouloir. C'est ce vouloir aimer. C'est vouloir construire un amour. Dans l'infini.
Il est curieux de constater que notre monde est un monde caduque qui se construit beaucoup plus sur la séduction que sur le bonheur durable, que sur la joie d'être aimé et d'aimer. Il est étonnant de voir que le presque rien qu'est le plaisir éphémère, masque la réalité du plus profond, du plus essentiel, du plus fort, de ce qui construit la vie humaine, c'est-à-dire l'amour de l'autre, humain et non humain.
Mias l'Amante, dans sa grande sagesse, a compris ce chemin de l'amour, elle le veut, elle le désire. Elle le construit pas à pas. Et elle sait que pour cela, il faut passer probablement par la séduction. Et par la sexualité. Mais elle sait aussi, au fond d'elle-même, que là n'est pas l'essentiel. Elle sait profondément que l'amour, que l'amour qu'elle cherche, que l'amour qu'elle veut, que l'amour qu'elle désire, dépasse infiniment ces frivolités, certes réconfortante, certes joyeuses, certes nourrissantes.
Mais jamais, ces frivolités-là ne combleront l'essentiel de la demande de l'espérance. De la Supplication à la vie. Cette supplication qui fait que ce tout ce qui vit cherche : l'alliance. L'Alliance avec ce qu'il n'est pas. Dans sa différence, et dans le respect de sa différence ; une alliance de complémentarité ; une alliance dans la beauté. Une alliance dans l'intelligence. Une alliance dans la sincérité.
Le Cantique des Cantiques. Est évidemment une œuvre d'amour, est évidemment une œuvre d'érotisme, est évidemment une œuvre de séduction. Ce livre singulier, d'ailleurs, n'a pas été toujours accepté comme tel dans le canon biblique. Cette œuvre est une œuvre qui titille les points faibles de l'être humain, qui titille son besoin physique au-delà de ses besoins moraux et spirituels. Et il est clair que le Cantique des Cantiques est un livre ambigu parfois, qui fait en clin d'œil à la réalité humaine, qui est en un trait d'humour peut-être ? Mais cette œuvre, dans son ensemble, est d'une toute autre facture. Le Cantique des Cantiques est manifestement une œuvre singulière, une œuvre tant d'une profondeur inouïe que d'une importance remarquable. Le Cantique des Cantiques souligne l'importance de l'amour. Souligne l'essentiel, réalité de la relation entre les humains, bien sûr, ici personnifiée par un couple, qui est l'Amante et l'Aimée. Mais on le sait très bien et on le verra mieux encore par la suite, l'Aimé, ce n'est pas l'autre homme. L'Aimé c'est le grand tout, c'est le divin, c'est l'Un, c'est le Réel.
Pourtant, les détails croustillants font foison. Ils sont coquins. Et le cantique des Cantiques est très clairement une œuvre où la dimension érotique existe et se révèle profonde ; elle est réelle, mais elle n'est pas l'essentiel. L'érotisme du chant est un érotisme délicieux, un érotisme galant, un érotisme qui pétille et qui fait pétiller les imaginations, on s'imagine l'Aimante. L'amante noirâtre venant de sa vigne et l'on se l'imagine belle, extraordinairement belle. On se l'imagine presque nue, on se l'imagine avec un sourire, un visage, des formes incroyablement sublimes. Mais on souhaite encore une fois que là ne soit pas l'essentiel. L'essentiel est sa recherche, une recherche profonde, une recherche essentielle, une recherche de l'amour avec un A majuscule.
Donc, l'Amante veut aimer et veut être aimée. Au-delà de sa beauté corporelle, au-delà de son charme, au-delà de sa sensibilité et au-delà de sa séduction. Elle veut aimer. Elle veut découvrir et construire un amour infini. Un amour au-delà de toutes les amourettes, un amour qui dépasse les individus, un amour qui dépasse ceux qui existent et qui est un amour dédié à la réalité la plus réelle, à la grande vie, à la grande espérance enchâssées dans se monde entier qui évolue. Elle veut aimer tout ce qui est aimable. Elle veut aimer tout ce qui existe. Elle veut aimer le Réel dans sa splendeur. Elle veut aimer l'accomplissement de ce Réel. Et s'y plonger, corps et âme ?
L'amour ne se réduit jamais ni à l'acte de séduire, ni à l'acte de jouir. La séduction et la jouissance, évidemment, participent de l'amour. Il serait ridicule de le nier. Mais l'amour est bien au-delà de cette séduction et de cette jouissance. L'amour est quelque chose qui est une alliance, une alliance forte, une alliance quasi définitive, une alliance irréfragable. Une alliance qui, quelque part, veux établir l'Un. Un monde. Une réalité. Une réalité plus réelle que les apparences vécues. Une réalité du Réel vécu, qui dépasse infiniment tous les êtres, qui dépasse infiniment tout ce qui existe. Et qui se rapproche de l'Un. De l'Un absolu.
Cet amour-là quoique incontestablement mystique, il passe très bien par le cœur, par le corps. Et il passe très bien par la jouissance, par la caresse, par le baiser. Mais, ces éléments ne sont jamais que des petits indices, des petits indices qui ouvrent des portes vers quelque chose qui les dépasse infiniment. C'est là où il ne faut pas confondre, c'est là où il ne faut pas s'arrêter, c'est là où il faut franchir le cap, bien sûr. Il faut aimer avec le corps bien sûr, il faut aimer avec le cœur, mais bien sûr aussi, il faut aimer avec l'âme. Car c'est finalement cet amour de l'âme qui construit l'alliance entre l'humain et le Divin, et c'est cette alliance entre l'humain et le Divin qui doit être au centre de la préoccupation de chacun d'entre nous. Et c'est loin d'être le cas.