La raison n'est pas raisonnable.
Toute rationalité est relative ; seul l'irrationnel est absolu.
Qu'est-ce que la "raison", le "rationnel", la "rationalité", le "rationalisme" ?
En cette fin de Modernité durant laquelle la "raison" a été le concept central excluant, quasiment tous les autres, il peut sembler que cette question est incongrue. Et pourtant ...
Wikipédia définit les choses : "La raison est généralement considérée comme une faculté propre de l'esprit humain dont la mise en œuvre lui permet de créer des critères de vérité et d'erreur et d'atteindre ses objectifs. Elle repose sur la capacité qu'aurait l'être humain de faire des choix en se fondant sur son intelligence, ses perceptions et sa mémoire tout en faisant abstraction de ses préjugés, ses émotions ou ses pulsions. Cette faculté a donc plusieurs emplois : connaissance, éthique et technique."
En général, très vite, la rationalité devient synonyme de "logique" et cette logique se réduit aux quatre principes aristotéliciens : identité, non-contradiction, tiers exclus et causalité.
Tout cela est éminemment discutable (et a été discuté au long de milliers de pages écrites par des philosophes de haut vol).
Quant à moi, je préfère me rapprocher des concepts de "cohérence" (de non-contradiction entre le réel et le modèle que l'esprit élabore) et d'"efficience" (de qualité et de rapidité des résultats obtenus).
Le Réel en tant que tel n'est pas accessible à l'esprit humain. Mais il peut en avoir des perceptions partielles (tous les spectres du Réel ne sont pas couverts) et partiales (ce qui est perçu est toujours déformés par les imperfections inévitables de l'instrument d'observation).
Ces perceptions doivent alors faire l'objet d'une représentation dans un langage quelconque lui aussi partiel et partial.
Toutes ces représentations doivent encore faire l'objet d'une mémorisation elle aussi fatalement partielle et partiale (tout ne peut pas être mémorisé et n'est retenu que ce qui semble pertinent).
Ces représentations mémorisées doivent alors faire l'objet d'une mise en relation avec les autres représentations déjà mémorisées : c'est la modélisation qui fournit une vision d'ensemble d'une partie des interrelations que l'on devine entre elles.
Tout le problème, alors, se ramène à la validation de ces modèles au moyen de comparaisons formelles, de cohésion avec l'ensemble de la connaissance (c'est-à-dire la collection de tous les modèles déjà intégrés), et de prédictions empiriquement vérifiées.
On aura compris que chaque étape de ce processus est entaché d'incomplétude (tous les éléments sont partiels) et de subjectivité (tous les éléments sont partiaux) et qu'en conséquence, le processus cognitif, philosophique, scientifique et culturel est un processus évolutif et vivant, constitué, comme il se doit, de cycles successifs (croissance, apogée, déclin) séparés par des périodes chaotiques où les incohérences accumulées imposent une refonte radicale de l'ensemble (pensons aux révolutions relativistes et quantiques qui ont obligé la révision radicale de toute la physique mécanique élaborée depuis Galilée, et ont ouvert les portes vers une tout autre cosmologie).
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