Tisserand de la compréhension du devenir
Conférencier, expert et auteur

Actualité - De l'Etre au Devenir - Mai 2022

Dernier mois du Journal philosophique et spirituel de Marc Halévy.

 

Le 01/05/2022

 

Le jour de la "fête du travail" est celui où l'on devrait travailler le plus !

 

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La "fête du travail" est une fête socialo-gauchiste qui, chaque année, nous rappelle combien le socialisme, sous toutes ses formes, est un cancer sociétal mortifère.

 

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Le latin l'avait bien dit : la "gauche" est sinistre !

 

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Le socialisme est une maladie mentale grave.

 

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Quelqu'un qui croit en l'égalité entre tous les humains, en la souveraineté du peuple, aux vertus de l'étatisme et de l'illibéralisme, en une obligatoire solidarité anonyme et aveugle, en la condamnation de l'initiative privée … ne peut qu'être un fou furieux ou un pervers narcissique.

 

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Le socialisme, c'est l'apologie du ressentiment et de la jalousie.

 

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Le socialisme abhorre l'idée de mérite.

 

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Lorsque les humains rêvent d'être égaux, cela signifie qu'ils veulent être esclaves.

 

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La liberté de chacun s'arrête là où commence la bêtise des autres.

 

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Les crétins sont égaux entre eux, mais ils ne s'en rendent même pas compte.

 

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Comme ni la socialité, ni la société n'existent, le socialisme est un leurre parfait.

 

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Le socialisme est une maladie honteuse. C'est pourquoi il se masque de "bons sentiments" et de "vertus outragées".

 

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Le socialisme est une idéalité, il n'a donc aucune réalité.

 

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Malgré qu'on l'ait affublé de nombreux faux noms (socialisme, gauchisme, communisme, social-démocratie, léninisme, stalinisme, castrisme, maoïsme, trotskysme, et aussi, plus récemment : écologisme – à ne surtout pas confondre avec l'écologie réelle qui lui est totalement étrangère -, etc ...), la socialo-gauchisme est partout identique à lui-même, mais sous des déguisements divers.

 

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Le socialo-gauchisme, c'est toujours la même jalousie envieuse des minables et des médiocres, déguisée en "justice sociale".

 

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La "justice sociale" n'est que le masque théâtral derrière lequel se dissimule l'égalitarisme (c'est-à-dire l'uniformité entropique et létale).

 

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Il ne peut y avoir de richesses complexes sans complémentarités, ni de complémentarités sans différences.

L'égalité appauvrit.

 

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Le socialisme, c'est l'idéal de l'égale pauvreté de tous.

 

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L'agronomie le sait bien : la monoculture appauvrit et tue les sols. Plus rien n'y pousse pour longtemps, hors les ronces, les genêts, les fougères, les orties et les chardons.

Il en va de même pour les cerveaux humains idéologisés et uniformisés.

 

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Socialisme et populisme sont les deux faces exécrables de la même médaille totalitaire.

 

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Toute société humaine est le produit des interactions entre trois pôles : les personnes, les communautés (de vie) et les institutions.

Le socialisme conchie les personnes et les communautés. Il ne prône que la puissance des institutions étatiques, c'est-à-dire des bureaucraties et des bureaucrates.

Tout au contraire, le libéralisme promeut les personnes (mais pas les vauriens) et les communautés (mais pas les coteries) et veut restreindre, en taille et en pouvoir, toutes les institutions (mais pas l'éthique).

 

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Le socialisme est un pur produit du 19ème siècle, de cette Modernité dégénérée qui s'abreuva aux venins des "Lumières". La Modernité est moribonde et disparaîtra bientôt, emportant, dans son trépas, le socialisme et toutes les idéologies.

 

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Le 02/05/2022

 

De Brice Teinturier :

 

"La France n'est pas un face-à-face entre un bloc élitaire et un bloc populaire. L'analyse d'un scrutin doit reposer sur le premier tour d'une élection, bien davantage que sur le second. À l'issue du premier tour de la présidentielle, quatre France apparaissent, toutes bien différentes. On observe un bloc de gauche incarné par Jean-Luc Mélenchon, un bloc plus populaire représenté par Marine Le Pen, un bloc central porté par Emmanuel Macron et un bloc abstentionniste. On voit bien qu'à travers ces quatre France, l'opposition simpliste élite-peuple disparaît. (…) La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon est archi-dominante dans ce bloc de gauche, ce qui est d'ailleurs une petite révolution par rapport aux quarante dernières années de notre vie politique. Jean-Luc Mélenchon théorise l'idée d'une société plus harmonieuse entre les individus et plus respectueuse de l'environnement. Cette théorie s'accompagne de mesures radicales : une rupture avec le modèle capitaliste et donc aussi l'Europe, un système redistributif beaucoup plus poussé qu'aujourd'hui, une VIe République… Le projet de société porté par Jean-Luc Mélenchon – auquel ses électeurs adhèrent – n'a rien à voir avec celui des trois autres France. "

 

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Je reprends ceci que j'avais écrit il y a juste un mois :

 

Les trois pôles sociétaux sont :

    la prééminence du peuple (le Bonheur),

    le prééminence de l'institution (l'Ordre),

    la prééminence de la personne (l'Œuvre).

Voilà tout le triangle idéologique : populisme, étatisme et libéralisme.

 

Le peuple (les masses statistiquement médiocres) n'existe pas ; c'est une fiction idéologique, une essentialisation sans fondement.

L'institution (qui s'auto-engendre à partir des institutions précédentes) n'est qu'artificielle.

Il ne reste que les personnes (individuelles ou collectives) : les porteurs de projets de vie.

C'est cela qu'il faudrait enfin faire comprendre : la "société" est un processus holistique et systémique, résultant de l'intrication de myriades de processus individuels et collectifs. Elle n'est pas un assemblage mécanique d'objets humains tous équivalents (comme le voudrait la démocratie).

Une société humaine, c'est une immense confrontation de projets (donc, d'intentions).

Or, la politique c'est-à-dire les idéologies, ne comprend pas que la majorité amorphe et inerte des "sans-projet" doit être négligée par rapport au projet global, c'est-à-dire politique. Ce ne sont pas les wagons dont il faut s'occuper, mais cette incroyable et multiforme locomotive qui tire tous les wagons derrière elle.

Canaliser les énergies : oui !

Conforter les inerties : non !

 

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Sur un site de la Toile …

 

 Qu'est-ce qu'un kabbaliste?

 

Un kabbaliste est une personne comme les autres. Il n'a pas à être un savant ou un érudit. Il n'y a rien d'inhabituel dans son apparence extérieure. Ce sont des gens ordinaires qui par l'étude de la Kabbale, ont acquis une plus large perception de la réalité, une sensation de la partie cachée du monde. Elle est cachée des gens ordinaires qui s'y réfèrent en tant que «monde spirituel». Un kabbaliste perçoit l'univers entier avec ce nouveau sens qu'il vient d'acquérir, appréhendant à la fois notre monde et le monde spirituel comme une réalité tangible, aussi tangible que notre réalité de tous les jours.

 

Les kabbalistes discernent le Monde Supérieur et l'atteignent directement. On l'appelle ce Monde «le Monde Supérieur» car il se situe au delà de notre perception ordinaire. Les kabbalistes constatent que tout descend du Monde Supérieur et apparaît dans le nôtre. Ils discernent toutes les causes et leurs effets, car ils existent simultanément à la fois dans le Monde supérieur et dans notre monde.

 

Une personne ne perçoit qu'un fragment de l'univers qui nous entoure et c'est ce fragment que nous appelons «notre monde». Un kabbaliste saisit l'entière dimension de l'univers.

 

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Le 03/05/2022  … en relisant "L'existentialisme est un humanisme" de' Jean-Paul Sartre …

 

Sartre affirmait que : "L'existentialisme est un humanisme".

Il a sans doute raison, mais ce n'est pas la seule gravissime erreur de l'existentialisme. Il y en a beaucoup d'autre dans cette idéologie funeste.

 

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L'existentialisme est, tout à la fois, un individualisme désespéré, un subjectivisme forcené et un anthropocentrisme irresponsable.

 

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Pour le constructivisme, ce n'est ni l'essence (les potentialités) qui précède l'existence (les réalités), ni l'inverse (comme le pose l'existentialisme). Essence et existence sont perpétuellement dans un rapport dialectique qui les fait évoluer de concert.

Toute réalisation engendre de nouveaux possibles, et réciproquement.

 

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Il est absurde de prétendre que qui est responsable de soi, est aussi responsable de toute l'humanité.

Il est absurde de prétendre que chacun se choisit librement (ce qui est parfois vrai mais le plus souvent faux) et que, ce faisant, chacun s'engage (ce qui est vrai) envers toute l'humanité (ce qui est faux).

 

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En affirmant une liberté absolue de choix, l'existentialisme est la philosophie la plus vaniteuse et la plus orgueilleuse qui soit.

Cette vanité et cet orgueil sont clairement vulgaires.

 

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Chaque acte engage celui qui le pose. Mais cet engagement (et la responsabilité évidente qui en découle) n'est que strictement personnel.

Les conséquences de cet acte dans le monde sont aussi de la responsabilité de celui qui le pose ; mais il est absurde de lier cette responsabilité à une quelconque solidarité humaine.

 

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Ma frugalité écologue d'ici lèse grandement les producteurs pauvres d'ailleurs ; certes, mais cette frugalité écologue est au service de la Vie sous toutes ses formes et non au service des trop nombreux parasites humains.

 

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La Joie de l'accomplissement de soi est la négation même de la soi-disant "angoisse existentialiste".

Cette angoisse est d'essence chrétienne : la peur du péché ! Cette peur est absurde puisque liée à une croyance absurde.

 

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Aucun humain n'est libre de choisir la nature de son propre accomplissement (puisque celui-ci dépend strictement de ses aptitudes innées et acquises). En revanche, tout humain est libre de choisir le chemin de son accomplissement, l'allure de son pas et la beauté de sa trajectoire.

 

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Longtemps, la seule morale se résumait à l'obéissance (religieuse) aux lois de Dieu. Ensuite, elle se mit au service (idéologique) des humains et se fit politico-juridique. Il est temps qu'elle se débarrasse de toutes les religions et de toutes les idéologies, et qu'elle se mette au service du Réel, c'est-à-dire de la Matière, de la Vie et de l'Esprit sous toutes leurs formes, non spécifiquement humaines.

 

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Lorsque le religion se fait idéologie, Dieu se fait Etat.

Mais la condition humaine ne change pas d'un iota.

 

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En niant tout déterminisme et en affirmant une liberté absolue pour l'humain, l'existentialisme démontre tout simplement son rejet radical du Réel (qui n'est pourtant ni déterministe, ni hasardiste).

 

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Le choix métaphysique de base n'est pas : Dieu ou Rien. Il ne s'agit pas de choisir entre athéisme et théisme. Heureusement, les voies métaphysiques sont bien plus nombreuses que cela. La mienne (qui fut aussi celle d'Héraclite, de Lao-Tseu, de Shankara, de Spinoza, de Leibniz ou d'Einstein) s'appelle "panenthéisme", c'est-à-dire que la construction créative du Réel est animée par un principe immanent d'Ordre appelé Grand Architecte de l'Univers (principe qui dépasse, et de loin, tous les dieux et Dieux que les humains se sont inventés).

 

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Sartre écrit : "(…) l'homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant libre, parce qu'une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu'il fait."

Il est important de dissocier radicalement la notion de "liberté" et la notion de "responsabilité". Un humain n'est jamais totalement libre, mais il est toujours totalement responsable de ce qu'il fait, librement ou pas.

Il n'y a jamais ni de circonstances atténuantes, ni d'irresponsabilité pénale, ni d'excuses, ni de déterminismes familial, culturel ou social.

Chacun a toujours le choix de ne pas agir.

 

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Le grand guide sur les chemins de l'accomplissement personnel et collectif des humains, est l'Intention de l'Univers, de la Nature, du Cosmos et de ses lois.

L'existentialisme pose un humain seul (désespéré et angoissé) face au monde, ce qui est proprement absurde puisque l'humain est un pur produit du monde réel et qu'il n'existe que dans et pour le monde réel tel qu'il se construit.

 

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Tout dilemme est toujours un faux dilemme puisque il doit toujours être dialectiquement dépassé. Tout OU doit être transformé en ET.

 

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L'univers philosophique repose sur trois piliers : la métaphysique, l'éthique et l'épistémologique. Mais la littérature philosophique s'est bien plus préoccupée d'éthique que du reste … surtout lorsque la philosophie concernée se dit "athée" (la métaphysique du "il n'y a rien" et l'épistémologie du "il n'y a rien à connaître").

La souci, alors, est de vouloir fonder une éthique sur ce "rien".

C'est le cas de l'existentialisme sartrien.

 

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L'idée, propre à l'existentialisme heideggérien, du "délaissement" implique que l'humain serait "délaissé", c'est-à-dire "abandonné" dans un monde qui ferait de lui un être absolument seul, sans "guide", sans "signe", sans "mission", un monde absurde de l'absurde et du non-sens.

Mais on voit bien qu'il s'agit là d'un anthropocentrisme masqué qui refuse de voir que l'humain n'est qu'une partie prenante et intégrante d'un Réel qui le dépasse infiniment. Orgueil, encore. Vanité, encore.

 

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Le poète communiste Francis Ponge écrivait : "L'homme est l'avenir de l'homme".

Ce genre de phrase est ou bien une évidence stérile, ou bien une bêtise monstrueuse … et, sans doute, les deux à la fois.

A court terme, c'est une évidence puisque les femelles humaines produisent des enfants d'humains.

A long terme, c'est une absurdité puisque l'humain est une passerelle à dépasser entre animal et Surhumain, entre Vie et Esprit (cfr. Nietzsche).

 

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Chaque humain ne vaut que par ses œuvres. Cette sentence est bien différente que celles de Sartre qui fait de chacun l'ensemble de ses projets, de ses actes et de sa vie.

Il faut effectivement une vie, des projets et des actes pour réaliser un œuvre, mais cette vie, ces projets et ces actes peuvent aussi déboucher sur rien et, in fine, ne rien valoir.

En bref : un processus ne vaut que par ses résultats réels engendrés.

 

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Le subjectivisme sartrien doit tout au subjectivisme cartésien (et kantien) et à son : "Je pense donc je suis". Quelle ânerie !

Il n'y a pas plus de sujets que d'objets. La vérité est bien plus simple : "Il y a pensée donc il y a existence". Le "Je" du soi-disant sujet n'est qu'une apparence et une manifestation locale et éphémère du "Il y a" global et indifférencié : les vagues ne sont pas l'océan … et seul compte l'océan que les vagues ne font que manifester superficiellement.

 

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L'existentialisme est un délire qui place l'humain hors du physicalisme universel pour, soi-disant, lui donner une dignité "hors du commun" des autres manifestations du Réel.

L'humain ne serait humain qu'au travers du regard de l'autre (Sartre), du visage de l'autre (Levinas). Foutaises !

Le langage, indispensable pour penser, est une construction collective séculaire, soit, mais indépendante des autres qui existent, ici et maintenant.

Le langage est un véhicule collectif qui permet à chacun de penser individuellement ; mais, en rien, il n'est un lien quelconque avec ces "autres" qui ont hérité de cette même émergence collective appelée "langage".

Ce n'est parce que je vis que je suis amibe ou guêpe ou lierre. Ce qui lie tout à tout, c'est la Vie globale dont chacun, à son niveau, dans son genre, participe.

 

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L'autre n'est aucunement indispensable pour que je sois moi et que j'en sois conscient.

 

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Mon prochain est, le plus souvent, mon lointain.

 

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Dire qu'en s'engageant sur une voie, chaque humain engage l'humanité tout entière est simplement ridicule.

Chaque humain est bien plus lié avec la Terre qu'il ne l'est avec les autres humains qui peuplent (et pillent) cette Terre.

 

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Chaque humain n'est que l'ustensile de la réalisation de sa propre œuvre et, partant, de l'accomplissement du monde.

Il n'est rien par et pour lui-même.

 

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Encore et toujours cette funeste confusion entre cette "liberté" qui n'existe pas (ou ne signifie que "caprice"), et cette "autonomie" que les "forts" parviennent à se construire.

 

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Sartre bavasse  sur la "liberté" : "Et en voulant la liberté, nous découvrons qu'elle dépend entièrement de celle des autres, et que la liberté des autres dépend de la nôtre."

Ce genre de logorrhée est risible : d'abord, il est évident qu'il y a complète confusion entre la liberté intérieure (de penser) et extérieure (d'agir). Ensuite, il est évident que la liberté des autres n'est, en aucune manière, ni maîtresse, ni dépendante de notre propre liberté. Tout au contraire : c'est la bêtise des autres, leur inertie, leur balourdise qui handicapent l'expression extérieure de ma liberté : si tous les humains étaient mes esclaves soumis et obéissants, ma propre autonomie en serait centuplée. Etc …

 

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Sartre est obsédé par deux idées complètement fausses et antinomiques : la liberté individuelle et la solidarité collective.

En réalité, les meilleurs d'entre les humains construisent solidairement leurs propres "libertés" (autonomies) et choisissent librement leurs propres "solidarités" (fraternités).

Chacun n'est que très partiellement libre et que très partiellement solidaire.

Les humains, très majoritairement, vivent en pleine servitude volontaire et en plein égotisme narcissique.

 

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Sartre appelle "lâches" ceux qui refusent leur liberté au nom de ce qui la dépasse ou de ce qui les effraie.

Il appelle "salauds" ceux qui nient toute liberté au nom des déterminismes qu'ils perçoivent dans le monde réel.

Quant à moi, j'appelle "crétins" ceux qui, comme Sartre, font de la liberté un but en soi ("La liberté pour quoi faire ?", demandait Georges Bernanos) et non un moyen au service de ce qui dépasse (enfin) l'humain.

 

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L'existentialisme nie profondément la "flèche du temps" ou, si l'on préfère, l'intention cosmique. De là vient, bien sûr, ses totales incohérences "morales" car, ou bien, selon Dostoïevski : "Si Dieu n'existe pas, tout est permis", ou bien, selon le nihilisme : "Tout se vaut et rien ne vaut".

En fait, ni théisme, ni nihilisme ; le Réel se construit selon une logicité cosmique qui s'applique en tout, pour tout, partout, toujours. Cette logicité fonde l'échelle d'évaluation de tout ce qui existe, en ce compris les humains, leurs œuvres et leurs actions.

 

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Tout ce qui existe ou arrive, a une bonne raison d'exister ou d'arriver : servir au mieux le projet cosmique. Cette intentionnalité qui fonde notre intentionnalisme, est crucial car elle permet de donner sens et valeur à tout ce qui se passe, ici et maintenant, ailleurs et plus tard.

 

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Comment oser écrire, comme Sartre le fait  que : "Il n'y a pas d'autre univers que l'univers humain, l'univers de la subjectivité humaine". Voilà qui est hallucinant de bêtise !

Cela revient à affirmer qu'il n'existe que des vagues, mais que l'océan n'existe pas ! Qu'il n'y a que des pensées subjectives, locales et éphémères, mais que le Réel n'existe pas.

 

Et Sartre de conclure péremptoirement : "(…) nous rappelons à l'homme qu'il n'y a d'autre législateur que lui-même". C'est ahurissant ! Les lois de la Nature, donc, sont soit des illusions, soit des créations humaines. Même la gravitation ou l'électromagnétisme …

 

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L'angoisse – au sens philosophique – est la conséquence de l'incohérence, de la non-logicité, de la domination du hasard, de l'arbitraire ou du chaos.

Or, tout dans le Réel est cohérent même si rien n'y est achevé ou parfait, même si tout y est en construction. Et c'est précisément cet inachèvement et cette construction qui sont la source de toute Joie.

L'angoisse n'y a aucune place !

 

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Le 04/05/2022

 

De Christian Makarian, à propos du rite du Ramadan :

 

"(…) la consécration de ce rite fondamentalement pacifique, orienté vers la purification de soi et le partage avec les autres, marque une réaffirmation de l'identité musulmane, surtout lorsqu'elle se retrouve assujettie à une autre culture. Le résultat en est l'inverse absolu du recueillement ; le ramadan devient un rendez-vous de violence récurrent. (…) pour beaucoup de musulmans, la fête de l'Aïd-el-Fitr, normalement marquée par la joie du repas de rupture de jeûne pris en commun, a revêtu les atours d'un deuil. Mais qui a voulu qu'il en soit ainsi, sinon les plus fervents zélateurs d'un islam littéraliste et vengeur ? Le Coran est pourtant formel qui recommande la plus grande maîtrise de soi : « As-tu vu celui qui a pris ses passions pour divinité » (sourate, 25, 43), « N'est-ce pas avec le souvenir de Dieu que les cœurs s'apaisent » (13, 28). Si le jeûne est une abstinence, il enjoint en premier lieu de s'abstenir de toute violence. Il est pour le moins ironique – mais qui s'en étonnera ? – que les islamistes du Hamas (ou d'autres mouvements comparables) contredisent à ce point-là le texte sacré qu'ils prétendent vénérer au plus près. (…) lorsque les musulmans se trouvent en situation de cohabitation au sein de démocraties pacifiées, pur produit direct de l'immigration économique des Trente Glorieuses, le ramadan se signale par des effets très différents. Il existe certes une forte tension au sein des sociétés occidentales autour du statut de l'islam, mais, paradoxalement, c'est de loin le jeûne du ramadan qui pose le moins de problèmes. Dans la mesure où il concerne les croyants dans leur sein privé ou dans leur propre biologie, nul ne leur conteste ce droit. On entend des Français se plaindre du port du voile ou de telle ou telle affirmation identitaire, mais plus rarement de l'observation du jeûne.".

 

Le mois du Ramadan est devenu un des tremplins des salafistes pour mener leur guerre identitaire au reste du monde … qui se fiche du Ramadan comme d'une guigne …

Le processus est connu : en martelant que les musulmans sont des "opprimés" et des "victimes" du monde non-musulman qui, en gros, n'a que faire de l'islam, ce monde non-musulman et largement indifférent devient, à son insu, la victime désignée de la vindicte et des ressentiments des intégristes, littéralistes et autres salafistes.

A force de crier au loup, on finit par le voir partout …

 

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D'Emmanuel Beretta à propos de la position eurofédéraliste de Mario Draghi :

 

"(…) l'ancien président de la Banque centrale européenne s'exprime cette fois en tant que chef de l'exécutif italien et son discours demeure profondément celui d'un Européen ardent, affirmant sa foi en un « fédéralisme pragmatique et idéal ». Un fédéralisme capable de prendre en compte « tous les domaines frappés par les transformations en cours, qu'il s'agisse de l'économie, de l'énergie, de la sécurité », précise-t-il.

Pour lui, cela passe aussi par un changement des traités, de manière à abolir la règle de l'unanimité dans le domaine de la politique étrangère commune au profit d'un vote à la majorité qualifiée. Il va plus loin encore que le président Macron qui ne se dit pas « fédéraliste ». Mario Draghi dépasse le président français par exemple quand il préconise d'accélérer le processus d'élargissement de l'UE. Il se prononce en faveur de l'ouverture de négociations avec l'Albanie et la Macédoine du Nord, pour l'accélération avec la Serbie et le Monténégro. Il est également favorable à ce que l'UE se penche sur les cas du Kosovo et de la Bosnie-Herzégovine et confirme la perspective européenne de l'Ukraine."

 

La continentalisation fédéraliste de l'Europe est la plus grande urgence actuelle. Il faut en finir avec la souveraineté des Etats-Nations qui ne représentent et ne pèsent plus rien. La souveraineté doit devenir continentale et cesser d'être nationale.

Sur les futurs passeports européens, la mention "nationalité" doit être remplacée par la mention "langue maternelle".

Une façon rapide et démocratique de "faire l'Europe" est de proposer aux nationaux l'échange de leur passeport national contre un passeport continental ce qui les assujettirait à une fiscalisation européenne (allégée par les effets d'échelle et la suppression de hordes de fonctionnaires nationaux inutiles) et non plus nationale.

Ce serait le plus énorme référendum jamais organisé : devoir choisir entre nationalité et continentalité

 

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Le 05/05/2022

 

La durée de vie d'une "génération" au sens culturel du terme, est d'environ quinze ans. Chaque génération est imprégnée de la musique et de l'ambiance socio-politique de son adolescence. Cela donne, selon l'année de naissance (sur base des trois prototypes socio-politiques : révoltés, bourgeois et parasites) :

 

  • de 1920 à 1935 : la génération swing - bourgeois
  • de 1935 à 1950 : le génération rock-'n-roll - parasites
  • de 1950 à 1965 : les baby-boomers (la génération yé-yé) - révoltés
  • de 1965 à 1980 : les X (la génération disco) - bourgeois
  • de 1980 à 1995 : les Y (la génération pop-rock) - parasites
  • de 1995 à 2010 : les Z (la génération rap) - révoltés
  • de 2010 à 2025 : les Alphas - bourgeois
  • de 2025 à 2040 : les Betas - parasites
  • Etc …

 

Pour rappel, les "trente glorieuses" s'étalent de 1945 à 1970, et les "trente piteuses" de 1975 à 2005. Depuis nous sommes dans les "trente tumultueuses" de 2005 à 2035.

 

A comparer avec les cycles historiques courts (11 ans) qui se structurent par trois (génie, folie, tuerie) :

 

  • de 1896 à 1907 : folie
  • de 1907 à 1918 : tuerie
  • de 1918 à 1929 : génie
  • de 1929 à 1940 : folie
  • de 1940 à 1951 : tuerie
  • de 1951 à 1962 : génie
  • de 1962 à 1973 : folie
  • de 1973 à 1984 : tuerie
  • de 1984 à 1995 : génie
  • de 1995 à 2006 : folie
  • de 2006 à 2017 : tuerie
  • de 2017 à 2028 : génie
  • de 2028 à 2037 : folie
  • etc …

 

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Pour rappel salutaire :

 

"Dix semaines ont passé depuis que les premiers chars russes ont franchi la frontière ukrainienne, et Kiev tient toujours. Malgré ses avancées récentes dans le Donbass , Vladimir Poutine a sûrement le temps d'y penser : la défaite, il y a peu inenvisageable, est désormais possible, et la victoire - laquelle ? - de plus en plus incertaine et lointaine.

 

Ce qui est en revanche certain pour lui, c'est le déshonneur et l'opprobre. Les massacres, comme à Boutcha , les destructions, comme à Marioupol, les enlèvements, les disparitions - un petit parfum stalinien - l'entraînent chaque jour un peu plus loin dans les bas-fonds de l'Histoire. Et cela continue.

 

De la rapine au crime organisé. Les razzias rapportées ici et là, à Kherson ou Melitopol, sur les stocks de céréales, et les vols massifs de matériels agricoles réveillent eux un autre fantôme, celui de la « grande famine ». Dans un livre magistral et terrifiant, intitulé Famine rouge (Grasset, 2019), l'historienne Anne Applebaum a dressé un tableau complet de cette tragédie : « au moins 5 millions de personnes moururent de faim entre 1931 et 1934 dans toute l'Union soviétique. Parmi elles, plus de 3,9 millions d'Ukrainiens ». La collectivisation forcée et la réquisition des récoltes, motivées par la volonté politique de « dékoulakisation » mais aussi par celle, au passage, de mater le nationalisme ukrainien, ont fait disparaître des villages entiers. Les alertes n'y ont rien fait, l'URSS a même continué à exporter des céréales… Le cannibalisme a fait son apparition, des parents assassinant même leurs enfants pour les manger, dans la province de Dnipropetrovsk, de Kiev ou de Vinnytsia. L'OGPU, la police secrète, consigne les faits. Rien ne lui échappe. À Kharkiv, raconte Anne Applebaum, les parents emmenaient personnellement les enfants à l'école de peur qu'ils ne soient dévorés… L'œuvre de la faim a été complétée par une répression politique d'une férocité extrême.

 

Cette histoire-là, peu ou pas connue et surtout enseignée en Russie, est probablement ignorée des soldats de l'armée poutinienne. Sans doute ne savent-ils pas que les confiscations de grains qu'ils pratiquent renvoient à un crime gigantesque. En Ukraine, en revanche, cette mémoire est bien présente. Elle porte un nom, Holodomor, en ukrainien, composé de holod (faim) et mor (extermination). Raphael Lemkin, qui forgea le concept de génocide, cita l'Ukraine de cette époque comme un exemple typique, même si la définition en fut restreinte par les Nations unies, notamment sous l'influence de l'Union soviétique, L'Ukraine d'aujourd'hui n'en est certes pas à la grande famine, et il est même fort probable que les pillages alimentaires signalés tiennent plus à une culture de la rapine - semble-t-il assez fréquente dans l'armée russe, d'où ses faiblesses matérielles - qu'à une stratégie globale. Mais le symbole est tellement accablant…

 

C'est à croire parfois que Vladimir Poutine s'acharne à parfaire son tableau du déshonneur. Et à entraîner dans sa disgrâce le pays qu'il prétend servir. Qu'en pensent les Russes ? On ne le saura pas vraiment. Outre la propagande à laquelle il est soumis, l'État le plus vaste du monde est maintenu dans une nuit noire : plus grand-chose n'en filtre."

 

Les occidentaux sont incorrigibles ! Un Russe reste et restera un tsariste stalinien au nom de ces foutaises de "la grande Russie" ou du "Panslavisme" ou de "l'Âme russe".

Ethnocentrisme, parasitisme, fidéisme (orthodoxe ou communiste, c'est du pareil au même), inculturisme, xénophobie, antisémitisme, autoritarisme, … : un joli profil collectif !

 

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A un article sur les aides du FMI à des pays comme l'Egypte, le Maroc, la Jordanie, la Tunisie ou autre, j'ai répondu :

 

"Tant que ces pays ne condamneront pas et ne combattront pas efficacement, clairement et radicalement toutes les formes de salafismes et d'islamismes, qu'ils se débrouillent."

 

A chacun sa merde … et que la merde musulmane reste chez elle.

 

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De Simone Weil :

 

"Combien de fois, en Allemagne, en 1932, un communiste et un nazi, discutant entre eux, ont été frappés de vertige mental en constatant qu'ils étaient d'accord sur tous les points.""

 

Il serait salutaire et urgent que cette évidence triomphe : le totalitarisme est "un", de gauche ou de droite, socialo-gauchiste ou populo-fasciste, mélenchonien ou lepéniste.

Il n'y a que deux possibilités politiques : le socialo-populisme (d'essence totalitaire) ou le libéralisme (d'essence anti-étatiste).

 

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Le 06/05/2022

 

De Jérôme Fourquet :

 

"Le clivage entre nos deux France, telles qu'elles se sont dessinées le 24 avril au soir, n'est pas que générationnel. Il est également sociologique. Le président sortant triomphe parmi les cadres et les professions intellectuelles supérieures, avec 74 % des suffrages, quand sa rivale le domine avec 58 % des voix dans les milieux populaires (ouvriers et employés). Parmi les classes moyennes, la situation vire à l'avantage de Macron, qui l'emporte avec un score de 60 %. Cette opposition entre une « France d'en haut » et une « France d'en bas » renvoie, certes, à des écarts de revenus (76 % des votes pour Macron parmi ceux qui gagnent plus de 2 500 euros net par mois, contre seulement 44 % auprès de ceux qui touchent moins de 900 euros mensuels), mais aussi culturels. La fracture éducative est aujourd'hui centrale, puisqu'elle est associée à des clivages à la fois professionnels et financiers, mais aussi culturels, le rapport à la société, au monde, à la diversité ethnoculturelle et à l'autorité n'étant pas le même chez les plus éduqués et parmi les moins diplômés. Tout cela s'est traduit électoralement et de manière caricaturale. Ainsi, 78 % des détenteurs d'un diplôme de second cycle ont voté pour Macron, comme 63 % des titulaires d'un premier cycle universitaire. Le candidat sortant est en revanche très durement concurrencé chez les bacheliers : 53 % contre 47 % pour Le Pen, qui s'impose avec 56 % des voix parmi la population qui n'a pas le bac. Dans plusieurs de ses livres, Emmanuel Todd (notamment Où en sommes-nous ? Une esquisse de l'histoire humaine, Seuil, 2017) insiste à juste titre sur un phénomène majeur qu'il appelle la « modification de la stratification éducative ». À partir des années 1980-1990, en France, la proportion des jeunes obtenant le bac puis poursuivant des études supérieures a considérablement augmenté. Mécaniquement, et avec un temps de retard, la répartition de l'ensemble de la population (et non pas seulement des jeunes) selon le niveau de diplôme s'en est trouvée profondément modifiée, la proportion de bacheliers et de diplômés du supérieur devenant majoritaire. Les répercussions culturelles et sociales de cette modification de la stratification éducative du pays sont immenses. Alors que le fait de ne pas disposer du bac était la norme (au sens statistique du terme) dans la France des années 1980, le non-bachelier est aujourd'hui minoritaire. De la même façon, avoir le bac dans les années 1980 constituait un marqueur socioculturel valorisé, alors que c'est aujourd'hui souvent le minimum requis. Sur le marché du travail, les non-bacheliers et les simples bacheliers avaient accès à de nombreux emplois il y a une quarantaine d'années, alors que l'univers des possibles s'est considérablement réduit aujourd'hui, ces populations étant cantonnées aux métiers les moins valorisés et les moins rémunérés. Tout se passe en effet comme si le parti lepéniste avait progressivement capitalisé sur le ressentiment et le sentiment de relégation culturelle et sociale des publics les moins diplômés, au fur et à mesure que le niveau éducatif moyen était rehaussé."

 

Bref : la France des crétins vote "populiste" et la France éduquée vote "libéral". Conséquence logique de cette absurdité idéaliste qu'est la démocratie au suffrage universel : la dangereuse tyrannie des cons !

 

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Le 08/05/2022

 

Il semble assez évident que pour qu'une société humaine puisse fonctionner de manière harmonieuse et équitable, il lui faille de l'ordre (une société chaotique n'est ni viable, ni vivable).

Mais cet ordre peut être de deux natures :

 

  • un ordre naturel fondé sur l'autonomie et construit de l'intérieur, systémique et holistique, qui appelle une auto-organisation organique et qui relève du libéralisme ;
  • un ordre artificiel fondé sur l'obédience et imposé de l'extérieur, autoritaire et totalitaire, qui appelle une mécanique idéologique et qui relève de l'étatisme.

 

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Le libéralisme politique ou économique n'est que la face pratique du libéralisme philosophique qui, lui, regarde beaucoup plus profondément et met l'accomplissement personnel au fondement de la vie sociale.

 

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De Raymond Boudon :

 

"(...) la sociologie d'aujourd'hui est souvent perçue comme l'un des lieux intellectuels où tend à fleurir l'illibéralisme."

 

De manière plus générale, l'univers des "sciences humaines" (tant aux USA qu'en Europe) est malheureusement avide d'idéologiser tout ce qui lui passe par les neurones. Cela est vrai depuis les années 1950 (du marxisme au wokisme). Comme les "sciences humaines" sont tout sauf des sciences, il ne leur reste qu'un mode de survie : la conjecture, c'est-à-dire l'idéologie. L'illibéralisme est, dès lors, leur "voie royale" car, dès lors que la sociologie, l'anthropologie, la psychologie, l'économie ou la politologie ne sont plus que des champs d'application de la physique des processus complexes et, donc, d'un physicalisme universalisant, les logorrhées idéologisantes n'ont plus ni le moindre intérêt, ni la moindre valeur.

 

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Le 09/05/2022

 

Le problèmes n'est pas "les inégalités sociales", mais bien la légitimité de ces inégalités qui sont non seulement incontournables, mais surtout indispensables.

Dans un train, il faut non seulement, d'une part, une locomotive et, d'autre part, des wagons et voitures de divers types, mais aussi des conducteurs, des machinistes, des contrôleurs, des serveurs, etc … pour prendre soin des passagers et du fret, et les mener à bon port dans les meilleures conditions possibles.

 

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Le complotisme est, typiquement, une attitude de faibles qui prêtent à ceux qu'ils désignent comme "forts", des intentions qu'ils n'ont en général pas du tout, mais qui les disculpent totalement des ressentiments engendrés par leurs propres faiblesses qui ne viennent que d'eux.

 

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Toute réalité humaine, qu'elle soit personnelle ou collective, peut être évaluée selon un grand nombre de dimensions. Selon chacune de ces dimensions (moyennant un choix judicieux d'unités de mesure et de méthodes de mesure), chaque entité pourra être comparée aux autres et, ainsi, induire une répartition statistique avec des "faibles", des "médians" et des "forts".

Il existe évidemment toute une série de corrélations entre les différentes dimensions  envisagées. On pourra, ainsi, structurer la population évaluée en "clusters" d'où pourra sortir une typologie anthropologique des individus ou des communautés.

Comme toujours, la seule vraie difficulté est de définir un référentiel d'évaluation qui soit, à la fois, le plus riche possible (pour couvrir toutes les dimensions) et le plus précis possibles (pour s'approcher au mieux de la meilleure objectivité).

 

Sur base de ces considérations, on comprend assez vite que, pour être populaire (donc politiquement puissante), une idéologue choisira le référentiel d'évaluation le plus simpliste possible (pour être compris facilement par le plus grand nombre) et le plus flou possible (pour permettre d'y faire entrer tout ce que l'on veut - et son contraire - en fonction des intentions ou des contradictions).
Ainsi, le marxisme réduit toute société humaine à l'opposition de deux "classes sociales" (l'une dominante/exploiteuse/oppressive, l'autre dominée/exploitée/opprimée). Tous les wokismes actuels sont les héritiers de ce schéma primaire et manipulatoire qui essentialise les personnes pour les réduire à des appartenances aussi pauvres et artificielles qu'arbitraires.

 

Le complotisme, évidemment, n'est jamais très loin et toujours si facile à mettre en place : les réputés "forts" se coaliseraient très "naturellement" et très "logiquement" pour étendre, toujours plus profondément, durablement et largement, leur oppression sur les "faibles".

Même si cette supposée "oppression" n'est pas "voulue" par les oppresseurs supposés et désignés, elle est néanmoins "un fait" que l'on dira "patent" et "indiscutable" … même si les "incriminés" disent et prouvent qu'ils ont autre chose à faire dans la vie que d'opprimer quiconque.

Rien n'y fait : le "faible" a toujours besoin de s'inventer une "bouc émissaire" pour lui imputer la responsabilité de sa propre faiblesse.

 

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D'Alphonse Allais :

 

"Méfiez-vous des gens qui ne rient pas... Ce ne sont pas des gens sérieux"

 

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De mon amie Astrid du Lau d'Allemans :

 

"Le monde semble être entré dans une période de transition chaotique. Entre les bouleversements liés aux transformations technologiques, la mondialisation débridée, dont l’une des conséquences est le repli des peuples sur eux-mêmes, la propagation du Covid-19, tout concourt à créer un climat d’incertitude. La peur devient omniprésente et semble gouverner les individus comme les peuples, avec son corollaire, la recherche de sécurité et d’ordre pour pallier cette sensation de ne plus maîtriser le cours de leur destin. La crise des démocraties, la montée de l’autoritarisme et du populisme mettent en exergue la défiance des peuples envers leur mode de gouvernement traditionnel. Ces derniers ne semblent plus être en mesure de répondre à leurs besoins ni de les entendre. Ce désamour s’exprime également envers les institutions tant européennes qu’internationales (Organisation mondiale de la santé, Organisation mondiale du commerce, Fonds monétaire international, Banque mondiale). C’est tout un système, celui qui avait été créé après la Seconde Guerre mondiale, qui semble être remis en question."

 

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De Pierre-André Taguieff, philosophe-politologue :

 

"Dans nos démocraties, la démagogie occupe désormais une place aussi considérable que celle de l'autorité dans les dictatures"

 

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De  Romain Brethes :

 

"La guerre entre l’empire perse et la Grèce apprit au roi Xerxès que des hommes luttant pour leur liberté ne pouvaient pas être vaincus. Une leçon pour Poutine ?"

 

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On prête toujours à d'autres les intentions que l'on n'ose pas assumer soi-même.

 

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Le 10/05/2022

 

Vouloir être à la mode est la pire des imbécillité, preuve d'un manque total de maturité, d'originalité et de créativité.

 

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Le temps qui passe, est la seule preuve que l'on vit.

 

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Plus d'européanisme et moins de nationalismes.

La souveraineté "nationale" (une invention désuète de la modernité) doit disparaître au profit d'une continentalisation qui mette l'Europe au moins à égalité avec l'Angloland, le Sinoland, le Russoland et l'Islamiland (les trois autres continents ne jouent pas avec ...).

Plus de souveraineté européenne, plus d'autonomie régionale et, surtout, moins d'Etat national !

 

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Il peut y avoir beaucoup d'érudition sans la moindre intelligence.

Mais il ne peut y avoir d'intelligence sans une bonne dose d'érudition.

On peut savoir beaucoup sans rien comprendre, mais on ne comprend rien si on ne connaît rien.

Un ignare est forcément con. Mais un con n'est pas forcément ignare.

 

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Il y a beaucoup plus de cons que d'ignares ; à preuve, il existe des "intellectuels de gauche" et des "mélenchonistes universitaires".

 

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Le 11/05/2022

 

En Europe, la Modernité s'inaugure par le remplacement de l'Eglise par l'Etat. Cet étatisme, d'abord monarchique, est institutionnalisé par le traité de Westphalie en 1648. Il durera tel quel jusqu'au début du 19ème siècle.

 

Alors, par le biais de la révolution industrielle qui établit l'économique comme contre-pouvoir face au politique (qu'il finance de plus en plus). Le bourgeoisisme s'installe et suscite, par réaction, l'émergence d'un populisme (gauchiste d'abord, mais aussi droitiste ensuite) qui le conteste.

Après la première guerre mondiale qui est encore une guerre étatiste, se mettent en place des idéologies populistes de plus en plus puissantes (le bolchévisme russe, le nazisme allemand, le fascisme italien, le maoïsme chinois, etc …) qui vont déglinguer tout le 20ème siècle (seconde guerre mondiale, guerre froide, guerres de décolonisation, …) au fil des affrontements militaires, idéologiques, économiques, technologiques, monétaires et commerciaux entre les puissances bourgeoises de l'Euroland et de l'Angloland, et les puissances populistes du Russoland, du Sinoland, de l'Islamiland (y compris quelques foyers en Indoland, en Latinoland et en Afroland ; trois continents qui sont lâchés et restent à la traîne).

 

L'immense crise écologique qui se déclare dès le début des années 1970, enclenche l'accélération du déclin du bourgeoisisme (capitalisme, financiarisme, consumérisme, …) jusqu'alors prépondérant, et permet aux populismes de se transformer en totalitarismes (russe, chinois, islamiste, …).

 

L'actuelle guerre en Ukraine n'est jamais qu'un des points de friction (comme Israël, Taïwan, …) entre deux "plaques tectoniques" idéologiques ; mais elle agit comme déclencheur de l'effondrement des deux mondes dominants : celui du bourgeoisisme et celui du populisme en amplifiant la crise écologique (les pénuries de ressources transforment radicalement les modes de vie d'une majorité de gens jusque là épargnés et protégés par des étatismes de plus en plus endettés).

Nous vivons ainsi la phase terminale de la zone chaotique commencée vers 1975. Quelle en sera l'issue ?

 

Deux scénarii principaux se dégagent.

Le premier signe l'effondrement conjoint des deux mondes étatistes du bourgeoisisme et du populisme. C'est le scénario décrit par les collapsologues.

Le second signe l'émergence du nouveau paradigme qui supplantera tant le modèle du bourgeoisisme (étatisme social-démocratique, humanisme, économisme, démocratisme, …) que le modèle populiste (étatisme illibéral, victimisme, égalitarisme, démagogisme, …).

 

Ce nouveau paradigme sera frugaliste, continentaliste, autonomiste, élitariste, écolosophiste, spiritualiste, communaliste, noéticiste, réticulariste, réaliste, libéraliste, etc … (chacun de ces termes mériterait chacun quasiment un livre d'explicitations ).

 

Mais il est clair que le modèle populiste est son pire ennemi, dès à présent, pour la seule et bonne raison que le populisme n'a aucun vision prospective et est toujours enlisé dans une guerre idéologique complètement obsolète et désuète. Le bourgeoisisme, lui, est si attaché à son "confort" qu'il est prêt à beaucoup de concessions pour se donner l'illusion que tout continuera comme avant.

 

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Le 12/05/2022

 

De Garous sur "Le Point" :

 

"La charrue avant les bœufs …

Le pouvoir d'achat ne se décrète pas, il se gagne. Il y a d'autres priorités sans lesquelles le "pouvoir d'achat" n'est qu'une incantation.

- Efficacité de la fonction publique,

- Simplification de de la bureaucratie et des impôts,

- Balance commerciale

- Sécurité des biens et des personnes

- assouplissement du marché du travail,

- etc...

Enlevons une partie des charges sur le travail, et le pouvoir d'achat en sera augmenté d'autant.

Vu de l'extérieur, la France c'est " prendre de l'argent aux citoyens pour le leur redistribuer en créant des fonctionnaires pour faire ce travail (?) ". Et bien sûr, il y a des pertes en lignes. C'est une loi physique. "

 

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De Didier63 sur "Le Point" en réponse à la question : "Le pouvoir d'achat doit-il être la priorité du mandat d'Emmanuel Macron ?" :

 

"Non et oui …

Le % de "oui"  révèle bien le problème des Français, qui pensent que l'ETAT peut influer sur le pouvoir d'achat à court terme avec toujours plus d'assistanat.

Quelles fadaises, quels mensonges de tous ces candidats plus démago les uns que les autres !

En fait, le pouvoir d'achat n'est que la conséquence d'un pays qui ne travaille pas assez (au global), qui ne produit plus de valeur ajoutée tout en consommant de plus en plus (d'ou la balance commerciale très négative), qui a une productivité globale (productifs + non directement productifs) en baisse constante (d'où les taxes et déficits) avec un rendement des capitaux investis en France (ROCE) très insuffisant.

Mais oui, l'Etat peut faire quelque chose, en libérant tout de suite le travail, les entreprises, la production, l'exportation, les investissements tout en responsabilisant les citoyens sur leur propre choix de vie plutôt que de sans cesse les assister toujours plus.

N'oublions pas que l'Etat, c'est NOUS et que nous sommes de plus en plus fauchés ! "

 

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La notion de pouvoir d'achat est à la mode, mais bien peu de gens la comprennent.

Le pouvoir d'achat (PA) augmente lorsque les revenus (R) augmentent et lorsque les prix (P) diminuent.

 

PA = k0.(R/P)

 

Les revenus (R) augmentent lorsque la quantité de travail (T) augmente et lorsque la valeur (V) de ce travail augmente.

 

R = k1.(T.V)

 

Les prix (P) augmentent lorsque le stock (S) de ressources diminue et lorsque les coûts (C) de production augmentent.

 

P = k2.(C/S)

 

En synthèse on obtient :

 

PA = k.(T.V.S/C)

 

Or :

 

  • la quantité de travail (T) diminue du fait des dispositions "sociales" (travail hebdomadaire, âge de la retraite, nombre de congés, certificats et repos de complaisance, etc …),
  • la valeur du travail (V) diminue avec l'effondrement des systèmes éducatifs (il y a de moins en moins de gens capables de réussir quelque chose de difficile),
  • les stocks de ressources (S) diminuent rapidement partout car la pénurisation est globale et s'accélère,
  • les coûts de production (C) augmentent partout parce qu'il n'y a plus de gisements de bas salaires et que les technologies deviennent de plus en plus onéreuses.

 

Tous ces facteurs vont dans le même sens : celui de diminuer spectaculairement tous les pouvoirs d'achat.

La seule réponse adéquate à cette fonte des pouvoirs d'achat, est triple :

 

  • consommer moins de tout,
  • travailler plus et mieux,
  • élever les niveaux de connaissance et de compétence.

 

Bref, dans le monde qui vient (qui est déjà là), il n'y a plus de place :

 

  • ni pour les goinfres,
  • ni pour les fainéants,
  • ni pour les ignares.

 

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Du point de vue métaphysique …

 

Au commencement était l'Intention, Âme immortelle du Réel.

Et l'Intention se fit, à la fois, topologique, dynamique et eidétique.

L'Intention topologique, grand Architecte de l'Univers, engendra l'Espace et la Matière dont sortirent les corps.

L'Intention dynamique, grand Architecte de la Nature, engendra le Temps et la Vie dont sortirent les vivants, via les corps.

L'Intention eidétique, grand Architecte du Cosmos, engendra la Forme et l'Esprit dont sortirent les pensées, via les corps et les vivants.

 

Du point de vue cosmologique …

 

La Substantialité topologique engendra une bipolarité entre Expansivité dans l'Espace et Concentrativité dans la Matière (le domaine de la Relativité générale).

La Motricité dynamique engendra une bipolarité entre Accumulativité dans le Temps et Associativité dans la Vie (le domaine de la Quanticité nanoscopique).

La Logicité eidétique engendra une bipolarité entre Homogénéité dans l'Ordre et Constructivité dans l'Esprit (le domaine de la Thermodynamique dissipative).

 

Du point de vue anthropologique …

 

Je ne suis pas ; mais la Matière s'incorpore à travers moi.

Je ne vis pas ; mais la Vie se vit à travers moi.

Je ne pense pas ; mais l'Esprit se pense à travers moi.

 

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Bien plus que la négation de Dieu (concept-symbole vide de tout et plein de rien), l'athéisme est la négation des principes immanents d'ordre qui animent toute l'histoire créative du Réel.

 

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Ne jamais confondre "créativisme" (l'existence d'une puissance créative immanente au Réel) et "créationnisme" (l'affirmation de la création, par un Dieu personnel extérieur, du monde naturel).

Le créativisme est une affirmation cosmologique et scientifique ; le créationnisme est un mythe puéril et fantasmagorique.

 

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Le 13/05/2022

 

Actes des Apôtres (13, 13-25) :

 

"Quittant l’île de Chypre pour l’Asie Mineure, Paul et ceux qui l’accompagnaient s’embarquèrent à Paphos et arrivèrent à Pergé en Pamphylie. Mais Jean-Marc les abandonna pour s’en retourner à Jérusalem. Quant à eux, ils poursuivirent leur voyage au-delà de Pergé et arrivèrent à Antioche de Pisidie. Le jour du shabbat, ils entrèrent à la synagogue et prirent place. Après la lecture de la Loi et des Prophètes, les chefs de la synagogue leur envoyèrent dire : 'Frères, si vous avez une parole d’exhortation pour le peuple, parlez'. Paul se leva, fit un signe de la main et dit : Israélites, et vous aussi qui craignez Dieu, écoutez :le Dieu de ce peuple, le Dieu d’Israël a choisi nos pères ; il a fait grandir son peuple pendant le séjour en Égypte et il l’en a fait sortir à bras étendu. Pendant une quarantaine d’années, il les a supportés au désert et, après avoir exterminé tour à tour sept nations au pays de Canaan, il a partagé pour eux ce pays en héritage. Tout cela dura environ quatre cent cinquante ans. Ensuite, il leur a donné des juges, jusqu’au prophète Samuel. Puis ils demandèrent un roi, et Dieu leur donna Saül, fils de Kish, homme de la tribu de Benjamin, pour quarante années.

Après l’avoir rejeté, Dieu a, pour eux, suscité David comme roi, et il lui a rendu ce témoignage : J’ai trouvé David, fils de Jessé ; c’est un homme selon mon cœur qui réalisera toutes mes volontés. De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus, dont Jean le Baptiste a préparé l’avènement en proclamant avant lui un baptême de conversion pour tout le peuple d’Israël. Au moment d’achever sa course, Jean disait : “Ce que vous pensez que je suis, je ne le suis pas. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de retirer les sandales de ses pieds.”

 

Ce qui est frappant, c'est la mention de la durée d'un cycle historique de 450 ans qui ressemble à la durée de vie d'un paradigme (550 ans en moyenne dont une centaine d'années de transition).

 

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Il faut apprendre à faire l'Amour à la Vie !

 

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Wikipedia donne cette définition :

 

"La stagflation est la situation d'une économie qui souffre simultanément d’une croissance économique faible ou nulle et d'une forte inflation (c’est-à-dire une croissance rapide des prix). Cette situation est souvent accompagnée d'un taux de chômage élevé, contredisant ainsi les conclusions du keynésianisme."

 

Il est donc clair que, depuis 1973, la stagflation est le décor fondamental et global de toute l'économie mondiale sur fond duquel les gesticulations politico-économiques ont pu laisser croire à des "croissances" magiques et à des embellies mirifiques. A présent, les masques tombent. Le monde humain est condamné à la stagflation définitive (voire à une récession globale) : décroissance économique généralisée et envolée généralisée des prix (donc diminution forte des pouvoirs d'achat et explosion des taux de chômage – c'est-à-dire la fin des statuts de "salarié" et des assistanats "sociaux").

Et donc, l'influence des étatismes sur l'économie se réduit à zéro (lorsqu'elle ne devient pas négative comme dans toutes les contrées illibérales).

L'économie rompt enfin sa mésalliance structurelle avec le politique et le social.

 

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Le 14/05/2022

 

De Brice Couturier :

 

"La mondialisation, c'est terminé. Et pas seulement du côté du commerce et de la finance. « La guerre culturelle est devenue mondiale », proclame David Brooks, éditorialiste au New York Times. Un cycle s'achève, celui ouvert par les sixties bénies. Le cri de ralliement de cette phase euphorique tenait en un titre des Beatles : « Come Together » ! Ce mot d'ordre traduisait l'utopie d'un monde censé converger autour des valeurs occidentales d'émancipation individuelle sur fond de progrès technique partagé. Le plus fort, c'est que ce rêve d'un Woodstock planétaire a bien failli se concrétiser : ce fut l'ère de la mondialisation. Il s'achève. (…) L'Union européenne a été le principal vecteur de l'universalisme d'après-guerre (…). Mais les Européens ont tout misé sur l'économie et imaginé que le doux commerce suffirait à agréger les peuples et à harmoniser les cultures. Ils ont nié tout le reste : l'identité, la fierté nationale, l'humiliation et le ressentiment. Les sentiments qui travaillent précisément les Russes et les Chinois. Selon David Brooks, les Occidentaux adhèrent à des valeurs qu'ils imaginent d'aspiration universelle : la dignité de la personne, l'émancipation individuelle, la démocratie… Or, les plus récentes études du World Values Survey montrent que les zones « Europe protestante » et « monde anglo-saxon » ne cessent de s'écarter du reste du monde. Sur des sujets comme le mariage, la famille, le genre, l'orientation sexuelle, « nous autres, en Occident, avons longtemps été perçus comme des aberrations ; à présent, notre distance avec le reste du monde s'accroît rapidement ». Et c'est la raison pour laquelle tant de nations confient leur sort à des leaders autoritaires qui flattent leurs ressentiments envers un Occident jugé aussi arrogant qu'extravagant. Le plus frappant, c'est que ces divergences entre cultures recoupent la carte des conflits régionaux probables pour l'accès aux ressources et aux marchés. La « mondialisation fragmentée » correspond à un contexte international où les impératifs de sécurité nationale prennent le pas sur les échanges culturels et commerciaux."

 

Mon travail sur la continentalisation du monde humain va-t-il enfin être pris au sérieux ?

Huit continents : Euroland, Angloland, Latinoland, Afroland, Islamiland, Russoland, Indoland et Sinoland.

Le socle de chacun de ces continents est à la fois linguistique, historique, religieux et culturel.

Ces continents évoluent comme les plaques tectoniques de la croûte terrestre. A leur jointure, se concentrent des frictions sources de conflits comme en Ukraine (qui appartient à l'Euroland face au Russoland), à Taïwan (qui appartient à l'Angloland face au Sinoland), au Mali (qui appartient à l'Afroland face à l'Islamiland), au nord du Mexique (qui appartient au Latinoland face à l'Angloland), au Bengladesh (qui appartient à l'Indoland face à l'Islamiland), au Tibet (qui appartient à l'Indoland face au Sinoland), en Ecosse/Irlande (qui appartiennent à l'Euroland face à l'Angloland) ou en Israël (qui appartient à l'Euroland face à l'Islamiland).

 

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De Philippe Dubreuil :

 

"Le wokisme est un cancer intellectuel."

 

Et de Ruben Rabinovitch :

 

"L'ennemi, sur un plan psychique, revêt une double fonction : d'abord celle d'expulser hors de soi et de projeter sur lui tout ce qui est inquiétant, menaçant et mauvais. Dans cette traque compulsive de preuves de racisme, d'homophobie, de machisme, il ne peut pas y avoir de nuance puisque c'est souvent un combat avec soi-même, avec ses propres scrupules racistes, anti-homosexuels, machistes, etc. Ensuite, leur ennemi leur offre en retour cette identité qu'ils recherchent et confère au groupe une cohérence et une cohésion. L'ennemi n'est pas seulement celui qui diffère de soi, mais celui qui définit le soi, comme un négatif photographique, comme une image aux couleurs inversées. Sans ennemi, ils se dissoudraient. (…) Il s'agit pour leurs membres de former un même corps, un même organisme. La moindre contradiction et le plus léger signe d'altérité font alors planer sur le groupe une insupportable angoisse de morcellement. Haïr le dissident et l'ériger en traître et en ennemi ressoude ces groupes précaires. Il est en outre toujours plus confortable de haïr que de penser."

 

Toujours la même histoire de s'inventer un ennemi pour se justifier à ses propres yeux … Lorsqu'on ne s'aime pas soi-même, il faut en haïr un autre.

 

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L'écologie, en devenant "écologisme", c'est-à-dire une idéologie rapidement devenue "écolo-gauchisme", a perdu son âme.

En devenant "écolo-gauchisme", l'écologie est simplement devenue le masque et le déguisement d'une vieux gauchisme aussi désuet que crétin, d'un "anticapitalisme" qui ne veut plus rien dire et qui confond allègrement libéralisme, capitalisme, financiarisme, etc …

De même, l'impérieuse nécessité d'un vaste mouvement de frugalité et de consommation utile et minimale, devient, dans le discours de ces pitres, une militance pour la "décroissance" c'est-à-dire, encore et toujours, un combat contre le "capitalisme" (l'obsession de tous les gauchismes).

Il est évident que le financiarisme est le cancer de l'économie ; un cancer qui met le profit financier à court-terme bien avant la satisfaction des besoins réels dans la durée. Mais ce financiarisme et son parèdre qui est le gauchisme n'ont rien à voir ni avec le libéralisme (le culte des autonomies personnelles et collectives), ni avec l'écologie (l'éthique qui met l'humain au service de la Vie), ni avec le frugalisme (le minimalisme qui limite la consommation à l'utile nécessaire).

 

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Le 15/05/2022

 

Les croyances sont parfois utiles, mais elles ne sont jamais nécessaires.

 

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La vérité ne nuit qu'aux menteurs, aux croyants ou aux ignares.

 

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Ne jamais croire. Mais conjecturer afin de connaître mieux.

 

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Je ne crois pas en Dieu ; je le connais trop pour ça.

 

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La matière est une émergence du Réel, un produit second, une manifestation prototypale parmi d'autres, mais elle n'en est aucunement ni le principe, ni le fondement.

C'est l'esprit humain qui, lui-même issu de l'émergence matérielle, ne "voit" que ce qu'il nomme "matière" et ignore le reste qu'il est obligé de supposer, de deviner, de conjecturer afin de se créer une image cohérente du Tout.

La matière n'est aucunement "première" ; ce qui est premier, c'est l'intention qui alimente l'activité.

 

En ce sens, tous les matérialismes qui posent la matière au fondement métaphysique même du Réel, sont de funestes âneries : cela revient à confondre la fleur avec la plante qui l'engendre.

 

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Le 16/05/2022

 

Je reproduis ici intégralement un excellent article de Luc Baverez paru dans "Le Point" de cette semaine :

 

"Stagflation : « Back to the seventies »

 

Les économies mondiales vivent à l’heure de la stagflation : inflation importante et croissance nulle. Attention danger.

 

La guerre en Ukraine a mis brutalement fin à l'espoir d'une brillante reprise accompagnant la sortie de l'épidémie de Covid, à l'image des Années folles qui succédèrent à la Première Guerre mondiale et à la grippe espagnole. L'heure n'est plus à un nouveau cycle de croissance intensive, porté par l'innovation numérique et la remise en marche de la mondialisation, mais à la stagflation et à la hantise d'une décennie de chocs et de crises comparable aux années 1970.

 

À la suite de la guerre du Kippour, les prix du pétrole quadruplèrent entre septembre 1973 et janvier 1974, entraînant un prélèvement de 3 % du PIB des pays développés au profit des pays producteurs d'hydrocarbures. Un second choc pétrolier intervint en 1979 avec le triplement du baril qui suivit la révolution iranienne. La croissance s'effondra en même temps que l'inflation s'envolait, provoquant l'installation d'un chômage de masse et l'effondrement des marges des entreprises, avec, à la clé, une profonde dépression des marchés financiers.

 

Les chocs pétroliers cristallisèrent ainsi les déséquilibres nés de la politique monétaire expansionniste des États-Unis pour financer le projet de Grande Société de Lyndon Johnson et la guerre du Vietnam ainsi que de la fin du système de Bretton Woods avec la suspension de la convertibilité du dollar en or le 15 août 1971. La montée parallèle de l'inflation et du chômage marqua la fin de l'ère keynésienne au profit des politiques monétaristes et libérales qui fournirent le cadre de la mondialisation.

 

L'économie mondiale subit actuellement le choc d'offre sur l'énergie et les matières premières le plus violent depuis le premier choc pétrolier. La hausse des prix est plus limitée, mais la gamme des produits touchés autrement vaste, puisqu'elle comprend les denrées et les intrants agricoles de même que les composants industriels. Au-delà de l'envolée des prix, les arrêts de la production, la rupture des chaînes logistiques, les sanctions internationales et les contre-mesures adoptées par la Russie créent des risques majeurs de pénurie physique, en particulier dans les domaines de l'énergie et de l'alimentation.

L'inflation libérée

 

L'effet sur l'économie mondiale est dévastateur. L'activité connaît une baisse synchronisée dans tous les grands pôles : en Chine, du fait du confinement de quelque 350 millions de personnes au nom du désastre programmé de la stratégie « zéro Covid » ; aux États-Unis où l'économie s'est contractée au premier trimestre (- 1,4 %), alors que la Fed accorde désormais la priorité à la lutte contre l'inflation ; en Europe où la croissance dans la zone euro est presque nulle depuis le début de l'année et reste sous la menace de l'escalade des opérations militaires en Ukraine et d'une suspension des livraisons de gaz russe ; dans les émergents enfin, qui, à l'exception des producteurs d'hydrocarbures, sont touchés de plein fouet par la crise énergétique et alimentaire ainsi que par la hausse du dollar et des taux d'intérêt.

 

Par ailleurs, la guerre en Ukraine, venant après l'épidémie de Covid qui a conduit à mettre en place des politiques monétaires très expansionnistes au moment où l'offre s'effondrait, a libéré l'inflation, qui devrait atteindre 6,2 % dans le monde en 2022. En rythme annuel, la hausse des prix s'élève à 8,5 % aux États-Unis, à 7,5 % dans la zone euro et à 10 % au Royaume-Uni.

 

L'économie des années 2020 est très différente de celle des années 1970. La dépendance aux hydrocarbures est moins importante et l'imbrication des grands pôles plus forte. Mais le choc est similaire par sa violence et sa nature structurelle. L'amputation des revenus des ménages et des marges des entreprises est durable. Le télescopage entre, d'un côté, la remontée des taux et la réduction du bilan des banques centrales et, de l'autre, le surendettement des États, alors que des investissements publics massifs sont requis en matière de santé, d'éducation, de réarmement ou de transition écologique, crée un risque élevé de crise financière, notamment dans la zone euro où ressurgit l'opposition entre pays du Nord et pays du Sud. Enfin, la chute des marges des entreprises se traduira inévitablement par l'ajustement de leurs investissements et de leurs effectifs à la baisse.

Fin de la mondialisation ?

 

La stagflation pourrait bien acter la fin de la mondialisation dans les années 2020, comme elle enterra la régulation keynésienne dans les années 1970. Les principes sur lesquels reposait la mondialisation étaient l'effacement des frontières économiques, le primat des marchés sur les États, le retour à un capitalisme entrepreneurial porté par la dérégulation de la finance et de la technologie. Ils sont aujourd'hui caducs. La géopolitique et les rapports de force entre grandes puissances dominent. Les échanges, mais aussi la finance et la technologie se restructurent autour de blocs idéologiques et militaires. La réapparition de formes d'économie de guerre, notamment dans les domaines de l'énergie et de l'alimentation, réhabilite la planification par l'État. L'indépendance des banques centrales, otages du surendettement public et privé, devient largement fictive et la politique monétaire est à nouveau au service de la politique budgétaire.

 

Pour être générale, la stagflation comporte des formes et des origines très variables. En Chine, elle résulte largement de la stratégie « zéro Covid », donc du pouvoir absolu de Xi Jinping. Aux États-Unis, l'inflation est intérieure, tirée par la boucle entre les salaires et les prix sur fond de surchauffe du marché du travail : le volontarisme de la Fed, qui pourrait porter ses taux autour de 3 % à fin 2022, est donc fondé. La situation de la zone euro est plus instable et complexe. La hausse des prix provient en effet de l'extérieur, issue de l'envolée des coûts de l'énergie et des matières premières. Elle est donc plus difficile à combattre, et ce d'autant que la situation des pays membres diffère en termes de situation du marché du travail comme de dépendance à la Russie.

 

Menace des forces populistes

 

La stagflation demeure l'une des pathologies les plus redoutables pour une économie de marché. Il est, de fait, très difficile d'en casser la dynamique sans une violente récession, comme ce fut le cas dans les années 1980. Dès lors, elle pourrait encourager les forces populistes au sein des démocraties. Pour la France, le retour de la stagflation est particulièrement préoccupant. Son lent déclin prend en réalité sa source dans son incapacité à répondre aux chocs pétroliers des années 1970. L'erreur fut alors de faire supporter aux entreprises l'essentiel de l'ajustement. Le choix qui consiste aujourd'hui à transférer à l'État la majeure partie du coût de l'inflation importée n'est pas moins dangereux, tant sur le plan économique et financier que sur le plan politique."

 

Ce qu'il faut retenir ? La fin de la mondialisation, la baisse des pouvoirs d'achat, la pénurisation des ressources, la montée des populismes, la faillite des étatismes, …

 

La fin de la période chaotique, après 2020, montre les mêmes effets que ses débuts, après 1970. Les euphories financiaristes et numériques des années intermédiaires (de 1990 à 2010) ne furent, en fait, que des leurres qui masquèrent la réalité globale sous-jacente : après les "trente glorieuses" (1945 – 1975), virent les "trente piteuses" (1975 – 2005) puis les "trente tumultueuses" (2005 – 2035).

 

Ces "trente tumultueuses" qui devraient s'estomper à partir de 2025 pour disparaître vers 2035, sont trois décennies à la fois extrêmement créatrices (numériquement et transversalement) et dévastatrices (écologiquement et culturellement).

 

Si l'on veut éviter l'effondrement global promis par les "collapsologues", il faut continuer à développer la numérisation économique (robotisation et algorithmisation) et la transversalisation réticulée (communalisme, autonomie, désétatisation, continentalisation, …) et instaurer, en plus, une frugalisation écologique (économie minimaliste de la valeur d'utilité) et une noétisation intensive (culte des intelligences et des connaissances), avec, en accompagnement, une respiritualisation éthique et une décroissance démographique.

 

Ces six pistes doivent être suivies conjointement et rapidement ; il y a une réelle urgence et la course contre la montre pour la survie de l'humanité a commencé.

Que chacun prenne ses responsabilités !

 

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De Françoise Giroud (in : "Histoire d'une femme libre"):

 

“Un homme, pour moi, ce n’est ni un portefeuille pour assurer mon existence, ni une étiquette dont j’ai besoin pour circuler dans la société, ni un bijou qu’il m’amuserait de porter pour que d’autres me l’envient, ni un sexe où accrocher mon reste de jeunesse pour la retenir, ni un poste à transistor destiné à combler le silence. C’est un être humain avec lequel je veux trouver ce qu’il y a de plus rare au monde : un langage commun. Communiquer, s’entendre, être entendu et entendre l’autre.”

 

Merci, Madame Giroud, de faire taire ces ultraféministes wokistes (qui vous trouveront, sans doute, trop juive à leur goût) qui nous cassent les oreilles … et le reste.

 

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De mon ami André-Yves Portnoff :

 

"La France, malade de la bureaucratie ... Les malades français doivent attendre 497 jours - les Allemands 133 jours - pour disposer d'un nouveau médicament. Combien meurent, entre temps, qui auraient pu être sauvés ? La lourdeur de la bureaucratie est la principale cause. Notre système de santé met en évidence nos défauts de management (trop méprisant) et d'organisation (trop bureaucratique et cloisonnée). Administration et (grandes) entreprises en souffrent, ce qui handicape l'économie et le pays tout entier."

 

Etatisme et bureaucratisme riment parfaitement. Plus l'étatisme est profond, plus le bureaucratisme est dévorant. La France est un des champions du monde en la matière.

De l'autre côté de ce pôle délétère, on trouve aussi deux mots en "isme" : libéralisme et autonomisme (deux mots auxquels la plupart des Français, depuis des siècles, sont parfaitement allergiques).

Cette allergie leur a déjà coûté excessivement cher ! Le populisme leur a toujours été l'antiallergique de préférence (Jaurès, Blum, De Gaulle, Mitterrand, Chirac, Hollande, … et maintenant : Mélenchon).

 

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Le populisme, comme beaucoup d'idéologies, possède deux visages, soi-disant opposés, mais en fait très similaires :

 

  • le populisme de gauche qui est le socialisme étatisant,
  • le populisme de droite qui est le paternalisme étatisé.

 

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Les trois piliers de la cosmologie sont :

 

  • la relativité générale qui est la science de la géométrie de l'espace et des répartitions de la matière ;
  • la quanticité nanoscopique qui est la science des associations électronucléaires intra- et inter-protéiques ;
  • la thermodynamique dissipative qui est la science des évolutions temporelles et des émergences d'ordre.

 

Le physicalisme est une posture philosophique (la mienne) qui affirme qu'il n'existe aucune connaissance fiable (à propos du Réel pris comme un Tout-Un et à propos de toutes ses manifestations, matérielles ou pas, humaines ou pas, physiciennes ou pas) qui ne se réduise, in fine, à la cosmologie, fondement principiel de tout ce qui existe et évolue.

A surtout ne pas confondre ni avec le matérialisme, ni avec le hasardisme, ni avec l'athéisme, mais, sur beaucoup de points, très proche du panenthéisme d'un Héraclite, d'un Eckart de Hochheim, d'un Spinoza, d'un Einstein,

 

La cosmosophie est une posture métaphysique (la mienne) qui affirme un Réel intentionnel tripolaire (substantialité topologique, motricité dynamique et logicité eidétique) muni de trois tensions fondamentales entre expansivité (expansion) et concentrativité (gravitation) topologiques, entre accumulativité (inertie) et associativité (énergie) dynamiques, et entre homogénéité (entropie) et constructivité (néguentropie) eidétiques.

 

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Le 17/05/2022

 

De Gérard de Nerval :

 

"Homme, libre penseur ! te crois-tu seul pensant

Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ?

Des forces que tu tiens ta liberté dispose,

Mais de tous tes conseils l'univers est absent.

 

Respecte dans la bête un esprit agissant :

Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;

Un mystère d'amour dans le métal repose ;

« Tout est sensible ! » Et tout sur ton être est puissant.

 

Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t'épie :

À la matière même un verbe est attaché...

Ne le fais pas servir à quelque usage impie !

 

Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché ;

Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,

Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres !"

 

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La physique est la grammaire de l'Univers.

 

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Fidèlement à son étymologie, le mot "âme" désigne ce qui "anime" chaque chose, du latin "anima" (âme). Ce mot n'implique en rien quelque connotation surnaturelle que ce soit : il n'y a pas d'autre monde que ce monde-ci. Mais ce monde-ci peut être vécu à plusieurs niveaux qui forment une échelle de conscience. Le passage d'un échelon à l'autre implique la "mort" au niveau inférieur et la "renaissance" au niveau supérieur. Ce passage implique aussi un "changement d'âme", une métanoïa, une conversion.

 

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S'il n'est pas tout à fait trop tard - du moins pour une infime minorité humaine, la grande majorité étant d'ores et déjà condamnée -, il est plus que grand temps de nous réunifier l'âme, de retrouver nos racines profondes, cosmiques, solaires et terrestres, de renouer le lien avec l'intention primordiale, de réapprendre l'intemporel.

 

L'égosphère personnelle et la sociosphère humaine doivent être remises à leur juste place, périphérique, superficielle, presque ornementale. Elles sont toutes deux et doivent être toutes deux remises au service de l'intention primordiale, au service de l'âme cosmique : il ne s'agit pas d'accomplir le "moi" et l'homme pour  eux-mêmes, mais bien de les accomplir en plénitude au sein du champ universel d'accomplissement, en harmonie profonde avec tous les accomplissements à l'œuvre dans ce champ.

En mettant l'homme au centre, au sommet ou au but du monde, les valeurs humanistes ont engendré un orgueil délirant dont nous commençons à payer le prix fort aujourd'hui. Oubliant d'où il venait, l'homme a saccagé, pillé, vandalisé la matière et la vie à son seul profit égotique. Il a renié son Père solaire et sa Mère terrestre. Il a oublié les racines qui le nourrissent. Dans son délire d'orgueil, il s'est pris pour Dieu et c'est à présent Dieu qui le renie.

 

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Le 18/05/2022

 

Chacun de nous est porteur de cinq vocations qui se superposent et se nourrissent mutuellement.

Une vocation cosmique qui est d'accomplir le Réel en nous accomplissant nous-mêmes en plénitude et en réalisant tous nos possibles.

Une vocation solaire qui nous fait fils d'étoile et chair d'univers, êtres matériels emportés par le grand flux créatif qui anime toute chose dans l'Univers.

Une vocation terrestre qui nous accueille et nous intègre dans la grande famille des vivants et nous enjoint de promouvoir la Vie sous toute ses formes dans la Nature.

Une vocation humaine qui est d'être le fer de lance de l'esprit et de l'intelligence dans et pour le Cosmos.

Une vocation personnelle qui nous rend porteur de potentialités dont certaines nous sont connues, mais dont beaucoup restent à découvrir et à développer.

 

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Le 19/05/2022

 

Ce que l'on nomme la "culture" couvre deux acceptions différentes, mais complémentaires : la "culture personnelle" qui pointe les connaissances qu'une personne a accumulées au fil de son existence (on parle d'une "personne cultivée"), et la "culture collective" qui pointe le paradigme commun partagé par les membres d'une même civilisation (on parle de la "culture précolombienne").

 

Quoiqu'il en soit, une culture est toujours une mémoire structurée et ordonnée, et tout ordre privilégie toujours une architectonique c'est-à-dire un référentiel global (des dimensions de représentation et des unités de mesure et de comparaison).

 

Une culture véhicule toujours des "valeurs" hiérarchisées entre elles. Aucune culture n'est neutre puisqu'elle est toujours un organisme vivant, affirmant sa vocation et son organisation, ses relations au monde extérieur et à son propre passé, et ses propres critères d'harmonie et d'optimalité.

 

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Un monastère roman (paradigme christique – fermeture vers le cloître), une cathédrale gothique (paradigme féodal – élévation vers le ciel) et un palais baroque (paradigme moderne - ouverture vers les jardins) ne relèvent pas d'un même ordre, d'une même architecture, même s'ils assemblent des matériaux très semblables.

 

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Ce que l'on appelle, aujourd'hui, la "cancel culture" ou, en français, le "culte de l'ostracisation" n'est que l'instruction permanente du procès de la civilisation messianique et de ses trois paradigmes successifs : la christianité, la féodalité et la modernité.

Ce procès n'est pas légitime, non qu'il n'y ait point eu d'incroyables horreurs qui y soient liées, mais bien que ces horreurs ont été pratiquées par toutes les civilisations, parce qu'inhérentes à la nature humaine.

Presque par définition, une civilisation se croit toujours supérieure aux autres et tend à s'imposer par tous les moyens à ces autres ; c'est l'essence même du processus darwinien inhérent à la Vie.

De plus, faire le procès du passé ne change rien au passé mais induit un ressassement qui empêche le deuil et l'oubli.

Nous vivons un important changement, à la fois, de civilisation (la Christianité s'effondre) et de paradigme (la Modernité, dernier stade de la Christianité s'effondre aussi).

Il est improductif d'en ruminer les excès, les erreurs, les horreurs. Il serait, en revanche, très productif de penser l'émergence du nouveau premier paradigme de la nouvelle civilisation, afin de les placer au service de la Vie et de l'Esprit au-dessus de l'humanité, et non plus au service de l'Homme quelque déifié ait-il été.

 

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Nous quittons le monde de l'Homme déifié.

Nous devons, à présent, construire le monde de l'Union cosmique.

Nous vivons la fin de la déification de l'Homme.

Nous vivons le début du dépassement de l'humain.

 

La civilisation antique visait la pacification de la Vie.

La civilisation messianique visait la déification de l'Homme.

La civilisation noétique visera l'unification de l'Esprit.

 

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Sept valeurs fondamentales forment les piliers de toute évolution :

 

  • la Paix extérieure,
  • la Joie intérieure,
  • la Plénitude accumulée,
  • la Reliance bienveillante,
  • la Cohérence ordonnée,
  • la Vérité construite,
  • et l'Harmonie pour dissiper les tensions entre les six précédentes.

 

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La richesse n'est pas d'argent.

L'argent n'est que le symbole d'une forme de richesse

 

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Le monde humain vit un processus profond de dématérialisation.

L'exponentielle concentration urbaine des deux derniers siècles, va s'effondrer du fait de la dématérialisation des connexions, communications et relations interpersonnelles.

L'exponentielle accélération des vitesses physiques va se ralentir rapidement du fait de la dématérialisation des déplacements et des activités collectives.

On assiste déjà à une forme d'abolition de l'espace humain et du temps humain. Le monde humain se désincarne et se détache du monde des matières qui, lui, connaîtra toujours la pesanteur des distances et des durées.

On assistera à une nouvelle sédentarisation, à un nouvel ancrage dans le lieu fixe, à une nouvelle structure de temps de vie lorsque tout déplacement physique sera rendu inutile.

 

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Le problème n'est pas de vivre longtemps ou beaucoup, mais de vivre profondément et de mourir "rassasié de jours".

 

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Tout le programme de la civilisation messianique qui s'achève tient en cette seule phrase : "Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu"[1].

C'est ce programme qu'il faut aujourd'hui dépasser radicalement.

 

Faire de l'humain un Dieu est une aberration absurde (et un orgueil infantile, source unique de tous les maux et de toutes les démesures dont souffre notre monde).

Le Divin est identique au Réel dont participe l'humain. Le Divin est à l'œuvre au plus profond de tout ce qui existe. L'humain doit devenir le "révélateur" du Divin qui l'anime. L'humain est déjà en Dieu, mais il doit apprendre à devenir pour Dieu.

 

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Le 20/05/2022

 

La prospective entend anticiper les évolutions contextuelles au profit de l'entité considérée (une personne, une communauté, une entreprise, une région, etc …) - et autant que faire se peut car les mondes complexes ne sont jamais des mécanicismes déterministes. Tant cette entité que son milieu global, sont des processus complexes dont les modèles ont été développés dans le cadre de la physique des systèmes, de la théorie des structures dissipatives et des modèles d'évolution cyclique, d'émergence et de bifurcation.

En gros, la prospective tente d'évaluer les évolutions de deux processus complexes intimement corrélés : l'entité concernée et ses milieux (ces deux concepts étant pris au sens le plus large).

 

Chaque entité complexe obéit à une seule et même logique qui est la dissipation des tensions entre trois dipôles universels :

 

  • son projet (sa vision future) et ses patrimoines matériels et immatériels (ses accumulations passées),
  • ses réseaux de ressources (son monde extérieur) et sa puissance culturelle (son monde intérieur),
  • sa capacité intégrative ou associative (sa souplesse accommodante), et ses talents créatifs (sa constructivité émergentielle).

 

On comprend vite que chacun de ces dipôles est, en soi, une dialectique vivante :

 

  • l'ambition du projet de vie est contradictoire avec une gestion sécuritaire des patrimoines,
  • la conquête de territoires externes est contradictoire avec le renforcement des forces intrinsèques,
  • l'uniformité consensuelle et empathique est contradictoire avec la force d'innovation et de différenciation.

 

On comprend aussi que les évolutions des milieux de l'entité auront des conséquences souvent importantes sur la pertinence du positionnement de cette entité par rapport à ses six pôles stratégiques.

Ainsi, notre époque vit une chaotisation globale et une bifurcation paradigmatique induisant, en même temps, six crises majeures décrites au niveau de la prospective globale du monde humain :

 

  • la fin, conjointe, de la civilisation messianique (née vers 400) et du paradigme de la modernité (né vers 1500) ;
  • la pénurisation généralisée des ressources naturelles, et le dérèglement climatique, biotique et environnemental ;
  • la révolution numérique et le déplacement du centre de gravité des activités humaines,
  • la complexification des interactions et le passage des modèles hiérarchiques verticaux aux modèles réticulés transversaux ;
  • le passage d'une économie de masse basée sur la productivité, à une économie de l'utilité basée sur la virtuosité ;
  • l'aspiration grandissante à donner du sens et de la valeur à l'existence humaine qui ne peut plus se réduire à "réussir socialement dans la vie".

 

L'efficacité prospective de chaque entité se mesure à sa capacité de confronter ses six pôles actuels d'évolution à ces six ruptures majeures de son environnement, et d'en tirer toutes les conséquences quant à la redéfinition de sa stratégie, de ses techniques, de son organisation, de ses valeurs, de ses talents et de ses compétences.

 

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Le "fil rouge" de la civilisation messianique (de 400 à 2050) a été le "Salut" des humains tant au travers des religions (chrétiennes – le Salut par la Rédemption -, musulmanes – le Salut par le Prophète -, bouddhistes mahayanistes – le Salut par la Vacuité -…) qu'au travers des idéologies (socialistes – le Salut par l'égalitarisme -, marxistes – le Salut par la collectivisation -, populistes – le Salut contre les élites -, scientistes – le Salut par la science -, technologistes – le Salut par la technique -, …).

On pourrait sans doute parler, plutôt que de civilisation messianique, d'une civilisation eschatologique.

Cette civilisation du Salut (eschatologique ou messianique) a succédé à la civilisation de l'Antiquité (de -1250 à 400) qui, elle, visait la pacification de la Vie (par la mythologie, la philosophie et l'art) et la sortie hors de la barbarie (par la culture, le droit et la cité).

La croyance en l'idée de "Salut" part de l'idée qu'il y aurait quelque chose à sauver ou de celle qu'il faudrait se sauver de quelque chose. Mais quel est ce "quelque chose" qu'il faudrait sauver ou dont il faudrait se sauver ?

La réponse, au fond, tient en un mot : la "souffrance", c'est-à-dire la non-Vie (la mort n'étant, au fond que la souffrance de ceux qui restent).

Selon la religion ou l'idéologie envisagées, la formulation du concept de "souffrance" variera et se fera plus ou moins spécifique.

Pour le marxisme, la souffrance s'incarne dans la misère prolétarienne, alors que le christianisme la voit dans le péché et que l'islamisme pointe l'impureté.

Le refus antique de la barbarie a mis la Vie au pinacle.

Le refus eschatologique de la non-Vie a mis la Souffrance au pilori.

Mais la "barbarie" et la "souffrance", quelque insupportables soient-elles, n'ont guère été éradiquées par les croyances qui leur furent opposées. Des progrès ont été faits, cela va sans dire, mais la guerre est très loin d'être gagnée.

Le nouveau paradigme qui entame la nouvelle civilisation, devra prendre ces défis par un autre bout, et il devra s'atteler à un troisième défi (après la "barbarie" et la "souffrance") la "réintégration" de l'humain dans le cosmique.

 

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Il faut réinsister sur la différence fondamentale qui existe entre "mondialisation" et "globalisation".

Le globalisation concerne les problématiques qui deviennent globales c'est-à-dire qui concernent tout le monde comme les pénurisations des ressources, les dérèglements climatiques ou biotiques, les pollutions atmosphériques ou aquasphériques, les migrations humaines, les désertifications et déforestations, les spéculations monétaires, énergétiques, minérales ou agricoles, etc …

La mondialisation concerne l'économie des échanges de biens et de services entre les différents continents, ainsi que les institutions "mondiales" qui élaborent des méthodes, normes, réglementations et technologies destinées à trouver des solutions "communes" ou "standards" aux problématiques globalisées.

Aujourd'hui, la globalisation des problématiques est cruciale et durable (voire définitive), alors que la mondialisation économique se délite (relocalisation, réindustrialisation, néoprotectionnismes, etc …) et que la mondialisation institutionnelle s'effondre.

 

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Les "droits de l'homme" … Il ne peut y avoir de droit, sans devoir. Il ne peut y avoir de droit sans mérite de ce droit. Naître humain ne suffit jamais à quelque dignité ou mérite que ce soit.

L'humain ne vaut que par ce qu'il fait. Celui qui ne fait rien, qui ne crée rien, qui ne construit rien, ne vaut rien et n'a aucun droit.

Seules les contributions réelles à la Vie et à l'Esprit peuvent induire des droits et des mérites.

Tout le reste n'est que parasitisme.

 

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La "montée" de la démocratie …

Ce cher Frédéric Lenoir, si béatement idéaliste et optimiste, se félicite de voir les progrès et la prolifération des démocraties et des droits de l'homme. Le hic est que ni les unes, ni les autres ne progressent et que, au contraire, ils régressent dangereusement partout où l'illibéralisme, le populisme, le totalitarisme gagnent du terrain c'est-à-dire en Latinoland, en Afroland, en Russoland, en Islamiland, en Indoland et en Sinoland. Il n'y a plus que l'Euroland et l'Angloland pour résister à cette poussée des autoritarismes … et encore, l'Angloland, du côté américain et du côté anglais, a de plus en plus de mal à résister au trumpisme, au brexitisme et au wokisme …

 

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Avec sa guerre en Ukraine, le Russoland, au bord de la déconfiture (17,8% d'inflation en avril), est en train d'affamer l'Afroland, le Latinoland et une partie de l'Islamiland … que l'URSS avait tant "aidé" à se libérer de l'occident "capitaliste et colonialiste".

Quand au Sinoland, il est en train de s'enliser dans un effondrement économique majeur.

 

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Le 21/05/2022

 

Avec l'allongement de l'espérance de "bonne" vie (c'est-à-dire de vie en bonne santé selon tous les axes du corps, du cœur, de l'esprit et de l'âme), c'est toute la structure de l'anthropologie qui se transforme puisque toutes ses dimensions en sont affectées : travail, diététique, loisir, famille, habitat, consommation, activité, relation, communauté, appartenance, pouvoir, croyance, culture, etc ...

 

Cela explique pourquoi tous les métiers de la "bonne santé" (les "soins à la personne") se développent considérablement depuis quelques décennies. Cela implique de considérables transformations juridiques (droit du et au travail, droit de la santé, droit de l'héritage et des patrimoines, droit de la famille et du mariage, etc …). Cela devrait impliquer, aussi, l'émergence de bien des nouveaux métiers liés à la transmission des savoirs, des savoir-faire, des savoir-être, des savoir-vivre, des savoir-penser, des savoir-relier, etc …

 

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Les quatre âges de la vie humaine sont :

 

  1. Apprendre de 0 à 25 ans (apprentissage).
  2. Construire de 25 à 50 ans (compagnonnage).
  3. Transmettre de 50 à 75 ans (maîtrise).
  4. Apaiser de 75 à 100 ans (sagesse).

 

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Le temps mesure un rythme car tout est pulsation.

Le nombre des "battements" mesure la "charge temporelle" (que l'on appelle, à tort, le "stress" c'est-à-dire la pression au sens négatif, péjoratif et pénible, alors que cette pression est aussi une énergie positive et propulsive).

Si le rythme s'accélère, cette charge augmente (car le nombre de battements est plus grand) ; si le rythme décélère, elle diminue.

La relativité "restreinte" d'Einstein ne dit rien d'autre.

Il en va ainsi dans l'univers physique. Il en va ainsi, aussi, dans l'univers mental

où le rythme des "impulsions" informationnelles s'accélère exponentiellement et ne fait qu'augmenter la "charge temporelle" de ceux qui veulent vivre en phase avec leur temps (les autres décrochent et s'enlisent soit dans l'ennui, soit dans l'aigreur).

 

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Le but de l'évolution sociétale et technologique n'est pas de "dégager du temps libre" (c'est-à-dire du vide existentiel). Le temps "libre" n'est que du temps perdu. Tout au contraire, cette évolution doit offrir de la plénitude et non du vide, doit proposer sans cesse de quoi nourrir l'activité mentale afin d'accomplir, en plénitude, toutes les potentialités latentes.

L'idée de la "société des loisirs", chère aux années 1960 (Joffre Dumazedier, 1962), est une pure sottise.

Le "stress négatif" ne vient pas du surcroît d'événements, mais bien de l'incapacité de les gérer positivement et constructivement.

 

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Notre époque qui vit si intensément le changement de paradigme, vit, concomitamment, une mutation profonde de la structure du temps de vie (les révolutions numériques et organiques n'y sont pas étrangères). Les anciennes dichotomies temporelles entre travail et loisir, entre privé et public, entre personnel et collectif, … perdent de plus en plus tout sens.

D'autres polarités voient le jour : le projet de vie et les patrimoines personnels, la puissance intérieure et les ressources extérieures, les réseaux associatifs et les émergences créatives, le tout avec une efficience optimale.

 

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Vivre, c'est construire.

Vivre, c'est accomplir la Vie.

Vivre est bien plus qu'exister.

Exister, c'est seulement être un parasite du monde et de la Vie.

 

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Le progressisme est un mythe.

Le constructivisme est une force.

Tout reste à construire et nous avons le temps pour cela. Le progrès n'existe pas puisqu'il n'existe aucune unité de mesure de ce que "progrès" veut dire.

Mais l'évolution évidente et visible d'un chantier mesure immédiatement l'avancement de la construction.

Grâce à la science et à la technique, nous pouvons construire de plus en plus vite et de mieux en mieux. La seule question est : construire au service de quoi ?

 

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Le 22/05/2022

 

Il est bien probable qu'outre la fin de la civilisation messianique (eschatologique) et du paradigme de la modernité, l'humanité soit en train de vivre la fin d'un cycle long (d'une durée de sept cycles civilisationnels de 1650 ans chacun) commencé au néolithique et que l'on pourrait appeler le cycle de la matérialité (les techniques de maîtrise de la Nature inaugurées par l'élevage et l'agriculture).

Le cycle qui commence serait alors celui de l'immatérialité et des techniques de maîtrise de l'Esprit.

 

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La révolution néolithique a commencé en Judée (là où est aussi née l'écriture alphabétique), il y a environ 12.000 ans. Ses plus anciennes traces ont été découverte à Wadi Natouf, près de Jéricho, et à Khiam, sur les rives de la mer Morte.

 

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Au néolithique, les dieux du mythologisme (et du dualisme - Terre et Ciel - qu'ils impliquent) remplacent les esprits de l'animisme (et son monisme intrinsèque).

Peut-être peut-on augurer que la nouvelle ère qui s'ouvre, se construira sur un trialisme (donc une vision complexe du Réel) où le Ciel (l'espace topologique de la substantialité) et la Terre (l'espace dynamique de l'intentionnalité) seront compléter par l'Esprit (l'espace eidétique de la logicité).

 

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La formule maçonnique Ordo ab Chao ("l'ordre à partir du chaos") trace en trois mots toute l'histoire du Réel, mais aussi toute l'histoire de l'humanité qui, au fond, jusqu'à aujourd'hui, s'est consacrée à une mise en ordre du "chaos" naturel dans le double but d'en éliminer, autant que faire se peut, tout danger et d'en extraire toute l'utilité possible.

En somme, les deux moteurs essentiels des humains est le refus de la souffrance et le désir de félicité ; c'est le grand combat contre le diabolique (le vice, le malheur) et pour le divin (la vertu, le bonheur).

 

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La civilisation messianique (ou christique, ou eschatologique), née en Europe et aujourd'hui répandue sur toute la Terre, s'étend de 400 à 2050 et comporte trois paradigmes successifs correspondant chacun à une définition particulière du Salut.

La Christianité (400-950) voyait le Salut dans la Foi christique.

La Féodalité (950-1500) le voyait dans le Paradis céleste.

La Modernité (1500-2050) le voyait dans l'Homme divinisé.

Aujourd'hui, la civilisation messianique s'effondre parce que plus grand monde ne croit au Salut et que l'on sait qu'au fond, il n'y a rien à sauver et surtout pas cet Homme divinisé que la Modernité, sous le nom d'humanisme (l'autre nom de l'anthropocentrisme le plus vaniteux), avait placé au-dessus de tout.

 

Il n'y a jamais eu quoique ce soit à sauver, mais il reste tout à construire.

La civilisation nouvelle qui s'annonce ne sera plus au service du Salut de l'Homme divinisé, mais elle se mettra au service de la Matière, de la Vie et de l'Esprit, au sens cosmique de ces termes.

L'humain de maître qu'il se croyait être, doit apprendre à devenir serviteur.

 

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L'ère néolithique qui s'achève, fut celle des conquêtes extérieures.

L'ère noétique qui s'amorce, sera celle des conquêtes intérieures.

 

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Frédéric Lenoir caractérise la Modernité par la mondialisation, la rationalisation, et l'individualisation. Ces trois caractéristiques ne s'installent que pendant la seconde moitié du 20ème siècle et ne sont que les exacerbations des trois piliers profonds de la Modernité qui, depuis la Renaissance, sont respectivement l'étatisme (sociologique), le mécanicisme (épistémologique) et l'anthropocentrisme (idéologique).

Le fait de croire en une mondialité étatique (l'économisme), en une rationalité mécanique (le démocratisme) et en une individualité anthropocentrique (le droits-de-l'hommisme), n'est que la conséquence de récentes extrapolations abusives (selon la belle expression d'Etienne Klein) dont le 20ème siècle s'est fait le champion.

Le réticularisme a tué l'étatisme et l'économisme.

Le systémisme a tué le mécanicisme et le démocratisme.

L'écologisme a tué l'anthropocentrisme et le droits-de-l'hommisme.

Ce saut complexe est irréversible : la Modernité est morte !

 

 

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L'effondrement du paradigme "moderne" signe également la fin de l'occidentalisation du monde humain, fruit de la Modernité.

La continentalisation est en voie d'accomplissement au-delà des étatismes et des nationalismes (un continent étant un réseau processuellement homogène de régions socioéconomiquement autonomes).

 

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Le démocratisme et le droits-de-l'hommisme doivent être dépassés sans régression vers quelque totalitarisme ou autoritarisme que ce soit.

 

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La croyance presque générale en la généralisation, en la pérennité et en la perpétuation de la modernité, de la démocratie, des droits-de-l'homme, de l'étatisme, des nationalités, etc … serait désarmante de naïveté si elle n'était pas aussi le cercueil de son indispensable dépassement.

 

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Le problème qu'il y a plus de très riches m'indiffère totalement pourvu qu'il y ait moins de très pauvres.

 

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Comment agir et écrire pour faire comprendre la différence colossale qu'il y a entre "libéralisme" (le droit et le devoir d'autonomie personnelle et collective) et "financiarisme" (l'esclavage de l'argent pour l'argent) ?

Le libéralisme est la voie entrepreneuriale par excellence, à toutes les échelles, avec une vision à long terme … alors que le financiarisme réduit toute entreprise à n'être qu'une grosse "machine à sous" bureaucratique, obsédée par le court-terme.

Le financiarisme est antilibéral (il réduit l'autonomie de l'entreprise au seul profit financier à court-terme).

Le libéralisme est anti-financiariste (il vise la production d'un bien-vivre à long terme).

 

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Les assistanats étatiques ne résolvent rien des problèmes économiques, mais favorisent tous les parasitismes qui les amplifient.

 

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Le démocratisme et le mercantilisme (financiarisme) sont les deux mamelles de l'ancien "ordre" anglo-saxon, naguère largement hégémonique.

L'ancien "ordre" européen, quant à lui, s'abreuvait à deux sources : le démagogisme (électoralisme, clientélisme, idéologisme) et l'étatisme (assistanat, interventionnisme plus ou moins dirigiste, bureaucratisme).

Contre eux tous se dressent encore les populismes (de gauche et de droite), qui sont bien pire car ils mènent tous au même totalitarisme.

Il est urgent d'inventer une nouvelle voie qui ne soit ni mercantiliste, ni étatiste, ni populiste. Cette voie s'appelle le libéralisme.

 

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On parle beaucoup de "causes identitaires", de "conflits identitaires", de "revendications identitaires", etc … Mais de quoi parle-t-on au juste ? Qu'est-ce que l'identité d'une personne ? Existe-t-il des identités collectives ?

Les mots sont clairs : l'identité est ce qui est identique, propre, spécifique et particulier donc différent de l'autre, quel que soit cet autre.

Il convient alors d'affirmer, avant tout autre chose, deux idées fortes :

 

  • chaque être – humain ou non – est unique et donc différent de tous les autres ;
  • réduire l'identité d'une personne aux ressemblances plus ou moins nettes, selon des critères toujours arbitraires, avec un groupe d'autres personnes, relève de l'essentialisation qui est, à la fois, dépersonnalisante et momifiante.

 

Tout ce qui est taxé "d'identitaire" consiste à enfermer tout un groupe dans un sac et, ensuite, de ne parler que du nom que l'on fait porter à ce sac.

De là à nier l'existence de différences collectives, il y a une marge. Chacun possède de multiples racines qui engendrent son identité personnelle comme autant de composantes de ce qu'il est. Certaines de ces racines, tant biologiques qu'historiques ou culturelles ou religieuses, sont communes à toute une collectivité dont elles influencent (voire déterminent parfois) les comportements. C'est indéniable. Ce sont donc ces comportements racinaires collectifs qu'il faut regarder et non les personnes qui s'y conforment et qui possèdent, en parallèle, d'autres racines d'autres natures.

Mais ces comportements collectifs racinaires ne sont pas identitaires ; au mieux, ils sont ataviques.

Et dans notre monde interculturel ou transculturel, ce sont ces atavismes qui se révèlent plus ou moins compatibles, voire inconciliables. Ce sont ces "traditions" qu'il faut nommer et non les personnes qui les cultivent dans la quotidienneté de leur vie privée.

Par exemple, que certaines factions musulmanes pratiquent majoritairement un antiféminisme aussi archaïque que délétère, est un fait ; ce n'est pas une raison pour conchier toute personne se revendiquant de l'Islam. Mais, symétriquement, ce n'est pas parce que certains musulmans s'opposent à l'antiféminisme ambiant, qu'il faut s'abstenir de dénoncer et de condamner l'antiféminisme coranique.

 

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Le systémisme a battu en brèche toutes les formes de réductionnisme et nous a offert deux très belles leçons :

 

  • En tant que tout, aucun système n'est réductible à la simple somme de ses composants.
  • En tant qu'entité, aucun composant d'un système n'est réductible aux seules propriétés de ce système.

 

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La réduction identitaire n'est que la conséquence navrante d'une incapacité à se concevoir et à ce vivre en tant que soi-même, sans le regard et l'approbation des autres.

La réduction identitaire (tant comme revendication que comme dénonciation) est une preuve de crétinisme.

 

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Il faut clairement préférer l'Empire (qui intègre une hétérogénéité enrichissante) à l'Etat (qui impose une homogénéité factice).

L'étatisme et le nationalisme doivent, à présent, être combattu avec la plus extrême radicalité.

 

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Il faut éradiquer l'étatisme au profit du fédéralisme.

 

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La théorie démocratique du suffrage universel repose que trois piliers :

 

  • l'existence prégnante d'un projet commun,
  • la pertinence objective des opinions exprimées,
  • l'efficience mesurable des pouvoirs institués.

 

Aucune de ces conditions n'est plus remplie :

 

  • il n'y a aucun autre projet commun que celui de profiter individuellement du système,
  • les opinions exprimées ne font que confirmer l'ignorance, la bêtise et la courte vue des masses,
  • les institutions sont des bureaucraties qui ne fonctionnent que pour accaparer de plus possible de prérogatives.

 

La démocratie au suffrage universel brille par son inefficacité et son ineptie, mais reste le seul rempart contre les idéologies, les autoritarismes et les totalitarismes.

 

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Nous vivons une rupture fondamentale et irréversible de tous les idéologismes et de tous les militantismes. Enfin ! C'est l'idée même d'idéalisme qui s'effondre. Il n'y a pas de monde idéal et toute expression d'une soi-disant idéalité d'un monde "désirable" n'est forcément que puérile et négatrice de la réalité du Réel qui évolue au-delà des humains.

 

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Il est incroyable de constater que l'idéalisme intellectualisant, en particulier français (soi-disant héritiers des obscures "Lumières"), continue, contre la réalité des faits, à croire en une intelligence et une sagesse des masses. Quand comprendront-ils que l'humanité est composée de 15% de constructeurs, de 60% de parasites et de 25% de toxiques.

 

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Les "incertitudes" actuelles semblent traumatisantes pour les masses, et cela explique (sans l'excuser) le recours massif aux illusions de rassurance que sont les idéologies et les religions, et leurs extrémismes.

Mais ce que l'on appelle les "incertitudes" n'en sont pas : la réalité est tout autre et très simple, mais ne leur semble pas acceptable : moins de ressources, moins d'abondance, moins de croissance, moins de pouvoir d'achat, moins de démographie, plus de travail, plus de compétence, plus de virtuosité, plus de talent, plus de connaissance.

Le monde qui vient n'aura plus de place pour les ignares, les parasites et les fainéants. L'illusion moderniste d'un monde de jouissance est déjà dans les poubelles de l'histoire humaine.

Il faut réapprendre à étudier et à travailler, tout au long de sa vie : le monde reste à construire et les paradis, même artificiels, n'existent plus (n'ont d'ailleurs jamais existé).

Le livre de la Genèse doit être pris au sérieux, spirituellement : le jardin d'Eden est une fantasmagorie et la dignité humaine passe par son rejet définitif : ce n'est pas Dieu qui chasse l'humain du jardin d'Eden, c'est l'humain qui doit sortir de ses fantasmes. Le Vie n'est merveilleuse que si elle est difficile. Tout ce qui est facile, ne vaut rien.

 

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L'autre est toujours différent, c'est-à-dire inégal. Donc, l'autre doit être regardé comme complémentaire, mais jamais ni comme maître, ni comme esclave.

La richesse relationnelle naît de la complémentarité, mais jamais de l'égalité. L'égalitarisme n'est qu'une forme de l'uniformité, c'est-à-dire de l'entropie donc de la mort.

 

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Si la "justice sociale" doit se confondre avec l'égalitarisme, elle est morbide et mortifère. Il faut abolir la notion de "justice sociale" et la remplacer par la reconnaissance et la valorisation des mérites individuels. L'humain ne vaut que par ses œuvres ; il ne vaut rien, socialement, par lui-même.

Les droits de chacun sont proportionnels aux devoirs remplis par chacun.

La dignité de chacun est proportionnelle aux œuvres accomplies par chacun.

 

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Le monde humain, depuis toujours, mais plus encore du fait des grands nombres actuels, a toujours été un champ de bataille où s'affrontent les différents "pouvoirs" politiques, économiques, religieux et idéologiques. La civilisation nouvelle qui va émerger doit revisiter fondamentalement cette notion délétère de "pouvoir". Le monde humain est multipolaire, que cela plaise ou non ; dès qu'un type de pouvoir devient hégémonique, la guerre totale n'est plus très loin.

 

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Toujours se rappeler qu'un pouvoir n'existe que tant qu'on lui obéit.

La servitude est toujours volontaire (cfr. Etienne de la Boétie).

 

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Le financiarisme est le religion du profit maximal à court terme. Il est tout le contraire du libéralisme puisque la maximisation du profit passe par l'aliénation de l'humain à l'argent alors que le libéralisme vise la libération de chacun par l'autonomie.

 

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Quelle absurdité de prétendre que le libéralisme enrichit toujours plus ceux qui étaient déjà riches et appauvrit encore ceux qui étaient pauvres. C'est exactement le contraire qui est vrai : la grande majorité des grandes entreprises entrepreneuriales d'aujourd'hui sont le fait de gens qui ne possédaient pas d'argent au départ, mais qui maîtrisaient l'intelligence, le talent et la compétence (cfr. notamment toutes les entreprises du numérique). En revanche, il est vrai que la loi des trois générations joue à plein pour toutes les entreprises héritées : la première génération crée, la deuxième développe et la troisième dilapide.

Il faut faire taire ces contempteurs de l'entrepreneuriat libéral !

 

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Frédéric Lenoir écrit ceci, qui est fondamental :

 

"Il est évident que les réflexes de repli sont avant tout des réflexes de peur. Peur du brassage, peur inhérente à la perte de repères. Or la peur n'est jamais bonne conseillère. Elle sépare des autres alors que la globalisation ne nous laisse d'autre issue que d'aller vers une logique de fraternité, de confiance, de communion, (…)"

 

Fraternité …

On choisit ses amis, pas ses frères, dit-on en Franc-maçonnerie, soulignant par là que la fraternité est une communion de chantier qui relie ceux qui veulent construire ensemble (cum munire, en latin) et qui ne fait appel à aucun sentimentalisme, à aucun sentiment (mais si l'amitié vient de surcroît, qui s'en plaindrait).

 

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Le 23/05/2022

 

L'Univers est la manifestation du Réel en tant que Matière.

La Nature est la manifestation du Réel en tant que Vie.

Le Cosmos est la manifestation du Réel en tant qu'Esprit.

 

L'enjeu de la nouvelle civilisation qui vient est la réintégration de l'humain, en tant que manifestation particulière du Réel, dans les trois dimensions holistiques de la Manifestation et, derrière elles, dans le Réel même.

 

Topologie. Ecologie. Cosmologie.

Et derrière ces trois piliers, une cosmosophie.

 

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Réapprendre à vivre dans la Réalité du Réel selon la Loi du Réel au service de l'Intention du Réel.

 

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"Dénoncer la loi du marché" (la rencontre optimale entre l'offre et la demande) est aussi idiot que "dénoncer la loi de la gravitation".

Que la loi de l'offre et de la demande ait des défauts, c'est incontestable (celle de la gravitation aussi) ; mais, dans la majorité des cas, c'est la "demande" qu'il faut accuser et non l'offre qui y répond.

Si certaines entreprises, peu scrupuleuses et peu éthiques, produisent (les grosses entreprises prisonnières du financiarisme) et vendent (la grande distribution obsédée de mercantilisme) des saloperies, c'est parce que les consommateurs leur demandent des prix bas, donc de la basse qualité. C'est donc l'économie de masse qu'il faut dénoncer. Cela n'empêche nullement d'insister fermement sur l'éthique entrepreneuriale.

 

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Il faut cesser un faux procès (fait souvent par des "intellectuels" gauchisants) : celui de réduire l'esprit entrepreneurial à l'obsession du profit financier. Je connais beaucoup d'entrepreneurs et, parmi eux, très rares sont ceux qui ont créé leur entreprise dans le but de gagner de l'argent et de faire fortune. Le goût d'entreprendre s'alimente le plus souvent à l'envie de réaliser un projet et de vivre une aventure humaine.

Le profit est nécessaire pour rémunérer toutes les ressources et investir pour l'avenir ; il est le carburant des entreprises, mais il n'en est pas le but !

 

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C'est un truisme : plus un processus est complexe, plus ses systèmes de régulation le sont aussi. La socioéconomie mondiale a vu, en l'espace de trente ans, son niveau de complexité exploser. Et dire que certains continuent de regretter l'ancienne régulation étatique basée sur des bureaucraties procédurières et normatives.

Le monde humain est devenu un réseau de réseaux, tous transversaux, ne connaissant ni frontières, ni centres, ni pouvoirs. Les institutions étatiques n'y ont plus aucun rôle à jouer. Tout se joue désormais sur deux niveaux : le niveau continental pour la cohérence et la coalescence des évolutions, et le niveau local pour l'efficience et l'autonomie des activités.

 

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Il faut impérativement distinguer les doctrines, des institutions qui les portent (ou qui s'en sont autoproclamé les porteuses). Le christianisme n'est pas réductible à l'Eglise catholique, apostolique et romaine (qui, en instituant l'Inquisition et l'Infaillibilité papale a contrefait le message évangélique). Une idéologie n'est pas réductible au Parti qui porte son nom. Une population n'est jamais réductible à l'Etat qui prétend l'incarner. Etc ...

 Dès qu'une institution met la doctrine à son propre service, elle devient dangereuse car, par essence, toute institution ne vise qu'un seul but : s'auto-développer, quitte à trahir la doctrine qui est censée la fonder.

Une institution, quelle qu'elle soit, doit toujours et impérativement rester radicalement au service des personnes et des communautés … et jamais l'inverse.

 

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Nous vivons l'effondrement d'un paradigme (mécaniciste et le financiariste) et d'une civilisation (messianique et eschatologique). Un nouveau paradigme doit être fondé qui inaugurera une nouvelle civilisation. Mais qui assumera cette fondation ? Qui seront les œuvriers sur ce chantier crucial ?

Certainement pas les masses qui n'ont jamais rien construit dans l'histoire, trop jouisseuses et parasitiques qu'elles sont.

Certainement pas les élites dont l'existence dépend directement ou indirectement des institutions de l'ancienne civilisation et/ou de l'ancien paradigme et qui récusent toxiquement l'émergence indispensable.

Alors ?

Il ne reste, pour accomplir cette Œuvre, qu'une aristocratie de l'Esprit : les 15% de constructeurs qui, depuis toujours et partout, sont les moteurs de l'histoire humaine.

 

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Qui dit "nouvelle civilisation" dit "nouvelles valeurs", c'est-à-dire nouveaux piliers doctrinaux pour fonder les finalités (pour quoi) et les modalités (comment) du chantier civilisationnel.

Frédéric Lenoir entend fonder ce socle civilisationnel sur six valeurs qu'il prétend intemporelles : la Vérité, la Justice, le Respect, la Liberté, l'Amour et la Beauté.

Pour ma part, j'en ai proposé sept dont certaines sont équivalentes ou proches : la Joie (liée à l'accomplissement autonome de soi, donc plus large que la seule Liberté) et la Plénitude (le trésor des richesses existentielles accumulées), la Reliance (moins sentimentaliste que l'Amour) et la Paix (moins normative et plus proactive que le Respect), la Véridicité (moins orgueilleuse que l'inaccessible Vérité) et l'Equité (moins relative que la Justice), ainsi que l'Harmonie (moins subjective que la Beauté) qui doit être le souci de cohérence des six précédentes.

 

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La Vérité …

La Vérité – en grec : Aléthéia -, c'est ce que l'on n'oublie pas ou, mieux, ce que l'on ne peut pas oublier ! Cette étymologie est remarquable.

La Vérité est la connaissance parfaite de la réalité ultime du Réel. On peut s'en approcher sans jamais l'atteindre.

La valeur d'une connaissance est liée à une double cohérence : celle de cette connaissance avec la réalité vécue et expérimentée (sa véracité), et celle de cette connaissance avec les autres connaissances déjà acquises (sa véridicité).

En hébreu, la Vérité se dit 'émèt c'est-à-dire ce qui a été vérifié, donc ce qui s'est révélé conforme à l'expérience vécue tant en perception qu'en conception.

 

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La Justice ...

Il faut abandonné la mot "Justice" qui, ces derniers siècles, s'est trop enlisé dans les notions d'égalité et d'égalitarisme.

Rien n'est plus injuste que l'égalité parce que tous les êtres sont uniques donc différents : ils doivent donc tous être évalués et traités différemment, non pas avec "justice", mais avec Justesse.

Être juste, c'est d'abord être précis, adéquat, approprié.

Le respect des différences implique nécessairement le rejet de l'égalité. Or, la vraie richesse du Réel est dans la complémentarité des différences et non dans l'uniformité égalitariste qui n'est que mort entropique.

La notion bancale de justice doit être remplacée, on l'a vu, par celle de justesse, mais aussi par celle d'équité, c'est-à-dire de la meilleure qualité des instruments et des méthodes de mesure (car juger ou évaluer, c'est toujours mesurer avec impartialité).

"Justesse" et "Equité" sont, à la fois, indispensables pour établir et maintenir la "Paix", tant intérieure que sociale. L'égalité, elle, est facteur de conflits puisqu'elle implique un nivellement par le bas et lèse les meilleurs au bénéfice des médiocres.

 

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Respect ...

Le Respect, au fond, se réduit à ne jamais agresser qui que ce soit (la Personne) ou quoi que ce soit (la Nature). L'autre est autre et il mérite respect tant que lui-même pratique le respect. S'il attaque, alors la défense et la riposte contre lui sont légitimes, voire nécessaires.

Mais le respect se mérite. Pour être respecté, il faut être respectable !

Aujourd'hui, malheureusement, ceux qui réclament à grands cris le respect, ne respectent rien ni personne : les respecter, dans leur chef, signifie tolérer leur irrespect au nom d'un soi-disant droit à la différence. Ce droit-là n'existe pas s'il est le droit à agresser l'autre, sa personne ou ses biens.

Le décalogue toraïque ne fait qu'énoncer trois règles de rejet et sept règles de respect : le rejet de l'esclavage, de l'idolâtrie et de la superstition, et le respect du sacré (le Shabbat), de la mémoire (les parents), de la vie, de la parole, de la vérité, de la propriété, de l'intégrité.

 

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Liberté ...

La Liberté, ce n'est pas faire ce que l'on veut, comme on veut et quand on veut ; ça, c'est le caprice (la pire des puérilité, preuve d'infantilisme et d'immaturité).

La Liberté, c'est tout autre chose. C'est choisir librement de faire parfaitement ce qu'il y a à faire ici et maintenant pour l'accomplissement de ce qui est à accomplir en soi et autour de soi.

Être libre, c'est assumer l'accomplissement du Réel (en soi et autour de soi) en y contribuant activement et pleinement.

La liberté est un engagement d'accomplissement alors que l'autonomie est un dégagement de toute dépendance. L'une est impossible sans l'autre, c'est sans doute la raison pour laquelle on les confond si souvent.

Mais plus profondément encore, c'est l'idée de libération qui importe : non pas "être libre", mais "devenir libre", "se libérer".

Personne n'est libre, mais chacun peut et doit se libérer d'un maximum de servitudes (toujours plus ou moins volontaires).

N'être prisonnier de rien. N'être esclave de rien. N'être dépendant de rien. Mais s'engager à accomplir, au mieux, soi et le monde.

Un pas de plus : il ne peut y avoir de libération sans ascèse, c'est-à-dire sans discipline. Voilà qui peut paraître paradoxal à tous ceux qui confondent "liberté" et "caprice". Car, en fait, l'ascèse de la libération passe par le refus de sacrifier sa vie sur l'autel de caprices insatiables. Le liberté se construit contre les caprices égotiques qui ne sont qu'un esclavage.

 

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Amour ...

Sauf au niveau conjugal, le mot "Amour" est à la fois un mot-tiroir et une mot-vide. On peut dire : "j'aime mes enfants" ou "j'aime le steak saignant" ou "j'aime lire Frédéric Lenoir" ou "j'aime faire l'amour avec ma femme", ou "j'aime les chansons des Beatles", ou "j'aime le film Matrix",  etc …

Chaque fois le même verbe, mais avec des niveaux et des acceptions incompatibles. Quand on dit que le christianisme est la "religion de l'Amour", je hurle ! Et l'Inquisition ? Et les bûchers ? Et les Borgia ? Et la misogynie de Paul – le seul vrai fondateur du christianisme ? Et les culpabilisations de ce débauché d'Augustin d'Hippone ? Et les délires nazis de Pie XII ?

Et je ne parle pas de l'Islam qui est pire …

"Aimer", c'est aspirer à dépasser le "soi" pour entrer en communion ("construire ensemble" – cum munire) totale et irréversible avec "l'Autre".

La seule manière de comprendre, spirituellement, l'Amour est de dépasser ce mot et de lui préférer le mot "Fusion" … comme deux atomes d'hydrogène et un atome d'oxygène renoncent à ce qu'il sont, pour fusionner et construire ensemble ("communion") une molécule d'eau, substrat de toute Vie;

Alors, et alors seulement, on parvient à libérer le mot "Amour" de tout sentimentalisme mièvre (ce qui est pléonastique), et à réconcilier le "prochain" et le "lointain", en affirmant l'unité fusionnelle de tout ce qui existe.

Si tout est Un, alors rien n'est séparé (malgré que tout soit différent), alors il faut dépasser tous ces mots sentimentalistes comme Amour ou Compassion ou autres, et ne plus retenir que ce simple mot de Communion : "construire ensemble ce qui nous dépasse" ce qui se dit aussi : Fraternité.

 

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Beauté ...

Je ne sais pas ce qui est "beau". Je ne sais pas ce que "beauté" veut dire. Je sais seulement ce qui m'émeut ou me bouleverse, mais cela est tellement personnel que c'en est insignifiant.

Au mot "beauté", je préfère de loin ceux d'harmonie ou de cohérence qui ne font pas appel à la subjectivité de l'émotion, mais au vécu profond. La beauté conduit à l'admiration, parfois, mais l'harmonie et la cohérence engendrent l'extase.

L'harmonie et la cohérence induisent aussi la fécondité puisque la stérilité est fille de la laideur.

La "beauté" n'est pas une "valeur" mais seulement un ressenti personnel (même s'il devient parfois collectif, c'est-à-dire partagé par une faction).

En revanche, l'idée de cohérence fait sens au-delà des subjectivités du ressenti. Le cohérence parle de l'harmonie qui unit tous les composants d'un ensemble "communié", donc "construit ensemble". Une cathédrale gothique n'est pas belle ou laide ; elle est cohérente et harmonieuse.

Confondre l'art (le beau, le joli, le "à la mode", le plébiscité, …) et l'esthétique est une erreur profonde.

 

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La "Déclaration universelle des droits de l'homme", promulguée à l'ONU en 1948 est le parangon des illusions universalistes de la modernité occidentale. Il n'y a, dans ce texte, que des chimères puériles, de vœux pieux ou des absurdités bienveillantes.

Les humains n'ont aucun droit si ce n'est en récompense des devoirs accomplis. En dépit des allégations de Kant, le fait de "naître humain" ne confère aucune dignité particulière à cet amas de quelques milliards de cellules qu'est un membre de l'espèce homo sapiens demens.

Quinze pourcents de constructeurs, soixante pourcents de parasites et vingt-cinq pourcents de toxiques, voilà toute l'humanité. Il est urgent que les philosophes de l'humanisme pratiquent un minimum de lucidité.

Les éventuels "droits de l'homme" ne concernent, au mieux, que quinze pourcents de l'humanité.

 

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Un des textes les plus ineptes et ridicules jamais écrits est l'article premier de la "Déclaration universelle des droits de l'homme" :

 

"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience, et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité."

 

Tout, ici, est contre-vérité.

Les humains ne naissent absolument pas "libres", mais dépendants.

Ils ne naissent pas égaux, mais différents et ces différences ne feront que croître.

Ils ne sont aucunement doués de raison, puisque la plupart naissent parfaitement idiots et le resteront.

Ils n'ont de plus aucune conscience, ni cosmique, ni éthique, mais sont prêts à tout pour nier les faits et pour satisfaire leurs pulsions.

Quant à l'esprit de fraternité, n'en parlons même pas : tout n'est qu'égoïsme, bêtise, ressentiment, caprice, jalousie et haine.

Il faut donc réécrire cet article premier, bien plus simplement :

 

"Tous les êtres humains naissent infects,

mais une minorité parviendra à devenir des gens biens."

 

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La sale habitude de tout binariser (Bien ou Mal, Vrai ou Faux, Beau ou Laid, Bon ou Mauvais, Sacré ou profane) et d'obliger à choisir entre l'un ou l'autre, tend à effacer la réalité des bipolarités définitives qui animent l'existence.

La bipolarité entre identité et finalité, celle entre individualité et communauté, et celle entre conformité et créativité. Il ne s'agit pas de choisir un pôle plutôt qu'un autre, mais de les assumer tous les six et de dissiper, au mieux, les tensions entre eux.

 

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Ainsi que l'écrit Frédéric Lenoir :

 

(…) nos sociétés modernes crèvent

d'un manque de fraternité et de spiritualité (…)"

 

Non. Elles ne crèvent pas de cela ; mais cela montre qu'elles crèvent, que la Modernité est devenue un impasse et qu'une bifurcation majeure s'impose vers un nouveau paradigme et, au-delà, une nouvelle civilisation où la fraternité (c'est-à-dire la communion non sentimentale au service d'une construction grandiose) et la spiritualité (c'est-à-dire le culte non religieux de ce qui dépasse infiniment l'humain afin de donner sens et valeur à l'existence de ceux qui le pratiquent) deviennent des moteurs primordiaux de l'action quotidienne.

 

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Il est indéniable qu'il est urgent de quitter la vision mécaniciste du monde voulue par la Modernité (Descartes, Kant, Laplace, …), pour entrer résolument, dans une vision organiciste du monde telle que déjà esquissée par les taoïstes, les stoïciens, les kabbalistes, les védantistes, les mystiques rhénans, les alchimistes, les romantiques, les nietzschéens … et les physiciens de la complexité.

 

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Les trois principes de la physique nouvelle :

 

  • l'interdépendance (tout est cause et effet de tout),
  • l'indiscernabilité (rien n'a d'existence en soi),
  • l'impermanence (tout évolue).

 

La dialectique fondamentale ne relève aucunement du distinguo artificiel entre sujet et objet, mais bien de celui entre projet et trajet.

 

*

 

Les traditions spirituelles ont été purement intuitionnelles (révélations, hypersensibilités, transes, …).

Les sciences mécanicistes ont été purement logicielles (analycisme, déterminisme, réductionnisme, …).

La grande synthèse est en train de se construire au niveau de la cosmologie des processus complexes.

 

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Le 24/05/2022

 

Il est utile de constater et de bien comprendre que les pays aujourd'hui totalitaires et dictatoriaux sont, presque tous, les héritiers nostalgiques de grands empires d'hier : Turquie, Russie, Chine, Inde, Hongrie et Autriche, Islamie, Eglise catholique romaine, …

Heureusement, il y a des exceptions : Angleterre, Espagne, Portugal, …

Les "gloires" du passé minent la bonne santé du présent.

 

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Le nihilisme du 20ème siècle a instauré une course effrénée à toujours plus de matérialité (le consumérisme) au détriment de toute spiritualité (l'agnosticisme qui affirme, à juste titre, qu'il n'y connaît rien).

Mais maintenant, la "fête" est finie, toutes les ressources sont en voie de pénurisation rapide et l'écosystème terrestre est durablement dérégulé. La démographie humaine doit urgemment et définitivement descendre sous la barre des deux milliards.

La fourniture de matérialité va partout reculer, créant des tensions immenses entre les personnes et les peuples. La seule issue se place sur les voies de la spiritualité panenthéiste, enfin débarrassées des religions dogmatiques.

Le seul avenir de l'humain est dans l'intériorité, dans la joie de vivre frugalement, dans la recherche de plus de vérité et de plus de sens, dans le culte de la Vie et de l'Esprit.

 

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Plus que jamais, le slogan vital a répéter sans cesse est : "Que chacun prenne ses responsabilités !"

Ce slogan dit deux choses :

 

  • chacun doit impérativement construire sa propre autonomie matérielle, sociale, intellectuelle et spirituelle,
  • chacun est entièrement responsable, en lui et autour de lui, de l'évolution du monde vers le nouveau paradigme et la nouvelle civilisation.

 

Il est impérieux de sortir de la logique d'assistanat généralisé instaurée par les étatismes et relief de la vieille "charité" chrétienne. Chacun doit redevenir responsable de soi et des siens … et de l'avenir (c'est ce qui oppose le christianisme catholique où tout doit venir d'en-haut, et le christianisme réformé où tout doit venir de soi).

 

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Frédéric Lenoir discerne trois "poisons" qui tuent, à petit feu, l'indispensable puissance des personnes à transformer le monde et son avenir : la convoitise, l'indifférence et la peur.

Bref, en un mot : l'égocentrisme par le désir d'accaparer pour soi, par le seul souci de soi et par l'effroi de la dégradation du soi.

Mais il faut y prendre garde : le contrepoison à l'égotisme n'est pas l'altruisme qui n'en est jamais que le symétrique (se sacrifier pour l'autre n'est rien de plus qu'une vanité égotique). Il faut dépasser à la fois le soi et l'autre, sortir de l'humanitude et passer de l'anthropocentrisme au cosmocentrisme.

 

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Il existe deux slogans aussi pernicieux l'un que l'autre : "réussir dans la vie" (la réussite sociale) et "réussir sa vie" (la réussite égotique). Ces deux "réussites" ne sont que le symétrique l'une de l'autre et finissent par se confondre. Le traître-mot est "réussir". Que signifie-t-il ? A quel aune va-ton mesurer cette fameuse "réussite" ?

C'est ce verbe qu'il faut changer. Le but de l'existence n'est pas de "réussir", mais de "construire". La "réussite" est parfois la conséquence, dans le regard des autres ou dans le sien propre, d'une construction "réussie" ; mais la conséquence n'est jamais le moteur. Le fait d'arriver à une destination quelconque, arbitrairement définie par volonté ou hasard, est la conséquence d'une véhicule en bon état et de l'aptitude à bien le conduire.

 

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On oppose souvent les logiques de l'avoir et celle de l'être pour exprimer l'indispensable passage de la matérialité à la spiritualité.

Je préfère, quant à moi, opposer deux autres verbes : paraître et devenir.

Rien n'étant permanent, les notions "avoir" et "être" parce qu'elles éludent le temps qui passe et les transformations qu'il impose, sont inadéquates,

Il est donc essentiel d'apprendre à "devenir" sans plus avoir le besoin de "paraître" (c'est-à-dire de briller dans le regard de l'autre … ou de soi-même).

Mais "devenir" quoi ? Cette question pose celle du projet de vie, du sens de l'accomplissement personnel, de la construction d'une existence muée en œuvre d'art.

Le projet de vie est le même pour tous : accomplir ce qu'il y a de latent et de meilleur en soi et autour de soi, de la manière la plus optimale possible, à chaque instant.

Mais le trajet de vie sera différent pour chacun, selon les ressources, les circonstances, les outils, les méthodes, les talents, les compétences, les aptitudes, les sensibilités, les intelligences, … et surtout : le courage et la volonté.

 

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Les médias ne montrent principalement que ce qui est mauvais, que ce qui va mal, que la souffrance et la mort de victimes lointaines. Et ce fait est incroyablement amplifié par la Toile via les médias dits sociaux. Pourquoi ? Pourquoi le négatif "se vend-il" bien mieux que le positif ? Pourquoi le spectacle de la souffrance des autres se vend-il bien mieux que les informations factuelles concernant la réalité du Réel ? Qui plus est : lorsque le négatif est absent, on l'invente.

Jadis, les mauvaises nouvelles étaient attendues et importantes afin de permettre à la communauté concernée de se préparer et d'anticiper le malheur ou le danger. Mais aujourd'hui, ce n'est majoritairement plus le cas. Alors ? Le malheur des uns ferait-il le bonheur des autres, comme le prétend le dicton ? Je ne le pense pas vraiment, même s'il existe une forme de rassurance à croire qu'on l'a échappé belle, et même si l'humain possède un peu de sadisme en lui.

Je pense plutôt que les mass-médias, comme leur nom l'indique, s'adressent aux masses qui ne cherchent nullement à s'informer objectivement, mais qui recherchent un spectacle à bon marché qui les gave d'émotions primaires … Et quoi de plus primaire que la souffrance et la mort ?

 

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A l'indifférence, il faut opposer non pas la militance, mais l'engagement.

La problématique du dérèglement climatique est symptomatique en ce sens. Quoique puissent en penser les climatosceptiques, le dérèglement écosystémique (dont le climatique n'est qu'une des manifestations) est un fait dûment avéré. Alors ? Deux voies s'ouvrent : soit les vociférations de la militance qui exige une solution venue d'en-haut, soit les actions personnelles où chacun s'engage à prendre ses responsabilités et à boycotter, systématiquement, tout ce qui produit de l'effet de serre.

Le première voie est politique et ne sert à rien d'autre qu'à polluer autrement les esprits et les cœurs. La seconde voie est personnelle et table sur les effets d'exemplarité et sur la prolifération virale pour que l'évolution aille dans le bon sens.

Face aux problèmes complexes, les méthodes top-down ne fonctionnent jamais ; seules les méthodes bottom-up sont efficaces.

 

Mais il faut reconnaître que, pour beaucoup de "nains" humains, la voie de la militance est plus excitante parce que plus spectaculaire : il est plus exaltant d'aller gueuler en rue, lors d'une manifestation, devant les caméras que de "faire ce que doit" dans l'intimité de son propre monde.

 

Et une dernière remarque : le niveau national intermédiaire est à la fois trop étriqué (de trop petite taille) et trop inefficace (trop fonctionnaire et bureaucratique) pour être capable d'apporter des solutions aux problématiques globales qui détruisent le monde. Le niveau dit "mondial" n'existe en fait pas. Les deux seuls vrais niveaux d'efficacité pour faire évoluer l'humanité sont continentaux (engagement collectif) et locaux (engagement personnel).

 

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Il ne faut avoir peur que d'une seule chose : d'avoir peur.

La peur tue souvent plus sûrement que le danger.

 

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Face à une mutation de bonne ampleur, il y a toujours 15% d'enthousiastes, 20% d'indifférents profiteurs, 40% d'indifférents désabusés et 25% d'opposants (dont une frange de résistants violents).

Cette répartition statistique est malheureusement vraie dans tous les cas : c'était vrai en France face à l'occupation nazie, comme c'est vrai aujourd'hui face à la bifurcation paradigmatique en cours, mais en sens inverse.

Aujourd'hui, face à cette indispensable mutation, tout l'enjeu consiste à gagner les indifférents désabusés … et de plus en plus paniqués.

 

Il faut qu'ils fassent leur deuil de leur "ancien monde", selon le processus en cinq stades mis en évidence par Elizabeth Kübler-Ross :

 

  1. Les experts mentent : il n'y a pas de mutation paradigmatique comme il n'existe pas de dérèglement climatique.
  2. Comme les experts disent vrai, il faut trouver et désigner le bouc émissaire qui est responsable du marasme.
  3. Bouc émissaire ou pas, la catastrophe se rapproche et il faut "négocier" un délai plus long.
  4. Comme, manifestement, les choses évoluent à leur rythme et que rien ne semble pouvoir en ralentir l'avance, le découragement devient immense et les tentations suicidaires commencent à s'exprimer.
  5. Enfin, le salutaire sursaut advient et l'évidence apparaît : chacun doit s'engager, de mieux qu'il peut, à contribuer à fond à l'inéluctable transition.

 

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La civilisation messianique (la Christianité) se termine et est passée par trois stades : théocentrique (la Chrétienté), eschatocentrique (le Féodalité) et anthropocentrique (la Modernité qui a exporté et imposé sa civilisation au reste du monde).

Et cette même Modernité qui a évincé Dieu pour le remplacer par l'Homme, est, elle aussi, passée par trois stades d'humanisme : la Personne (de 1500 à 1650), le Sujet (de 1650 à 1850) et le Citoyen (de 1850 à 1970), avant d'entamer la phase finale de l'Individu (de 1970 à 2050).

 

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Un monde complexe (et nous vivons un saut de complexité du monde humain) exige plus de reliance de tout à tout (c'est d'ailleurs cela la définition même de la complexité) : l'interdépendance systémique est à nouveau à l'ordre du jour après les délires anthropocentriques et égocentriques de la Modernité.

Reliance libératoire à soi, reliance fraternelle aux autres, reliance vitale à la Nature et reliance spirituelle au Cosmos.

 

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De Jean-François Revel dans "La tentation totalitaire" :

 

"Le cynisme est plus tolérant que le fanatisme

et l'intérêt plus accommodant que la croyance."

 

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Le wokisme et le populisme, de droite comme de gauche, mènent le même combat infect : celui de l'anti-occidentalisme, donc celui de l'anti-libéralisme et de l'anti-personnalisme.

Il veulent le triomphe des étiquettes contre les réalités, le triomphe des clichés contre les libertés, le triomphe des catégories sur les personnalités.

 

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Au fond, la technologie transforme un couple fait d'"énergie néguentropique" (de l'énergie fortement condensée dans des noyaux atomiques ou dans des molécules) et de "matière entropique" (des minerais et des matériaux informes), en un autre couple fait de "matière néguentropique" (des formes complexes, des machines efficaces, des objets utilitaires) et d'"énergie entropique" (des déchets et des effluents).

Le technologie transfère de la néguentropie énergétique vers de la matière par un processus dont le rendement thermodynamique est toujours inférieur à un.

Or, les réserves d'énergie néguentropique (uranium, pétrole, charbon, gaz) et de matériaux entropiques bruts de qualité s'épuisent. Il faut donc utiliser des énergies de moins en moins néguentropiques (le bois, le courant d'eau, le vent, la lumière et la chaleur solaires, ...) et des matériaux toujours plus entropiques (des matériaux dégradés, recyclés, de basse qualité …) donc il faut accepter l'idée que tous les rendements thermodynamiques de transformation ne feront que baisser.

 

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Le bonheur ...

Le bon heur, en ancien français, signifie la "bonne chance" comme on dit encore parfois : "Je n'ai pas l'heur de vous connaître" pour dire : "Je n'ai pas la chance de vous connaître".

Et le mal heur : la "mauvaise chance".

Être heureux, c'est être chanceux.

 

L'étymologie n'est pas triviale puisque le mot "heur" vient du latin augurum : "augure". Avoir du bon heur ou du mal heur, c'est donc avoir de bons ou de mauvais augures, avoir des "signes" favorables ou défavorables.

 

Si l'on persévère dans le "Trésor de la Langue Française", on trouvera, comme synonyme de "bonheur", les mots suivants : joie, félicité, bien-être, plaisir, béatitude, bien, satisfaction, prospérité, chance, succès, bénédiction, calme, ravissement, délice, contentement, bienfait, volupté, faveur, extase, euphorie, douceur, veine, sérénité, paix, nirvana (sic), gaieté, enivrement, enchantement, délectation, avantage, allégresse, agrément, événement heureux, salut, réussite, fortune, ataraxie, voyage, septième ciel, relaxation, pot, idéal, heur (re-sic), habileté, consolation, brio, bonne rencontre, bonne occasion, bonne fortune, aubaine, âge d'or

Quand on donne à une notion autant de synonymes aussi disparates, voire incongrus, cela signifie que cette notion est très loin d'être claire.

 

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Le 25/05/2022

 

Le bonheur, sans doute, est l'art de jouir de ce que la chance nous offre.

 

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Sigmund Freud déclare – sans rien démontrer, comme d'habitude – qu'il existe trois types d'humain :

 

  • l'humain érotique qui cherche à jouir de l'autre,
  • l'humain narcissique qui cherche à jouir de lui-même,
  • l'humain pratique qui cherche à jouir de l'œuvre.

 

Il me semble que seul ce troisième peut dépasser le bonheur pour connaître la joie.

 

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Le grec ancien nomme le bonheur du doux nom d'eudémonia qui signifie "avoir le bon génie" avec le sens d'avoir (ou d'être né sous) une "bonne étoile".

Le bonheur est là aussi affaire de destin …

 

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Le bonheur se reçoit alors que la joie se construit. Mais encore faut-il être au bon endroit et au bon moment … et à cet endroit-là, à ce moment-là, encore faut-il être capable de saisir la chance qui passe.

Il est donc utile de penser cette chance qu'est le bonheur afin d'être apte à vivre une vie heureuse, comme le souhaitait Epicure.

 

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En philosophie, on distingue l'hédonisme qui est la recherche effrénée du plaisir, de l'eudémonisme qui la quête continuelle du bonheur.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que l'hédonisme est une impasse (n'en déplaise à Michel Onfray qui ne sait pas faire la distinction) puisque le plaisir n'est jamais assouvi et qu'il devient toujours un esclavage.

Si l'hédonisme est une voie de l'esclavage, l'eudémonisme peut devenir une voie de la libération. D'une libération chanceuse d'un bonheur que l'on reçoit vers une joie que l'on construit.

 

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Il faut être chanceux et attentif pour être heureux ; il faut être volontaire et courageux pour devenir joyeux.

 

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Curieux clivage des sociétés humaines …

Le plaisir est vulgaire …

Le bonheur est élitaire …

La joie est aristocratique …

 

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Le christianisme a rejeté le bonheur de vivre la Vie et a préféré l'hypothétique béatitude d'une éventuelle après-vie. Bref : il a préféré le rêve à la réalité, le futur au présent, l'imaginaire au véridique, l'idéel au réel.

Montaigne et Spinoza ont entamé un "retour au bonheur sur Terre", ici et maintenant.

 

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Le 26/05/2022

 

Il existe une immense différence entre se faire plaisir (prendre du plaisir) et être heureux. Le plaisir n'est pas le bonheur. Le plaisir se prend et le bonheur se reçoit.

 

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Le plaisir vient du corps, du cœur ou de l'esprit, et la joie vient de l'âme.

Quant au bonheur, il vient des autres : il se reçoit, donc.

 

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Le plaisir et la joie dépendent de l'intérieur.

Le bonheur dépend de l'extérieur.

 

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Fondamentalement, le bonheur ne m'intéresse pas et je ne recherche pas le plaisir mais le prend lorsqu'il se présente. Seule la joie m'est fondamentale. La joie spinoziste qui vient de l'accomplissement de moi et de l'autour de moi

 

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Ce n'est que lorsqu'on ignore la joie intérieure et profonde de l'accomplissement, que l'on cherche le plaisir pour soi (hédonisme) et/ou le bonheur avec les autres (eudémonisme).

Ainsi, le consumérisme névrotique et hédoniste de notre époque

 

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Le summum de la joie : oublier le soi et les autres et construire la Vie (avec soi et avec les autres) !

 

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Les neuroscientistes peuvent capter et mesurer du plaisir (ou de la douleur), mais rien d'autre. Il ne peut exister, nulle part, de mécanique du bonheur (ou du malheur) ou de la joie (ou de la souffrance).

 

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Pourquoi recherche-t-on les plaisirs ? Pour occulter l'absence de bonheur !

Pourquoi recherche-t-on le bonheur ? Pour occulter l'absence de joie !

Pourquoi recherche-t-on la joie ? Pour la joie elle-même qui est la Vie qui se vit et se construit !

 

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Quand le bonheur se présente, encore faut-il le voir, le vouloir et avoir les outils pour le saisir.

 

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Classiquement, la "vertu" était l'art ou la volonté de choisir seulement les "bons" plaisirs de l'existence et d'en rejeter les "mauvais". La "vertu" – donc l'éthique – de demain consiste à construire l'accomplissement de la Vie en soi et autour de soi : le bon plaisir, le doux bonheur et, surtout, la vraie joie en seront les conséquences naturelles.

 

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Le chien que son maître nourrit bien et cajole assez, déteste les autres chiens.

L'humain aussi.

 

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Le 27/05/2022

 

Toute forme de spéculation est à proscrire, voire à interdire, définitivement. La spéculation enchaîne le présent à des futurs qui n’existent pas (à des plans du la comète, à des paris probabilistes et des loteries statistiques, à des fantasmes délirants, à des rêves capricieux ou cataclysmiques, etc …).

 

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Les cryptomonnaies sont un vaste canular qui assèche bien des porte-monnaie.

Mais ne pas confondre "cryptomonnaies" et "monnaies locales".

 

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De Nicolas Baverez :

 

"La prise de conscience s'impose de ce que l'inflation n'est pas provisoire mais s'installe durablement. Elle ne constitue pas une parenthèse mais ouvre une nouvelle ère. Sous la disruption des marchés de l'énergie et de l'alimentation liée à l'invasion de l'Ukraine pointent des mutations fondamentales. Le marché du travail connaît un déficit de compétences et une montée des revendications salariales. La fragmentation de la mondialisation et le retour en force des contraintes de sécurité et de souveraineté annihilent le principal facteur de baisse des prix depuis le début du XXIe siècle. Or le consommateur ne pourra supporter seul les hausses dont une partie devra être prise en charge par les entreprises, ce qui implique une chute de leurs profits.

 

Enfin, la flambée d'inflation ne se corrigera pas d'elle-même mais devra être éradiquée par des politiques restrictives. Dopés par les flux de liquidités déversées pour faire face au krach de 2008 puis à l'épidémie de Covid, les marchés ont voulu croire que les banques centrales continueraient à donner la priorité au soutien de l'activité pour éviter une récession et privilégieraient des thérapies douces. Mais l'ampleur du choc inflationniste a tout changé. Le risque d'une stagflation comparable à celle des années 1970 les contraint à revenir à leur mission première, qui consiste à garantir la stabilité de la monnaie en enclenchant une remontée significative de leurs taux directeurs, à l'image de la Fed, qui les a relevés d'un demi-point le 4 mai. Compte tenu du surendettement public et privé, la fin de l'argent facile laisse peu de place pour un atterrissage en douceur et risque fort de se transformer en violent ajustement." 

 

Il est urgent de sortir définitivement de la mythologie de la croissance.

Les stocks de ressources décroissent.

La quantité et la qualité de travail décroissent.

Les pouvoirs d'achat décroissent.

Les consommations décroissent (mais trop marginalement).

La démographie décroît (mais pas du tout assez vite).

L'espérance de vie en bonne santé décroît (surtout dans les pays riches).

Et il est indispensable que les spéculations et les endettements décroissent spectaculairement.

Vive la décroissance en faveur de la qualité de la vie et du développement de l'intériorité.

Vive le règne absolu de la frugalité et de la seule valeur d'utilité.

 

Et Nicolas Baverez d'ajouter :

 

"Le capitalisme a connu deux krachs financiers depuis le début du XXIe siècle. Le premier, en 2000, résulta de l'éclatement de la bulle spéculative sur les valeurs technologiques, amplifié par les dysfonctionnements de l'information financière mis en lumière par le scandale Enron. En 2008, le déchaînement de la spéculation immobilière, le surendettement hypothécaire, les excès de la dérégulation financière puis la faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre, déclenchèrent le plus violent effondrement du crédit depuis 1929. Il ne fut endigué que par le lancement d'un plan de relance keynésien à l'échelle de la planète. Force est de constater que la plupart de ces facteurs se trouvent aujourd'hui réunis, avec le cumul des immenses liquidités déversées par les banques centrales durant l'épidémie de Covid, de la multiplication des bulles spéculatives, de la généralisation du surendettement, de l'absence de régulation des actifs crypto. Ne manque que le défaut d'un acteur important sous la pression de la montée des taux pour servir de détonateur à un krach."

 

C'est évidemment moi qui souligne … La planche à billets, la spéculation et le surendettement sont des cancers qui rongent l'économie au prétexte que les pauvres doivent pouvoir vivre comme des riches, ce qui est une mythe absurde, fruit de l'égalitarisme socialo-gauchiste.

Pourquoi les pauvres sont-ils pauvres ? Ce n'est pas un problème d'argent. C'est la conséquence d'un manque d'intelligence, de talent, de compétence, de travail et surtout de courage (des emplois potentiels, il y en a partout en pagaille).

 

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Le 28/05/2022

 

La croyance absurde en l'immortalité d'une âme personnelle empoisonne toute la vie sur Terre tant par la crainte d'un châtiment éternel que par le désir d'une béatitude éternelle.

Cela alimente le goût des plus bornés ou des plus aigris pour le martyre, le sacrifice, la haine ou le fanatisme.

Cette croyance stupide est d'essence religieuse et n'a aucun fondement ni spirituel, ni naturel.

Seule est éternelle, l'Âme cosmique dont les éphémères âmes personnelles ne sont que les reflets furtifs.

 

*

 

Chez le pervers, il y a sans doute parfois un plaisir sadique à faire souffrir l'autre - humain ou non humain.

Mais ni le bonheur avec l'autre, ni la joie dans l'œuvre qui se fait, ne sont compatibles avec la souffrance de quiconque.

 

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La souffrance[2], tant vécue que perçue, est une pure construction mentale négative qui se pose contre la joie qui, elle aussi, est une construction mentale, mais positive.

La joie construit alors que la souffrance détruit.

 

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Epicure distingue les désirs naturels et nécessaires (ceux qui procurent du plaisir au corps), les désirs naturels non nécessaires (ceux qui font le bonheur du cœur et de l'esprit) et les désirs non naturels et non nécessaires (ceux qui relèvent du luxe, du paraître, de la gloriole ou du superflu).

Mais il oublie les désirs qui sont nécessaires, mais non naturels - donc spirituels -  (comme le désir de s'accomplir ou de construire une œuvre, etc …) qui sont le terreau de la joie de l'âme.

L'hédonisme épicurien se borne à la satisfaction des seuls désirs naturels et nécessaires, et méprisent les autres. C'est la raison pour laquelle l'épicurisme est un parasitisme qui n'a jamais rien construit. Il a cependant eu l'immense mérite de saccager le mythe de l'immortalité de l'âme personnelle.

 

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De Sénèque :

 

"Nul vent n'est favorable à ceux qui ne savent où aller."

 

De moi :

 

"Tout vent est favorable à ceux qui vont n'importe où."

 

La question est sérieuse, malgré l'apparence malicieuse : elle oppose l'opportunisme radical (aller n'importe où) et un téléologisme profond (savoir où l'on veut aller et, ainsi, donner un sens et, donc, du sens à sa vie).

L'hédonisme prend ces deux formes, opportuniste (prendre tous les plaisirs qui se présentent) ou téléologique (rechercher frénétiquement le plaisir et en faire le but ultime de l'existence).

 

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Bien vivre, c'est choisir.

Et choisir, c'est évaluer, jauger, juger, classer, ordonner, hiérarchiser … et décider … et se tenir à ses décisions.

Donc choisir, c'est savoir renoncer.

Choisir, c'est aussi et surtout définir ses propres critères de choix, en toute autonomie ; c'est donc construire solidement son intention de vie, son projet de vie, et tout leur conditionner.

 

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Donner du sens à sa vie, c'est décider de la manière dont on veut l'accomplir, c'est-à-dire la mener à son summum, à sa plénitude ultime et sublime.

L'intention fondamentale et métaphysique de tout ce qui existe est d'accomplir, mais chaque entité qui existe, devra définir ce qu'est son accomplissement à elle au service de l'accomplissement du Réel, pris comme un tout.

 

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La Connaissance n'a rien à voir avec le Plaisir (au contraire, la Connaissance appelle effort et courage, labeur et persévérance ascétique ; tout à l'opposé de la vie idiote de l'imbécile heureux) et n'apporte pas le Bonheur (on peut être bien savant et bougrement malheureux).

En revanche, la Connaissance que l'on se construit, patiemment et obstinément, est une ascèse infinie qui, à chaque pas, offre une Joie immense.

 

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Les deux conditions de la Joie de vivre : lucidité et véridicité.

 

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Il ne faut jamais rechercher ou poursuivre la Joie ; elle vient toute seule, naturellement, dans l'accomplissement de soi et de l'autour de soi. Et une fois que la Joie allume ses feux intérieurs, l'œil de l'âme y voit et y prend, tout à la fois, bonheur et plaisir.

 

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Il me plaît à penser que le véritable fondateur du christianisme fut Socrate et que Platon l'Académique, Jésus le Nazir et, surtout, Paul de Tarse n'en furent que les relais. Car le christianisme n'a fondamentalement rien à voir avec l'Alliance ou avec le combat judaïque contre les esclavages, les idolâtries et les superstitions, mais a tout à voir de l'anthropocentrisme idéaliste socratique.

Socrate marque une grande rupture dans l'aventure philosophique grecque : une anomalie anthropocentrique dans un vaste courant panenthéiste inauguré par les bien-nommés présocratiques et perpétué par l'aristotélisme (en partie), le stoïcisme et le plotinisme, ainsi que par le kabbalisme et la mystique rhénane jusqu'à Teilhard de Chardin, David Böhm ou Alfred North Whitehead.

Les idéalismes socratiques, platoniciens et chrétiens ont voulu rejeter le plaisir dans les feux de l'Enfer, le bonheur dans l'expurgation du Purgatoire et la Joie dans les béatitudes du Paradis ; partout et toujours, sauf ici et maintenant.

 

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La Joie et le Bonheur sont des conséquences, pas des buts. En cela - et en cela seulement - je rejoins Immanuel Kant : ils résultent d'une existence menée au service de ce qui dépasse l'humain.

Ce qui dépasse l'humain ? Ce peut être bien des choses : l'Un (Plotin), Dieu (Eckart d'Hochheim), la Morale (Kant) … ou, comme je le préfère, la Vie et l'Esprit au sens cosmique de ces deux mots,

 

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Politiquement, il ne peut y avoir que deux "camps" : celui du libéralisme, c'est-à-dire du primat de la personne humaine autonome, et celui du populisme c'est-à-dire du primat du "peuple" (qui est une pure fiction), c'est-à-dire des institutions de pouvoir qui se prétendent issues de la "volonté du peuple" (en oubliant que le "peuple", donc les masses, ne veulent rien d'autre que "du pain et des jeux").

 

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Chacun porte, au plus profond de lui, une Vocation (ce qui l'appelle) et qu'il lui faut accomplir en plénitude. Cette vocation est donc la boussole qui indique la voie de la Joie et, par conséquent, celles du Bonheur et du Plaisir.

Encore faut-il la découvrir et la (re)connaître au-delà des fantasmes que l'on se forge ou que les autres nous imposent.

 

Eduquer un enfant, c'est l'aider à chercher et à trouver sa vocation personnelle profonde … et, ensuite, l'amener à se donner la discipline et les outils pour consacrer sa vie à l'accomplir.

 

Ma vocation à moi se reconnaît, bien modestement, dans celle d'Albert Einstein : "Connaître la pensée de Dieu !" ou, autrement dit, comprendre comment se construit le Réel ….

 

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La prospérité personnelle ou ambiante n'a que très peu d'impact sur le sentiment de bonheur (l'argent ne fait jamais le bonheur, pourvu que l'on ait ce qu'il faut pour survivre décemment, ce qui est peu).

En revanche, l'argent et la joie sont totalement indépendants l'un de l'autre puisque la joie ne dépend que de ce que l'on fait de son temps.

Seul le plaisir coûte de l'argent. La frugalité est la réponse.

 

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La convoitise tue le bonheur.

 

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Je ne comprends pas en quoi "voyager" puisse être une source de plaisir ou de bonheur. Changer de lieu, ce n'est jamais changer de soi (or, c'est en soi que l'on trouve la joie). De plus, l'adaptation à d'autres climats ou modes de vie est toujours un effort et un risque (je le sais, j'ai déménagé 30 fois dans plus de 12 pays).

Ceux - et il sont nombreux parmi les 20 à 30 ans - que désirent, plus que tout, "voyager" et "vivre ailleurs" (dans des paradis qu'ils s'inventent sans rien en connaître), ne font que se fuir eux-mêmes.

Mon expérience de nomade et de mercenaire m'a appris que la densité de cons par mètre carré est énorme et la même partout dans le monde ; ce qui change, c'est leur manière d'exprimer leur connerie.

 

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Le 28/05/2022

 

L'intemporel est présent dans chaque instant.

 

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Les neurosciences sont de fausses sciences qui réduisent l'esprit au seul cerveau (option matérialiste désuète que la cosmologie et la physique récusent) et qui abordent l'étude de ce cerveau avec des schémas mécanicistes obsolètes totalement ignorants de la physique des processus complexes. Réduire la conscience ou la pensée à des jeux moléculaires d'hormones ou de neurotransmetteurs est méthodologiquement et scientifiquement une erreur monstrueuse.

L'esprit n'est pas une usine électrochimique.

 

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L'esprit utilise le cerveau comme le voyageur utilise une automobile.

 

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L'esprit faible est assujetti à son environnement psychosociologique.

L'esprit fort ne l'est pas … ou, en tous cas, beaucoup moins.

 

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Chacun n'est que la construction accumulée de soi-même. Un chantier, en somme. Avec ses chants et ses écorchures.

 

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Le psychisme humain, dans la conscience, est le terrain d'une double dialectique entre, d'une part, l'intelligence (la structuration rationnelle des ressentis) et la sensitivité (la capacité à percevoir les données pertinentes), et d'autre part entre la créativité (le talent à construire des structures cognitives inédites) et l'intuitivité (la perception globale du monde où l'on est plongé).

Le tout étant animé par un champ de force entre conservativité (mémoire) et volonté (désir, projet de vie, vocation).

Il est oiseux de chercher à définir quel serait le pôle antérieur ou dominant par rapport aux cinq autres.

L'esprit n'existe, précisément, que parce que ces tensions bipolaires et dialectiques lui sont inhérentes et irréductibles.

 

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Il est important d'apprendre à se dissocier de tous les ressentis, à remplacer la "j'ai" ou "je suis", par un "il y a" : non pas "j'ai mal", mais "il y a de la douleur", non pas "je suis en colère", mais "il y a de la colère", etc …

Cette distanciation permet de libérer la conscience afin qu'elle puisse dissiper au mieux les surtensions ressenties.

 

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Apprendre à avoir, en permanence, un esprit joyeux, c'est apprendre, à chaque instant, à participer à la construction du monde.

Ne plus être spectateur de l'extérieur, mais acteur de l'intérieur : cet arbre n'est pas un objet que je regarde, mais une manifestation arborescente de la même Vie qui m'anime.

 

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Qu'as-tu à perdre ? Voilà la seule question existentielle, celle qui te permette de savoir, ici et maintenant, ce qui t'est précieux (le reste n'étant plus qu'accessoire, voire superflu).

 

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A tous ceux qui se disent ou se croient malheureux, je dis : la vie ne t'aime pas parce que tu n'aimes pas la vie.

 

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Il n'y a pas, jamais, nulle part, d'égalité ; il n'y a que des différences et des unicités. Mais il faut, à partir de là, construire des complémentarités et des réciprocités. C'est cela l'amitié et la fraternité, l'amour et la bienveillance.

 

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Je ne sais pas ce qu'est la "nature humaine" ; je ne suis même pas sûr que cette expression ait un sens. En revanche, je crois connaître la réalité humaine c'est-à-dire comment les humains fonctionnent et je persiste à affirmer qu'il y a 15% de constructeurs, 60% de parasites et 25% de toxiques.

Les constructeurs construisent, les parasites prennent et les toxiques détruisent.

 

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La joie (et la souffrance) est contagieuse.

Le plaisir (et la douleur) et le bonheur (et le malheur) ne le sont pas.

C'est aussi à cela que l'on reconnaît la joie authentique.

 

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Le 30/05/2022

 

De Jean Amadou :

 

"L'administration est une société anonyme à irresponsabilité illimitée."

 

Et, dans le même sens, de mon amie Astrid du Lau d'Allemans :

 

"Le surmoi de la France, l’État-providence, a été créé après-guerre. À force d’élargir son périmètre d’action, donc de devenir tout-puissant, il est devenu impuissant à assurer ses fonctions régaliennes fondamentales comme la justice ou la sécurité. Les Français sont demandeurs d’une prise en charge accrue tout en la remettant immédiatement en question lorsqu’elle s’instaure. Ce faisant, ce surmoi pèse sur le moi, l’identité du pays, et le doute s’installe. Comme si les Français n’étaient pas à même de prendre leur destin en main et qu’il fallait sans cesse les tenir par la main. Les maintenir dans une immaturité d’adolescent suscite leur côté rebelle et l’insatisfaction."

 

L'assistanat inefficient de l'Etat-Providence est une calamité sociologique qui transforme le citoyen lambda en un immature adulescent déresponsabilisé faisant, régulièrement, sa petite crise de prurit colérique et protestataire.

 

*

 

Il y eut le Salut mythique par les Astres.

Il y eut le Salut politique par la Cité.

Il y eut le Salut civique par l'Empire.

Il y eut le Salut théologique par Dieu.

Il y eut le Salut eschatologique par l'Eglise.

Il y eut le Salut technique par le Progrès.

Il y eut le Salut idéologique par le Parti.

Toutes ces voies sont des impasses.

On découvre aujourd'hui que le Salut n'existe pas parce qu'il n'y a rien à sauver.

Il n'y a rien à sauver, mais il reste tout à construire, tout à accomplir.

Le "Bonheur" n'existe donc pas. Il ne reste que la voie hédoniste des Plaisirs du corps (et leurs esclavages) ou la voie béatifique des Joies de l'âme (personnelle et mortelle).

 

*

 

Spiritualité pour le nouveau paradigme …

 

L'urgence pour chacun est de s'armer pour donner un sens à sa vie de façon autonome, en totale solidarité avec le reste du monde.

Devenir une personne autonome, responsable et fraternelle

… donc reconnaître, pour tout ce qui existe, un même Père-Esprit et une même Mère-Vie.

Alors seulement la Joie devient possible.

 

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Ni le plaisir, ni le bonheur, et encore moins la joie, ne peuvent être des buts. Ce ne sont que les conséquences naturelles de l'accomplissement de soi et de l'autour de soi, sur des niveaux bien différents.

 

*

 

Le projet de vie doit toujours être l'accomplissement de quelque chose. C'est la nature de ce "quelque chose" qui déterminera la qualité, la profondeur et la valeur de l'accomplissement considéré.

Accomplir le dessein divin (pour la joie de l'âme) et réussir une tarte au pomme (pour le plaisir du corps) ne sont pas vraiment des projets de vie comparables …

 

*

 

Aux trois derniers chapitre de son livre sur le bonheur, Frédéric Lenoir donne des titres significatifs :

 

  • Le sourire du Bouddha et d'Epictète.
  • Le rire de Montaigne et de Tchouang-Tseu
  • La joie de Spinoza et de Mâ Anandamayî.

 

Ces titres ont un premier avantage : ils montrent que l'occident et l'orient peuvent être sur le même chemin et poursuivre la même quête.

Ils en ont un second : faire une distinction nette entre "sourire", "rire" et "joie".

 

*

 

Ce n'est pas au monde à s'adapter à l'humain, mais bien à l'humain de s'adapter au monde (à la Matière, à la Vie et à l'Esprit).

La malheur de l'humain commence dès lors qu'il croit que le monde est à son service, diligent pourvoyeur des objets de ses désirs.

Dans la Réalité du Réel, rien de tel : l'humain, comme tout ce qui existe, doit se mettre au service de l'accomplissement de ce qui le dépasse.

 

*

 

A propos du stoïcisme, Frédéric Lenoir écrit ceci :

 

"L'essentiel de la doctrine stoïcienne a été couché par écrit par le principal disciple de Zénon, Chrysippe, au milieu du 3ème siècle avant notre ère. Quelles en sont les lignes de force ?

La première idée majeure, c'est que le monde est un (tout à la fois matière, esprit, divin) et peut être conçu comme un grand corps vivant répondant aux mêmes lois naturelles et peuplé de correspondances (on dirait aujourd'hui de "connexions").

La deuxième, c'est que le monde est rationnel : le "logos" (raison) divin le sous-tend de part en part et chaque être humain participe, par son "logos" personnel, du "logos" universel.

La troisième; c'est qu'il existe une loi de nécessité immuable, de causalité universelle, fixant le destin de tous les individus.

La quatrième, enfin, affirme la bonté du monde : tout ce qui arrive advient pour le mieux de tous les êtres (compte tenu de l'extraordinaire complexité du cosmos et de la vie), même si nous n'en avons pas conscience et que nous vivons avec le sentiment d'un mal apparent. Il découle d'une telle conception du monde que le bonheur de l'homme réside dans l'acceptation de ce qui est, dans une attitude d'adhésion à l'ordre cosmique."

 

Le cosmologie de l'univers complexe repose sur les mêmes principes : Unité, Logicité, Intentionnalité et Optimalité … auxquels s'ajoute la Substantialité (qui est, certes, une évidence, mais qu'il ne faudrait pas oublier).

 

*

 

Les deux vertus stoïciennes de base sont l'ataraxie (l'absence de trouble de l'âme qui est un détachement radical, mais sans indifférence) et l'autarcie (l'autonomie intérieure qui est une non-dépendance qui n'exclut ni l'amitié, ni la solidarité).

Nulle joie n'est possible sans leur pratique assidue.

 

*

 

Tous les bouddhismes reposent sur les "quatre nobles vérités" du sermon de Bénarès :

 

  1. L'existence est souffrance.
  2. La cause de la souffrance est le désir.
  3. Il faut se libérer de tout désir.
  4. Il existe une voie octuple de libération.

 

Tout cet édifice s'effondre dès que l'on prend conscience la première de ces quatre vérités est notoirement fausse : l'existence n'est pas "souffrance". Il y a parfois des souffrances dans l'existence comme il y à là aussi des joies (conséquences de l'accomplissement de soi et de l'autour de soi).

La souffrance n'est que construction mentale.

Comme les christianismes (auxquels ils ressemblent assez, dès lors que l'on sort du dualisme monothéiste), les bouddhismes partent de la souffrance (celle de l'existence ou celle de Jésus) et posent, dès lors, sur le monde, un regard négatif qui pousse l'adepte à fuir le monde soit vers la vacuité radicale, soit vers la paradis céleste.

 

Il faut définir un anti-bouddhisme positif sur quatre autres vérités :

 

  1. L'existence est joie.
  2. La cause de la joie est l'accomplissement.
  3. Il faut construire l'accomplissement.
  4. Il existe une voie octuple de la construction.

 

*

 

Il n'y a guère de différence entre l'ataraxie stoïcienne et le nirvana bouddhique.

 

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La mort n'est rien et toute souffrance est imaginaire ; seule la douleur est détestable.

 

*

 

Je ne sais ce que veulent dire des expressions comme l'humanité, mes semblables, autrui, mon prochain, etc … Je ne connais que mes proches, que mon "autour de moi", que mon monde … et cela est bien assez.

 

*

 

Entre le Tout-Un et Tout-en-moi, il n'y a que des chemins !

 

*

 

Il faut définitivement opposer, d'une part, simplicité et complexité à, d'autre part, facilité ou complication.

La simplicité s'oppose à la facilité.

La complexité s'oppose à la complication.

La simplicité et la complexité vont de pair, pour notre bonheur.

La facilité et la complication vont également de pair, pour notre malheur.

 

*

 

Dans un regard, il y a bipolarité et dialectique.

Dans l'autre, il y a dualité et conflit.

Ces deux regards sont incompatibles et s'"excluent mutuellement.

Le premier est celui d'Héraclite ou de Tchouang-Tseu, de Montaigne ou de Spinoza.

Le second est celui de Platon ou de Paul de Tarse, de Mu'hammad ou du Bouddha.

 

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Evoluer, c'est évoluer avec et non contre.

Celui qui nage contre le courant, s'épuise et échoue. Celui qui nage avec le courant est porté et va bien plus loin, comme il veut.

 

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Le secret ? Vivre joyeux.

Et la tristesse ? Elle n'existe pas puisque tout est là et vit.

 

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Frédéric Lenoir écrit très joliment :

 

"Tels sont les paradoxes de la sagesse taoïste : c'est en s'oubliant qu'on se trouve, en refusant d'agir qu'on exerce une influence, en redevenant enfant qu'on accède à la sagesse, en acceptant sa faiblesse qu'on devient fort, en regardant la Terre qu'on découvre le Ciel, en aimant pleinement la vie qu'on peut accepter sereinement la mort."

 

Un bémol, cependant : le wu-wei, le "non-agir" n'est pas le "refus d'agir", mais bien le fait de "ne pas agir contre" le courant cosmique qui entraine tout ce qui existe vers son meilleur accomplissement.

 

*

 

A propos de Spinoza, Frédéric Lenoir écrit très justement (et à l'encontre, comme je le fis également, de ceux qui voient en Spinoza le tenant du déterminisme absolu et l'ennemi du libre-arbitre) ceci : "L'homme ne naît pas libre, il le devient (…)". Comment, sinon, parler d'éthique si personne ne peut choisir ses actes ? Ce qui est vrai, c'est que 85% des humains n'atteignent jamais une authentique liberté et ne "fonctionnent" qu'en obéissant à leurs déterminations, tant extérieures qu'intérieures.

Spinoza écrivait :

 

"J'appelle servitude l'impuissance de l'homme à gouverner ses affects (…)."

 

L'humain est esclave de ses pulsions, mais cela ne signifie point qu'il ne puisse s'en libérer. C'est cette libération par l'éthique qui est le cœur de l'œuvre de Spinoza.

 

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L'éthique précise ce qui est "bon" ou "mauvais" pour l'accomplissement du Réel alors que la morale impose le "Bien" et le "Mal" pour la société humaine.

La confusion entre l'éthique et la morale est dramatique.

 

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Le désir suprême est celui de l'accomplissement qui libère l'humain de toutes ses servitudes. Ce désir d'accomplissement est le désir le meilleur qui puisse être (fondateur de toute éthique par la réalisation du conatus qui vise l'amplification de la puissance de soi au service du Réel) et tout désir qui va en son sens, est un bon désir.

Voilà toute l'éthique spinozienne.

 

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Pour combattre la peur, il faut nourrir la confiance.

 

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Plus j'y réfléchit et plus je conclus que la notion d'athéisme est absurde. Aussi absurde que la prétention de donner au mot "Dieu" un contenu univoque.

 

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L'athéisme, le hasardisme, le matérialisme et l'agnosticisme sont des bêtises inventées par des ignares modernes.

Autant appeler cela le suicide métaphysique et philosophique ; le refus de penser. Car ces doctrines sont de pures non-pensées, des négations ridicules portant contre des doctrines autres et autant ridicules (notamment les monothéismes), mais fondées sur rien et ne construisant rien.

S'il y a de la cohérence dans le Réel (et il y en a puisque la science existe et l'exprime), c'est que le Réel est régi par un principe de cohérence que les anciens appelaient un Logos et que je préfère appeler une logicité.

Dès ce principe posé comme fondement du Réel (fin de l'athéisme), il n'y a plus de hasard (fin du hasardisme) et la connaissance est le chemin qui y mène (fin de l'agnosticisme) au-delà de ses manifestations, notamment matérielles (fin du matérialisme).

Mais il est encore plus ridicule de donner à ce principe de cohérence l'apparence anthropomorphe d'un Dieu personnel, extérieur au Réel et créateur de celui-ci (fin du théisme).

La seule doctrine qui puisse demeurer est le panenthéisme qui est une cosmosophie, une métaphysique du Tout-Un.

 

Et Spinoza de conclure :

 

"Tout ce qui est, est en Dieu, et rien ne peut, sans Dieu, ni être ni être conçu."

 

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D'Albert Einstein :

 

"Je crois au Dieu de Spinoza qui se révèle dans l'harmonie de tout ce qui existe, mais non en un Dieu qui se préoccuperait du destin et des actes des humains."

 

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* *

 

Le 31/05/2022

 

Frédéric Lenoir écrit ceci, dans l'avant-propos de son livre "La puissance de la joie" :

 

La joie porte en elle une puissance qui nous bouscule, nous envahit, nous fait goûter à la plénitude. La joie est une affirmation de la vie. Manifestation de notre puissance vitale, elle est le moyen que nous avons de toucher cette force d'exister, de la goûter. Rien ne nous rend plus vivants que l'expérience de la joie."

 

Trois noms de philosophes se détachent autour de cet astre mystérieux qu'est la joie authentique, bien plus profonde et vivante que le plaisir ou le bonheur : Spinoza, Nietzsche et Bergson.

 

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Plaisir rime avec désir.

Bonheur rime avec candeur.

Joie rime avec foi.

 

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Le plaisir passe.

Le bonheur passe.

La joie s'accumule.

 

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Le plaisir induit l'esclavage.

Le bonheur induit l'ennui.

La joie allume tous les feux de l'âme.

 

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Le plaisir n'est véritable jouissance que s'il est rare.

 

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En tout, pratiquer le frugalité : moins mais mieux !

 

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Encore une fois, les sagesses et spiritualités de tous les temps et de toutes les contrées rejoignent la fine pointe de la physique actuelle de la complexité : tout ce qui existe est mû par des bipolarités où l'harmonie du juste milieu est indispensable, des thèses et antithèses dont la dialectique est moteur universel, des tensions antagoniques qu'il faut apprendre à dissiper optimalement.

 

L'expansion et la gravitation engendrent le vide intersidéral parsemés d'îlots  galactiques comme l'explique la physique relativiste.

L'attraction et la répulsion engendrent toutes les associations nucléaires et moléculaires comme l'explique la physique quantique.

L'homogénéité et la créativité engendrent toutes les émergences : la matière, la vie et l'esprit, par sauts successifs de complexité comme l'explique la physique thermodynamique.

 

*

 

Le Réel se manifeste au travers de trois hypostases : la Matière, la Vie et l'Esprit dont toutes les matières, toutes les vies et tous les esprits n'en sont que les scintillements et les reflets locaux et éphémères.

La joie commence lorsque l'esprit rejoint l'Esprit, lorsque la vie atteint la Vie, lorsque les matières se subliment en Matière.

 

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Le plaisir est dans la captation.

Le bonheur est dans la perception.

La joie est dans la conception.

 

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Quitter l'avoir et le paraître, et entrer dans le faire et le devenir.

 

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La joie dissipe une tension.

L'intensité de l'une dépend de l'intensité de l'autre.

La joie est une émergence dissipative, comme une naissance ou une libération.

Sans tension préalable, point de joie possible : alors que le plaisir et le bonheur abolissent les tensions, la joie s'en nourrit.

Pour connaître une joie de vivre persistante, il faut entretenir une "tension de vie" permanente c'est-à-dire, dit plus simplement et plus prosaïquement, cultiver, au plus profond de soi, au plus durable de soi, une intention, un projet, une vocation.

 

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La joie est contagieuse !

Elle agit viralement, elle se répand et contamine l'autour de soi puisque l'accomplissement de soi n'est possible qu'accompagné de l'accomplissement de l'autour de soi.

La joie est une puissance libérée, une puissance de vie qui nourrit tout ce et tous ceux qui la reçoivent.

 

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La joie libère d'une tension, mais vers le haut, par un encapsulement de puissance et d'énergie … comme la minéralité a émergé de la vacuité, comme la vitalité a émergé de la minéralité et comme la spiritualité émerge de la vitalité.

Une libération vers le haut, vers le plus riche et le plus complexe !

 

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La joie, en hébreu, se dit Shim'hah et se compose de quatre lettres : un Shin ("la dent" pour manger, qui vaut 300), un Mèm ("l'eau" pour boire, qui vaut 40), un 'Hèyt ("le vivant" pour vivre, qui vaut 8 et un Hé ("voilà" pour l'ici-et-maintenant, qui vaut 5).

Soit une valeur guématrique totale de 353 qui pointe vers le 2 (3+5+3=11 et 1+1=2) de la bipolarité indispensable à cette tension que la joie va dissiper "vers le haut".

Le mot Shim'hah est lui-même une bipolarité puisqu'il se divise en Sham ("ici") et en 'Hyh ("vivre") : la joie, c'est vivre ici !

 

*

 

Spinoza définit la joie comme le "passage de l'homme d'une moindre à une plus grande perfection". Cette "perfection" est en gros synonyme de son "accomplissement en plénitude".

Mais le concept est ardu. Atteindre la plénitude de soi par la plénitude de l'autour de soi. La "perfection", étymologiquement, c'est ce qui "fait au-delà" (factum per), le dépassement de soi "vers le haut", le parachèvement de soi.

L'idée centrale est celle d'un chantier où le Réel se construit, globalement et localement, dans une dialectique universelle entre les potentialités et les opportunités.

 

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De façon générale, spirituellement parlant, comme déjà rappelé dans le prologue de ce livre, il faut abandonner la métaphore du "voyage" (aller d'ici à là pour "atteindre" quelque fantasmatique destination - il n'y a nulle part où aller) et la remplacer par la métaphore du "chantier" (construire ce qui reste à construire, ici-et-maintenant).

 

Maçonniquement parlant, la métaphore de la "Lumière" est celle de l'Apprenti (il voit enfin au-delà des apparences et des illusions), la métaphore du "Voyage" est celle du Compagnon (il va de place en place là où il peut apprendre son métier) et la métaphore du "Chantier" est celle Maître (il construit ce qu'il y a à construire là où il est).

 

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Le plaisir fait sourire.

Le bonheur fait dormir.

La joie fait grandir.

 

*

 

Le plaisir, c'est consommer.

Le bonheur, c'est pacifier.

La joie, c'est construire.

 

*

 

La béatitude est le nom de la joie permanente.

La joie ultime et définitive. La joie absolue.

 

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Lorsque Friedrich Nietzsche relie la Joie avec la Volonté de Puissance (der Wille zur Macht), que signifie "Puissance" ? Certainement ni le pouvoir, ni la force. Il s'agit d'une capacité, d'une potentialité : la puissance de vie, la puissance "pour" (zur) la vie.

Le philosophe affirme ainsi que toute augmentation de la puissance de vie donc de la capacité à vivre plus pleinement et plus intensément, induit plus de joie … Encore faut-il que cette puissance de vie soit canalisée et utilisée à bon escient, pour la construction d'un mieux pour la Vie et pour l'Esprit.

 

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D'Henri Bergson, dans la continuité de Spinoza et de Nietzsche :

 

"La nature nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte.

Ce signe est la joie."

 

Mais encore le même bémol : il n'y a aucune destination à atteindre, il y a seulement une construction jamais achevée, à éternellement parachever, gros œuvre et finitions, corps de bâtiments et annexes ou appentis.

 

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Si l'on entretient bien, comme un feu de braises intérieures, la tension d'accomplissement (avec le ternaire : vocation, intention, projet), la joie devient un état d'esprit, une manière de vivre au quotidien.

 

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Pour fleurir et fructifier, la joie a besoin d'un climat, d'un terreau et de soins.

 

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Ce qui me met en colère et me gâche ma joie de vivre, c'est l'incapacité de l'autour de moi à parfois se détacher des vétilles et des apparences et, ainsi, à cultiver sa joie en lui.

Ce rare talent de se gâcher la vie avec des illusions …

 

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L'attention …

Être attentif ou, plutôt, apprendre à devenir attentif, en éveil, en vigilance, en concentration sur l'ici-et-maintenant, dans le rejet des "soucis" quels qu'ils soient et si souvent imaginaires …

Je suis ici maintenant … avec mon moi et mon autour de moi. Avec ce Divin qui est, à la fois, tout et en tout, en moi et en ça.

 

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L'intuition …

L'intuition est une faculté précieuse : celle de la reliance directe à soi et à l'autour de soi. Reliance … se relier … bien au-delà du ressentir analytique par les sens. Il ne s'agit pas de cela. Il s'agit de baigner dans le Réel et de s'en laisser imprégner comme une éponge plongée dans l'eau de la vie.

Pour ouvrir et activer cette merveilleuse intuition, bien des traditions ont inventé des "techniques" appelées, ici, méditation ou, là, oraison ou, ailleurs, contemplation ou, encore, étude … Qu'importe la plan que l'on tient en main, pourvu que le travail se fasse sur le chantier.

 

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La confiance …

La confiance est le radical et absolu antidote à la peur. Il ne s'agit évidemment pas de naïveté, ou d'inattention, ou d'ingénuité, ou de niaiserie … Bien sûr que le danger existe, parfois là où on ne le soupçonnerait pas.

La confiance n'a rien à faire de la candeur. Elle est d'abord confiance en soi et maîtrise de soi, et développement d'une capacité de perception, de conscientisation et de réaction au négatif, au destructeur, au vicieux, au pervers, au toxique …

La confiance est ensuite un état d'esprit, une confiance dans la puissance de la vie lorsqu'on est vigilant et sûr de soi, sans fatuité ni orgueil.

 

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La bienveillance …

La bienveillance, étymologiquement, c'est "veiller au bien" au bénéfice de ce qui est autour de moi (et pas seulement humain).

Veiller au bien, c'est surtout "veiller au mieux possible". La bienveillance n'est possible que dans et par la réciproque : il est malsain d'être bienveillant envers un malveillant.

C'est en cela qu'elle se distingue radicalement de la pitié et de la charité. La bienveillance n'est pas un don gratuit ; elle est une exigence. L'autre doit la mériter et d'abord montrer qu'il peut se mettre debout et commencer à se construire.

Il faut haïr tous les assistanats car ils ne nourrissent, partout, que les pires parasitismes.

Quelqu'un n'est pauvre que parce qu'il a décidé de le rester …

 

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La gratuité …

La gratuité, c'est n'attendre aucune rétribution, aucune récompense, aucune compensation pour ce que l'on dit ou fait.

C'est la liberté libérale de dépasser tous les mercantilismes et tous les financiarismes.

Mais la gratuité n'est jamais aveugle ; elle se mérite non par de la reconnaissance ou des bénédictions, mais par l'usage constructif que l'on fera du don.

La gratuité n'est pas une charité condescendante ou un calcul narcissique, mais elle est un pari sur l'avenir de celui envers qui l'on a décidé d'être généreux : "Je t'offre un cadeau, mais fais-en bon usage".

 

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La gratitude …

La gratitude, c'est donner valeur aux dons de l'autre, quels que soient ces dons de paroles, de temps, d'énergies ou de biens. Savoir dire "Merci !" et ne jamais considérer que les dons de l'autre sont normaux ou dus.

Aujourd'hui, l'ingratitude est presque devenue la norme : tout ce que l'on reçoit est "normal" … le slogan est : "parce que je le vaux bien", dit cette misérable publicité cosmétique (la cosmétique, c'est cacher ce que l'on est, pour montrer ce que l'on n'est pas).

Qui, hors quelques fous dans mon genre, sors de chez lui le matin et remercie Dieu pour la beauté de ce qui l'entoure ? Or, voilà une technique forte et efficiente pour se mettre en esprit de joie : dire merci pour le monde, pour la Vie, pour les arbres, les fleurs, les pierres, …

 

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La persévérance …

La persévérance n'est pas obstination. La persévérance est la continuité dans l'effort (le Conatus de Spinoza pour "persévérer dans son être").

Ce qui ne nécessite pas d'effort, ne vaut rien, ne donne rien, ne produit rien, ne construit rien.

L'effort est, sans doute, la caractéristique essentielle de la Vie, de toute vie réelle et réellement vécue ; car la Vie se bat continuellement pour s'enrichir et se magnifier. Le contraire de l'effort, c'est la paresse et la négligence : les deux plus grandes erreurs de vie qu'il se puisse.

Cette nonchalance, tellement en mode aujourd'hui, ne fait que l'apologie de la mollesse, de la faiblesse et de l'échec en tout.

C'est l'effort investi dans l'œuvre qui lui donne valeur - non pas valeur marchande, mais valeur intrinsèque, spirituelle même.

 

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Le détachement …

Le détachement est tout sauf l'indifférence ou le laisser-aller. On l'appelle aussi le "lâcher-prise", ce qui me paraît impropre : il ne s'agit nullement de renoncement, mais, tout au contraire, de reconnaître les limites et les obstacles du moment, et de remettre à plus tard ou à ailleurs ce qu'il y a à faire.

Le détachement, c'est aussi sortir de la mode absurde de l'urgence perpétuelle : si tout est urgent, rien ne l'est !

Le détachement, cela consiste, au fond, à faire ce que l'on peut avec ce que l'on a, le mieux possible. Ce qui n'est pas faisable maintenant, quelque impatience que l'on puisse en concevoir, sera fait lorsque les circonstances le permettront. Savoir attendre le "bon moment", le kaïros grec.

Il ne s'agit nullement d'indolence ; il s'agit, au contraire de construire tout ce qui peut l'être, ici-et-maintenant, et de remettre à demain  ou à tout-à-l'heure - ce qui ne le peut pas immédiatement.

Aussi insupportable que cela puisse paraître aux éternels énervés, nous ne maîtrisons pas grand' chose de la vie et du monde ; la modestie (sans humilité et sans humiliation) s'impose contre cet orgueil prométhéen qui a tant nui au monde et à la vie. Il faut, d'urgence, apprendre à accepter cette non-maîtrise et développer tous les talents nécessaires pour la compenser.

 

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La volupté …

La volupté désigne cette capacité rare et précieuse de reconnaître et de capter la joie qui passe. Ce n'est guère si facile …

 

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Comment construire un état d'esprit qui permette la joie permanente ? Telle est la question cruciale car, je le suppose, chacun a connu au moins une fois dans sa vie un moment d'une joie aussi intense que fugace. Mais comment la rendre persistante ?

Frédéric Lenoir répond à cette question en traçant deux chemins : celui de la libération et celui de la communion … Explorons.

 

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La libération est un thème particulièrement central dans ma tradition juive : se libérer de tous les esclavages et de toutes les idolâtries. C'est toute l'histoire de Moïse, de la sortie d'Egypte ("terre d'esclavage") et de l'exode vers la Terre de la promesse …

 

La communion est un thème particulièrement central dans ma tradition maçonnique : entrer en communion fraternelle avec les autres initiés afin de "construire ensemble" (c'est le sens étymologique latin de cum munire dont vient "communion") …

 

Et ces deux traditions se rejoignent dans la construction du Temple de Salomon, à Jérusalem, à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers (qui est infiniment plus que le Dieu anthropomorphe des monothéismes).

 

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Se libérer des esclavages …

Ou, autrement dit, se libérer de ces servitudes volontaires dénoncées par Etienne de La Boétie et où nous avons l'art de nous enchaîner.

"Il faut que" … "Tu dois" …

Il faut réussir dans la vie, il faut amasser de l'argent plus que strictement nécessaire, il faut être reconnu et aimé et entouré, il faut gagner des galons, il faut se faire voir et être bien vu, etc …

Loin de moi l'idée de nier que la vie réelle impose des obligations de respect de soi, des proches, de l'éthique, de la Nature, etc … Mais ces obligations doivent être librement consenties. Il est indispensable de choisir son camp : celui de l'esclavage ou celui de l'autonomie. Et, contrairement à ce qui est prétendu depuis si longtemps, l'esclavage est bien plus facile que l'autonomie. C'est cela qu'écrit Etienne de La Boétie, le meilleur ami, trop tôt disparu, de Montaigne.

Le livre biblique de l'Exode regorge des récriminations des anciens esclaves qui regrettent "les pots de viande, de poireaux et d'oignons" des temps de l'asservissement.

 

Se libérer des idolâtries …

Pourquoi donc s'empéguer ("s'enliser", en langue provençale) dans ce fatras de croyances qui alourdissent la foi simple et pure en la Vie et en l'Esprit, en ce Divin qui unit tout et qui anime tout. La spiritualité se suffit à elle-même sans devoir s'alourdir des croyances religieuses qui ne font que conforter et imposer le pouvoir des prêtres, inutiles intermédiaires autoproclamés entre le Divin et l'humain. Et que dire alors de toutes ces superstitions ridicules, archaïques et infantiles qui dénaturent et défigurent la foi spirituelle en un Tout-Un qui illumine tout.

Qu'on se le dise donc : il n'y a pas de Dieu personnel, extérieur et créateur, il n'y a pas de vie personnelle après la mort, il n'y a pas d'immortalité de l'âme personnelle (même si l'Âme cosmique qui anime tout, est éternelle, immortelle et intemporelle), il n'y a ni punition ni récompense après la mort (même si la joie ou la tristesse s'insinuent dans nos vies selon ce qu'on y fait et ce que l'on en fait), il n'y a pas de Diable hors l'humain lui-même, il n'y aura ni fin des temps, ni jugement dernier, ni résurrection des morts, etc …

Toutes ces croyances et superstitions occultent complètement la vraie Foi en le vrai Dieu qui est celui de Spinoza et d'Einstein, qui est le Grand Architecte de l'Univers, qui est le principe de cohérence et d'harmonie du Réel, qui est ce Réel même.

 

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Il faut sortir du "Connais-toi toi-même" pour entrer dans le "Oublie-toi toi-même".

De plus, le fronton du temple de Delphes poursuivait ainsi : "(…) et tu connaîtras l'univers et les dieux" … ce qui sera d'autant plus vrai que l'on s'oubliera soi-même puisque le Moi est opaque à ce qui le dépasse !

 

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Chacun est unique (comme chaque entité qui existe, minérale, végétale ou animale). Chacun est différent. Personne n'est l'égal de personne.

Se libérer, c'est aussi se libérer des essentialisations qui réduisent chacun à telles ou telles catégories artificielles (les mots sont bien moins que les êtres). On est comme l'on naît, et l'on est ce que l'on devient, et l'on devient qu'en œuvrant, et chacun ne vaut que par ce qu'il fait.

 

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Pindare a inspiré à Nietzsche un aphorisme dont j'ai fait ma devise …

Pindare écrivait : "Devient qui tu es" …

Nietzsche a transcrit en : "Deviens ce que tu es et fais ce que toi seul peux faire" …

Toute la nuance vient de la différence entre le "qui" personnalisant (anthropocentrique) et le "ce que" universalisant (cosmocentrique).

De plus, le "fais ce que toi seul peux faire" est typique de la philosophie de la philosophie de la Volonté de Puissance (cfr. supra).

 

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La mode de l'introspection psychologique est une fumisterie. Se connaître soi-même, c'est se voir au travers des fantasmes artificiels que l'on s'est forgés (des grilles conjecturales forgées par des ignares qui se désignent entre eux comme "psychologues").

En soi, il n'y a rien à connaître ; il faut au contraire totalement s'oublier. Il n'y a pas de "moi". Le "moi" est un ectoplasme imaginaire, une construction de l'esprit pour ne pas se noyer dans le grand Tout. Or, c'est précisément ce grand Tout qui fait sens et qu'il faut connaître.

 

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Il est vital et urgent de rejeter définitivement tous les égocentrismes et tous les anthropocentrismes, afin d'évoluer ver un cosmocentrisme ou, mieux, un théocosmocentrisme où l'humain sera perçu pour ce qu'il est : une insignifiance !

 

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Lorsque la spiritualité devient psychothérapie, individuelle ou collective, elle est totalement dévoyée : plutôt que de dépasser l'humain vers le Divin, elle réduit le Divin à l'humain.

 

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L'humain ne naît pas libre du tout, ni génétiquement, ni biologiquement, ni parentalement, ni socialement, ni culturellement, etc …

Il ne naît pas libre du tout, mais il peut se libérer en s'oubliant lui-même, en se comprenant comme une infime et insignifiante vague éphémère à la surface d'un océan unique et immense, éternel et vivant, qui l'englobe et le suscite totalement.

Se libérer, c'est se défaire de son "moi" et s'immerger dans cet océan afin de le "connaître" et de (re)naître en lui et ensemble avec lui, non comme une entité, mais comme une vague sans aucun être propre.

 

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La plus terrible des confusions mélange le désir (subi) et le projet (volontaire).

Bien des spiritualités affirment que le désir est une aliénation qui empêche la libération de l'âme (ce qui anime intérieurement) ; c'est vrai. Le désir réduit en esclavage. Aussi faut-il commuer le désir en projet, et vouloir se construire en plénitude en pleine conscience.

Dès que le projet est vivant et fort, les désirs s'y soumettent et s'y alignent.

C'est à ce moment-là que toutes les "psychothérapies" (ces funestes et ridicules "médecines des désirs") s'effondrent et que la spiritualité triomphe.

La spiritualité, c'est construire un projet conscient de libération contre tous les désirs qui ne sont qu'esclavages et idolâtries.

 

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Une fois que le projet de vie a triomphé de tous les désirs, passions, envies, fantasmes, ressentiments, jalousies, orgueils, vanités, etc … il reste une question essentielle : ce projet est-il éthique c'est-à-dire compatible, voire bénéfice, au service des projets bien plus essentiels de la Vie cosmique et de l'Esprit cosmique ?

S'il ne l'est pas, il est voué à l'échec.

S'il l'est, alors s'ouvre la Voie royale.

 

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Ce n'est pas soi qu'il faut connaître (il n'y a là rien d'intéressant), mais bien le Réel et ses trois hypostases : la Matière de l'Univers, la Vie de la Nature et l'Esprit du Cosmos.

C'est cela la Connaissance (le Gnose) et rien d'autre.

Et par la Connaissance, les initiés se libèrent et communient.

Il faut sortir de l'anthropocentrisme et entrer dans le cosmocentrisme.

Il faut fonder un panenthéisme radical où se libérer et où communier.

 

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Se mettre collectivement au service de la Vie et de l'Esprit, est la seule voie pour que les humains sortent enfin de leur nombrilisme narcissique (source et racine de toutes les guerres et violences) et communient enfin à construire un monde de Paix.

 

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L'humain libéré ne nuit plus.

 

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La condition première à la communion (construire ensemble) avec l'autour de soi est la reliance (se relier) à cet autour de soi.

Cette reliance en vue d'une communion, c'est-à-dire d'une construction commune, cela s'appelle la "fraternité" …

 

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Fraternité …

Mot immense s'il en est. Du "Tous les hommes sont frères" de Gandhi, au "Fraternités" de Jacques Attali, ou au "Liberté. Egalité. Fraternité" républicain, ce mot trop grand a été mis à toutes les sauces, des plus lénifiantes aux plus larmoyantes.

Pourtant, au sens le plus rigoureux, ne sont frères que des hommes nés d'une même mère et d'un même père.

C'est donc par cette mère et ce père que se définit la fraternité. Il y a les mères et pères naturels, génétiques. Mais il y a aussi des Mères et Pères intellectuels, culturels, spirituels.

Alors la Mère est celle qui nourrit, qui offre le lait de la Terre, et le Père est celui qui élève, qui montre la voie du Ciel.

Qui est ta Mère ? Qui est ton Père ? Si l'on répond à ces deux questions, on sait qui l'on est au plus profond, et l'on sait qui sont ses propres frères. Hors de là, point de fraternité.

 

Fraternité, encore …

La Fraternité n'est ni l'amour, ni l'amitié, ni la camaraderie, ni le copinage. On est Frères, on l'a dit, lorsqu'on a même père et même mère. Des hommes peuvent être Frères, parce qu'ils ont bu le même lait à la même mamelle culturelle et éthique, parce qu'ils ont reçu le même enseignement spirituel, parce qu'il ont construit une vocation commune et qu'ils s'y consacrent pleinement. Et parce qu'ils sont Frères, parmi eux, règne la concorde et la confiance, la connivence et la joie. Tous les humains ne sont pas frères ; seulement ceux qui choisissent de mettre leur existence au service de ce qui les dépasse, au service de la Vie qui se vit au travers de tous les vivants, au service de l'Esprit qui se pense au travers de tous les pensants.

 

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[1] Phrase célèbre d'Irénée de Lyon reprise par Athanase-le-Grand, Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse

[2] Qui n'est pas la douleur physiologique dont l'essence est purement physique.

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Nouveau : depuis ce 1/04/2022 : Le Tome 28 "De l'Etre au Devenir" est en ligne (à télécharger gratuitement).