Nietzsche et la politique
Mes commentaires à propos de l'article sur Nietzsche dans le "Dictionnaire de la pensée politique" (Hatier) ...
A propos de Friedrich Nietzsche (1844-1900) d'après le DPP :
"Pour Nietzsche, le monde moderne traverse une crise. Elle couve depuis longtemps, ayant son origine dans la pensée socratique et le christianisme. Sa manifestation la plus visible est ce qu'il appelle "la mort de Dieu" et sa caractéristique essentielle est le nihilisme."
En fait, ce dont Nietzsche avait l'intuition profonde, c'est l'effondrement radical du dualisme (deux mondes face à face, l'un divin, l'autre naturel) et du messianisme (la promesse d'une vie éternelle dans le monde divin pour autant que l'existence dans le monde naturel ait été conforme aux exigences des deux pouvoirs, l'un spirituel et l'autre politique.
Aujourd'hui, ce dualisme absolu et étanche est remplacé par une bipolarité incontournable : celle entre le monde intérieur et le monde extérieur qui ne sont que deux manifestations, apparemment antagoniques, de l'unité absolue du Réel.
L'espérance d'un monde qui deviendrait meilleur grâce à un "sauveur" charismatique, que celui-ci soit religieux (Jésus, Mahomet, Ghandi, Bouddha, ...) ou idéologique (Marx, Hitler, Staline, Poutine, ...) est devenue obsolète au regard incontournable de l'histoire humaine : toutes ces promesses se sont révélées fallacieuses et ont engendré des totalitarismes.
Et plus loin, on trouve ceci :
"Nietzsche veut montrer que les hommes utilisent des présuppositions qui les protègent et leur évitent de se confronter à la réalité de leur condition. (...) Les "idoles" dont Nietzsche prédit la fin, sont proches cousins des "fétiches" dont parlait Marx et des "totems" qui, selon Freud, constituaient le moyen par lequel les humains tentaient de se protéger d'une confrontation directe avec les fondements de la civilisation."
Le crépuscule des idoles débouche, de nos jours, sur la quête de paradis artificiels, tant chimiques qu'algorithmiques. La bipolarité entre le monde intérieur de chacun et le monde extérieur de tous, induit des tensions qui doivent être dissipées au mieux.
Les voies entropiques (celles des "idoles" ou des "paradis artificiels", celle de la dépendance totale ou celle de la destruction de soi, ou des autres, ou du monde) sont désastreuses.
Seules les voies néguentropiques sont "salvatrices : celle de l'Alliance au sein de l'Unité du Réel par des voies initiatiques (panenthéistes) intérieures et/ou extérieures, spirituelles et/ou entrepreneuriales.
Et encore ceci :
"Nietzsche désigne sous les noms de "morale des esclaves" et "morale des maîtres" les deux formes principales que la morale a prise et estime, comme Hegel, qu'il est dans la logique de la morale des esclaves de miner les fondements de la morale des maîtres. Mais le triomphe de la morale des esclaves n'est pas pour Nietzsche une étape vers une forme élevée de conscience. C'est plutôt la domination progressive d'une forme d'égoïsme qui exige l'existence de l'oppression pour maintenir le sentiment de soi."
Voilà qui terrasse toutes les formes de gauchisme qui, au nom de la solidarité envers les "défavorisés", conduit à un nivellement, à une paresse et à un nombrilisme délirant. Ce gauchisme socialiste ou communiste ou fasciste prône que celui qui obéit à la "loi" générale, a tous les droits sans avoir d'autre devoir que celui d'obéissance à l'idéologie contre nature de cet égalitarisme absurde niant l'indispensabilité de l'unicité et de la différence de chacun au service de l'accomplissement riche et multiple du monde.
La morale des esclaves (le gauchisme) est la voie entropique par excellence qui conduit l'humanité à l'uniformité mortelle.
Il ne s'agit pas là d'encenser une quelconque "morale des maîtres" mais de faire l'apologie de l'autonomie de chacun dans le respect de l'autonomie des autres, l'apologie de la complémentarité dans les différences, l'apologie de la construction vers le haut de soi et de l'autour de soi.
Et plus loin, ceci, encore :
"Nietzsche nomme "Volonté de puissance" ce qui fait que toute action reproduit inévitablement les conditions qui la rendent possible. La "Volonté de puissance" caractérise ainsi toutes les actions, y compris les plus liées à la morale des esclaves."
Il existe un énorme malentendu sur l'expression "Volonté de puissance" car elle ne signifie nullement "besoin et quête du pouvoir" sur les autres et le monde, mais bien "intention d'accomplissement" de tous ses potentiels.
L'ambiguïté vient du double sens du mot "pouvoir" qui signifie, parfois, "domination" et parfois "capacité". C'est dans ce second sens qu'il l'entendre de la bouche de Nietzsche. Tout ce qui existe tend à s'accomplir en plénitude au service de l'Accomplissement cosmique du Réel dont il émerge.
"Volonté de puissance" est l'équivalent à "Intention d'accomplissement".
Politiquement parlant, cela signifie de contribuer au mieux à accompagner et à sécuriser le cheminement de tout un chacun vers son propre accomplissement au moyen de sa propre personnalité et de ses propres talents et compétences.
Il ne s'agit aucunement d'un quelconque nivellement égalitariste, mais bien, tout au contraire, de respecter et de magnifier les différences et les complémentarités entre individus.
Et enfin, ceci :
"Nietzsche est particulièrement angoissé par le développement de l'Etat moderne et des nationalismes européens. La multiplication des particularismes prive l'Europe de sa signification et la conduit dans une impasse."
L'existence de l'Union Européenne est la réponse à cette angoisse. Mais l'UE, pour l'instant, part en quenouille précisément du fait de la résurgence de ces particularismes débiles et la continentalisation réelle et profonde de l'Euroland en est compromise ... ce qui, à terme, signifie que la mosaïque européenne risque de tomber sous les coups conjoints de l'Islamiland et du Russoland (l'Américanoland ayant complètement changer son attitude vis-à-vis de l'Europe qui, aujourd'hui, est tout sauf autonome et forte !).
Il est impérieux de dépasser la notion d'Etat souverain et les nationalismes infantiles qui l'accompagnent. Il est temps de passer à une logique des huit continents financièrement, militairement et juridiquement autonomes mais parfois complémentaires, chacun d'entre eux étant un vaste réseau de petites régions socioéconomiquement autonomes et solidaires.
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