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Gaia raconte notre histoire

Résumé du livre "L'Age de la Connaissance. Principe et réflexions sur la révolution noétique au 21ème siècle". A lire, par tous !


J’ai à vous raconter la plus belle aventure du monde, la plus difficile aussi.  J’ai à vous dire que c’est vous qui en êtes le héros.  Les obstacles mis sur votre route sont légion et les anti-héros fourbissent déjà leurs armes. Car eux, ce sont des guerriers, tandis que vous êtes un jardinier Le décor est planté, et il n’y en aura pas d’autre.  Il y a trois routes pour notre aventure, deux sont sans issues, l’une est à inventer.  Pourrais-je compter sur vous ?  Moi, je m’appelle Gaïa (la Terre).   

Il s’agit de tenter un grand voyage en noosphère.  Prenez la carte que je vais vous livrer comme outil pour vous guider.  Je vous fait ici en cadeau le récit du voyage, tissé de notes prises à la hâte dans mes vastes paysages, dans mes souffrances et mes bonheurs. Voyez mes espoirs et mes possibles, comme ce que mon ami Marc Halévy (à qui je dois d’oser dire les choses telles qu’elles sont et seront) décrit comme les ‘possibles’ et les ‘souhaitables’.  Son métier, la prospective, pourrait bien me sortir d’un très mauvais pas, avec vous pour la quête, en trouvant la bonne intersection entre ces ‘possibles’ et ces ‘souhaitables’.  Je vais donc dans ce texte vous planter le décor et expliquer le pourquoi de ce décor.  Je vais parler des personnages de l’histoire : des guerriers et des jardiniers.  Je vais vous expliquer la quête et tout ce que cela changerait pour moi, Gaïa, la Terre, et pour vous, qui faites partie de moi.  Vous saurez quels sont les chemins possibles, celui que je vous suggère, les obstacles et les résistances, à qui profite le crime aussi.  Je vous parlerai des chantiers à mettre en oeuvre pour réussir votre oeuvre. Votre bagage matériel sera léger ; votre conscience et votre connaissance suffiront pour la route.  Sans doute faudrait-il ajouter votre courage.

Le point de départ de cette histoire, les prospectivistes l’appellent ‘la révolution noétique’. 

La révolution noétique n’est rien d’autre que le passage, le saut, le pont entre la sociosphère humaine et la noosphère terrestre.  Ne soyez pas impressionné par les termes (ce livre vous offre d’ailleurs un dictionnaire), le monde dans lequel nous entrons nécessite un nouveau langage.  Il vous faut l’apprendre, c’est la langue du voyage.  Sachez que ce passage est rendu possible aujourd’hui par l’émergence soudaine et explosive des technologies de l’information et des communications. Révolution essentiellement conceptuelle.  Pas de combats sanglants donc, mais des luttes usant de mots, de pensées, de connaissance, de partage des idées.  Révolution dans la vision de l’homme, de sa place et de son rôle dans l’univers.  Révolution du regard, en somme.  Voilà le fil de l’histoire, tendu, comme le ‘temps orienté’.

L’homme qui se croyait le centre, le sommet et le but de l’univers se retrouve à l’état de passerelle au service à la fois de la Nature et de la Connaissance. Vocation écologique, vocation noétique ;  vocations indissociablement complémentaires et indispensables réciproquement. L’homme est en effet la charnière entre biosphère et noosphère, pont entre la Vie et l’Esprit. L’homme n’a que deux missions essentielles : favoriser la Vie dans la biosphère et créer l’Esprit dans la noosphère.

Voilà pour la mission.

Reprenons ...

Une histoire d’oignon et de cassoulet (la complexité/l’évolution)

Durant ce XXème siècle, les scientifiques ont compris deux choses majeures : l’évolutionnisme cosmique et la complexité.  Ces idées révolutionnent notre vision du Réel et notre manière de l’appréhender, de l’étudier et de le gérer.  Heureusement, la compréhension de ces notions va, nous permettre, à vous et à moi, de sur-vivre. 

Prenez un oignon et vous comprenez l’évolutionnisme

Le cosmos se construit progressivement, comme un oignon, par couches successives, qui se superposent sans s’annuler. Sur terre, après la lumière, les particules, les atomes (d’hydrogène et autres) et les molécules, il y eut d’abord la couche minérale (la lithosphère), combinaison de différents atomes.  Ensuite vinrent les êtres vivants, ensemble de cellules dont la somme est plus que la somme des parties : les plantes, les animaux, les hommes (la biosphère).  De cette couche émerge un autre niveau de complexité, ces êtres vivants tissant des relations durables pour pouvoir fonctionner entre eux : termitière, société humaine ou écosystème d’une mare (la sociosphère).  Aujourd’hui, les hommes sont capables d'engendrer la couche suivante de l’oignon.  A partir du langage, de la pensée consciente , ils génèrent des idées, des êtres immatériels qui dépassent la matière, sans la renier.  Les idées deviennent même indépendantes des cerveaux qui les ont produites, elles sont véhiculées en masse et à une vitesse supérieure à toute capacité humaine, grâce aux nouvelles technologies.  Cet ensemble d’idées, de pensées, de connaissance compose la noosphère. 

Cuisinez un cassoulet, et vous comprenez la complexité

Prenez des haricots lingots, du confit d’oie ou de canard, une tomate, des aromates, des saucisses de Toulouse, de l’ail, du jambon, du mouton, du jarret de porc, de la chapelure ... et mettez le tout dans une casserole.  Que dites-vous du résultat ? Appétissant ? Ah non, il vous manque l’essentiel : la liaison, la fusion, la combinaison intime des ingrédients, de leur arômes, de leurs saveurs à la faveur d’une lente cuisson amoureusement dorlotée et suivie.  Voyez, le bon cassoulet est bien plus que la juxtaposition additive des ingrédients, sa saveur est neuve, elle n’est contenue dans aucun des ingrédients initiaux.  Ces propriétés dites ‘émergentes’ sont typiques de tous les systèmes complexes.  Nos méthodes classiques analytiques deviennent donc insuffisantes, impuissantes pour comprendre ces systèmes-là.  Comme désormais la complexité est la règle générale dans l’univers réel, il faut écrire aujourd’hui une épistémologie (des méthodes et une approche de la valeur de vérité) autre, une épistémologie de la complexité. 

Nous ne pouvons donc plus raisonner comme les cartésiens même si nous avons été formatés ainsi. Nous ne pouvons donc plus nous satisfaire de la sociosphère même si nous y sommes nés. La carte du monde a changé et nous devons aborder toutes les problématiques avec ces deux notions en tête et donc de nouvelles méthodes en mains.  Et cela change tout ! Cela entraîne des remises en cause dans tous les domaines, cela chambarde les activités humaines et de nombreux nouveaux chantiers doivent être activés.

Mon ami Marc, comme de nombreux autres experts, considère que nous sommes en plein « nouveau paradigme ».  La germination de la noosphère va évidemment de pair avec la germination d’un ensemble de valeurs nouvelles.  Sachez-le, comprenez-le et faites-les vôtres, car vous en aurez grand besoin pour le chemin à parcourir. 

C’est donc le début de l’ère noétique, et même si nous n’avons pas le choix, ce n’est pas gagné.  Nous sommes en effet dans ‘la soupe primitive’ de la noétique où naissent les premiers êtres immatériels, les amibes noétiques, les paramécies gnomiques, ... (encore ce nouveau langage !).  C'est ce même processus qui a fait émerger tous les êtres de toutes les couches depuis le début de l’univers. 

Le cuisinier a donc encore bien du boulot pour parfaire sa recette.  Oignon et cassoulet, évolutionnisme et complexité, prenez-les dans vos bagages. Sans cela, inutile de vous mettre en route ! Voilà pour le décor.

Voici ensuite pour les personnages.

Jouez-vous encore au G.I. ? (l’avant révolution et l’anti-héros)

L’histoire fait que l’homme se considère comme la mesure de toute chose (il se prétend fait à l’image de Dieu, vous rendez-vous compte !).  Il ne valorise plus rien, sauf lui-même, tout le reste a été instrumentalisé.  Il ne reste que de l’objet ... à acheter, à posséder, à consommer.  Dans un monde où tout est objet, il se prend pour le seul sujet ... mais sans projet.  Avoir, être ...et aucun devenir.  Il est donc en désarroi et plein d’amertume.  Il joue au guerrier, toujours en quête de quelque conquête, de quelque combat, de quelque assaut.  Perpétuellement déguisé en Zorro, en GI-Joe ou en Mousquetaire du Roy.   Il remplit sa vie de show-business, de reality-show, de real-tv, de sensationnalisme, de star-system, d’alcool, de drogue ....de fuites hors du Réel, n’ayant d’autres visées que  d'oublier, l’espace d’un moment, le vide abyssal de son existence sans but. Il est typique des petits enfants et des adultes infantiles de se prendre pour le centre du monde : moi, moi ... moi je ... Et il y a évidemment une relation forte entre cette hypertrophie de l’ego et le goût de la compétition et de la domination. Lorsqu’il n’y a pas de projet, il ne reste en effet que le sujet ou l’objet, la psychanalyse ou le consumérisme, le culte de soi ou le gadget. 

Toute la structure intime de l’Occident, jusque dans ses fibres familiales, est construite sur ce stéréotype guerrier du héros vainqueur et triomphant. Prenez pour autant d’exemples la notion de réussite à l’école, dans l’entreprise, en politique, la place de la personne handicapée ou du plus faible, prenez les valeurs qui sont (encore pour un temps) valorisées : l’ambition, le pouvoir, la conquête, la possession... 

Mais la panoplie est usée et devient singulièrement ridicule.

Voilà où nous en sommes.  L’humanité est en panne de sens.  Elle a fait le tour de son nombril.  Elle a cassé beaucoup de ses jouets : moi Gaïa, la Terre, j’en saigne de partout.  Mais il n’y a rien à regretter, rien à supprimer ... il faut maintenant dépasser, se dépasser et retrouver un sens à l’existence. L’homme doit quitter l’enfance insouciante et devenir adulte.  Il doit s’ouvrir au monde et au Réel et laisser là ses fantasmes orgueilleux de toute-puissance et de domination universelle. 

Mais aujourd’hui, cet homme là constitue encore à peu près 70% de la population de l'Occident. Vous avez donc autant de guerriers sur votre chemin, autant d’anti-héros ... mais vous avez aussi 30% d’alliés, de ces hommes appelés ‘créatifs culturels’, de ces hommes (et femmes bien sûr) ayant compris que le seul triomphe qui vaille, est la victoire sur son propre ego. L’ego ou l’oeuvre, revoilà la question de tous les guides que vous croiserez sur la route !

Donc il y a un  autre Homme ... 

Votre nouveau job :  jardinier  (l’homme noétique et le héros)

L’homme ‘moderne’ est  encore épouvantablement égotique, l’homme noétique ne le sera plus.  L’ère du guerrier-héros, de l’adulte infantile est en train de mourir. Le héros des temps à venir, et dès aujourd’hui le héros de ma quête, aura renoncé à se déguiser en Zorro. Il sera jardinier.  Une de ses valeurs fondamentales sera la Paix. Mon monde est un jardin, pas un champ de bataille. Point d’angélisme toutefois : il n'y a guère de paix sans force. Si vous avez pratiqué les arts martiaux, vous savez que la force décourage la violence, mais il s’agit plus de force intérieure que de force physique.  Il s’agit donc d’une pacification intérieure, par l’accomplissement de soi au travers de l’accomplissement de sa vocation, par  la pulvérisation de l’ego dans le respect de soi, par l’extinction des peurs et dangers imaginaires.

Il ne s’agit donc plus de conquérir mais de cultiver. L’âge noétique sera un âge de culture, dans les deux sens de ce mot.  Avec deux jardins immenses à cultiver : celui de la biosphère et celui de la noosphère. Jardinages écologique et noétique.

Pour mener à bien la quête que je vous confie, il vous faut être, avant d’autres, un ‘Homme noétique’, sans orgueil ni vanité, avec modestie et respect.  Je peux déjà vous esquisser, en guise de précieux bagages, les valeurs nouvelles en émergence : intériorité, spiritualité, frugalité, simplicité, écologie, créativité, fraternité, qualité de vie, sensibilité, bonne santé, durabilité ...  Vous ne serez ni de droite ni de gauche, ni du passé ni du présent, vous serez en avant. Vous ne serez plus le centre, le sommet et le but du monde, vous serez un rouage, un ustensile, un porteur dans l’histoire cosmique.  Vous deviendrez  le bagagiste de la Pensée et de l’Esprit.  Vous ne serez plus au service de l’homme. Vous serez un pont entre la biosphère et la noosphère, vers ce qui dépasse l’homme et lui donne sens et justification.  Connaissance et création seront les maîtres mots de votre vie.  Il ne s’agit pas d’une rupture, mais d’un saut à accomplir.

Etes-vous prêt ? Etes-vous apte à  accepter la mission, et à tenter de la réussir ?

Je vous livre la quête.

Votre quête : la Vie (le sens de l’humanité)

Connaissez-vous cette belle histoire de tailleurs de pierre ? Elle se passait vers le 12-13ème siècle.  Un chevalier errait sur quelque route lorsqu’il déboula sur l’aire d’un chantier. Au premier tailleur de pierre rencontré, il demanda ce qu’il faisait.  « Je gagne mon salaire », lui répondit-il.  Au second, même demande. « Je fais mon métier ! » fut la réponse. Et au dernier, la même interrogation reçut cet aveu : « Je construis une cathédrale ! ».  Celui-ci appartenait déjà à l’âge noétique.  Il avait trouvé le sens de sa vie.

Notre problème commun, c’est la Vie. La Vie au sens de l’Univers. L’homme n’en est qu’un instrument, un sous-produit, un avatar. Sans biosphère en effet, pas de sociosphère et pas de noosphère.  L’humain n’a de sens et de justification sur Terre qu’en tant que porteur et acteur d’une mission, d’une vocation qui dépasse infiniment l’humain : faire émerger la noosphère de la sociosphère.  Hors de cette mission, l’humanité n’a ni justification, ni sens, ni valeur.  Car si la noosphère est bien la nouvelle étape à franchir, la nouvelle « couche » à construire dans l’évolution cosmique, on comprend que, puisque cette étape repose toute entière sur le cerveau humain, cela donne à l’homme un rôle, une responsabilité, une vocation, une mission inouïe.  L’humanité est un gué entre deux rives, entre deux mondes, entre deux échelons de la même échelle de complexité. Et seul l’accomplissement a du sens.

La révolution écologique, en tant que composante de la révolution noétique, doit donc être accélérée, stimulée, amplifiée d’urgence : chaque jour qui passe est irréversiblement destructeur.  Ce n’est plus la nature qui est au service de l’homme, mais l’homme qui est au service de la Vie.

Or aujourd’hui, la majorité des hommes vit repliée dans le cercle (vicieux) de la sociosphère, pompant les ressources de la biosphère, négligeant (par ignorance ou par lâcheté) la noosphère.  Voilà donc votre quête : casser ce cercle, sortir l’humanité de son enfermement, l’aider à se mettre au service de la nature et des idées, à oser se déployer dans le Réel, dans toutes ses couches, vers le bas dans la biosphère (mouvement  écologique) et vers le haut dans la noosphère (mouvement noétique). C’est le prix de sa survie, de sa justification et de son épanouissement. Et vous pourrez lui dire son intérêt : seule la nature et la créativité sont sources inépuisables d’énergie.  Il ne faudra plus aller voler l’énergie vitale des autres dans la sociosphère, les deux autres sphères en sont abondantes.  Mais pour cela, il faudra changer son regard et puis son attitude, et là est le plus grand défi, et là est votre quête. Ensuite, les hommes pourront changer les structures.  Je ne vous avais pas dit que ce serait facile ni que ce serait rapide. 

Le monde sociosphérique est le lieu des activités économiques et politiques, le lieu des échanges et des vols d’énergie vitale et mentale entre humains.  Regardez donc où vous mettez les pieds avant de prendre la route. Les sociétés humaines de naguère étaient gouvernées au départ de deux pôles régulateurs, l’Etat et le Marché.  Or le politique et l’économique ne sont plus aptes à remplir leur ancien rôle.   Dites-vous que pour l’avenir, la seule finalité du politique sera d’éradiquer la violence (paix), la seule finalité de l’économique sera d’éradiquer les dépendances (liberté). Paix et liberté sont les seules conditions de l’émergence de l’Esprit ... les seules justifications de la sociosphère.

Rien n’est rejeté, il ne faut pas nier, ni renier, ni fuir la politique et l’économique, mais tout est à dépasser.

Au carrefour de trois chemins (les trois scénarios / prospective)

Vous venez de faire avec moi le  tour du décor et des personnages de l’histoire.  Vous voilà maintenant, avec votre bagage, à la croisée de trois chemins.  Et il va falloir choisir.

Le premier chemin (premier ‘possible’ ou ‘scénario’ dirait mon ami Marc) est celui de l’homme s’enfermant dans la sociosphère et refusant d’en sortir, ni vers la biosphère, ni vers la noosphère.  Bref, le monde reste tel qu’il est, l’homme demeure la mesure de toute chose, et son orgueil et son égoïsme continue de lui laisser croire que tout lui est permis, qu’il peut continuer à tout casser autour de lui pour satisfaire ses caprices d’enfant gâté.

Ce chemin me conduit à une catastrophe majeure : moi, Gaïa, je ne pourrai plus supporter longtemps les tortures que l'homme m'inflige.  Soit la biosphère va éliminer l’homme et préserver la Vie et je frapperai l’homme, par le Sida ou d'autres fléaux.  Soit la biosphère renonce et se laisse mourir sous les coups, la Vie disparaîtra donc de la Terre, ce sera ma fin, et la vôtre.

Au vu de l’actualité et du siècle écoulé, nous sommes bien parti sur ce chemin ... mais il y a une autre chemin.

Le second chemin est celui où l’homme, sous la pression des mouvements écologistes principalement, se détourne de la sociosphère et de ses activités économiques et culturelles, pour se replonger totalement dans la biosphère.  C’est le scénario du retour massif à la Nature. Il est plausible à l’échelle de deux générations, mais implique une baisse énorme de la démographie : la Terre est devenue trop petite pour porter et nourrir cinq ou six milliards d’apprentis paysans.  Cela s’inscrit dans les mouvements dits de ‘deep ecology’ estimant que la Terre peut être chargée, au plus, de 500 millions d’êtres humains.  Guère de réjouissances pour les  quelques milliards qui sont "de trop" !... mais il y a un autre chemin que le remake de l’Arche de Noé.

Le troisième chemin est celui de l’homme qui relève le défi.  Si l’homme reconnaît sa vocation, s’il devient noétique, s’il devient pionnier de la noosphère, il échappe à la sociosphère par le haut tout en se mettant au service de la biosphère par le bas.  Noologie et écologie se rejoignent en amenant l’homme à se dépasser lui-même, à devenir adulte et mature, à créer beaucoup de Connaissance tout en prélevant peu de Nature. C’est la fin de l’homme égocentrique et des sociétés anthropologiques.  C’est la fin du primat du politique et de l’économique sur l’humain.  C’est un saut qualitatif de complexité : le passage, dans la continuité, entre la Vie (la Biosphère) et la Pensée (la Noosphère), entre la Matière et l’Esprit. 

Le chemin noétique (comment ?)

Ce chemin, ce passage, comme tout changement de paradigme, est un processus de croisement entre une vague montante (le nouveau paradigme) et une vague descendante (l’ancien paradigme). Au point de rencontre de ces deux vagues (que nous vivons depuis la fin des années quatre-vingt et que nous vivrons encore pendant une ou deux décennies voire une ou deux générations), il y a trois  moments de transition : la déconstruction, la refondation, la reconstruction.

D’abord la déconstruction des structures anciennes devenues obsolètes (comme l’Etat Nation, le capitalisme spéculateur, l’éducation rationaliste et laïque, les méthodologies cartésiennes,...). J’ai repéré trois moteurs principaux de déconstruction des structures de l’ancien paradigme. La déconstruction est donc en cours.

Il s’agit d’abord d’une libération de l’Etatisme, qui se devine déjà au travers de nombreux processus : la globalisation (mondialisation, mondialisme), les dénationalisations (faillites d’entreprises publiques,...), la déconfiture des systèmes de sécurité sociale (et autres assistanats institutionnels), l’impasse notoire des éducations nationales, l’éclatement des pouvoirs nationaux entre pouvoirs régionaux, locaux et supranationaux, le juridisme exacerbé qui engorge et paralyse les tribunaux, la déliquescence de la presse d’idées, etc. 

Il s’agit aussi d’une libération du capitalisme, qui se ressent par plusieurs côtés : l’éboulement durable des systèmes boursiers, le blocage permanent de l’esprit d’entreprise  par la logique de placement des fonds de pension, la baisse notoire des besoins de capitaux des entreprises de l’immatériel et de la connaissance, la tyrannie du bas prix, etc.

Il s’agit enfin d’une libération du rationalisme qui se repère aussi : la fin de la foi aveugle dans le progrès par la science et la technologie, le retour aux spiritualités et savoirs traditionnels, la perte de confiance en la médecine occidentale classique et le recours de plus en plus fréquents aux méthodes de médecines douces, traditionnelles et non intrusives, le choix d’études de filières humaines ou artistiques au détriment des études scientifiques et techniques, la fin de la logique ‘carriériste’, le privilège à la qualité de la vie, etc.

Ensuite, avec ou après cette déconstruction,  vient la refondation des trois piliers de base : le cognitif (la connaissance), le créatif et le qualitatif (tous trois au sens le plus large et le plus riche). Du point de vue politique, l'évolution des sociétés visera le qualitatif.  Actuellement, la démocratie se réduit à des sondages, des statistiques et à un nombre de suffrages, la gestion se réduit à des budget comptable et l’unité finale est l’argent.  Demain, le fonctionnement de la société ne fera pas abstraction du quantitatif et de l’argent, mais il ne s’y limitera pas.  La qualité de vie primera sur le pouvoir d’achat, la qualité des relations interpersonnelles primera sur l’effervescence superficielle et artificielle des contact mondains, la qualité des produits et services primera sur le prix et la consommation à tout crin.  En très gros, cela signifie que les critères du cerveau droit primeront sur ceux du cerveau gauche.  L’évaluation analytique et quantitative déclinera au profit de l’estimation globale et qualitative.  Une nouvelle politique devra donc être inventée.   Du point de vue économique, l’ancrage sera cognitif.  La valeur qualitative des entreprises, mais aussi de tous les biens et services, prendra une part croissante dans l’appréciation. La valeur  des produits, des services et des entreprises sera largement  déterminée par la somme de Connaissance qui y sera injectée.  Le talent (de créativité et d’expertise) sera au centre de l’économie. Et du point de vue culturel, la période dans laquelle nous entrons favorisera la créativité sous toutes ses formes.  Le cerveau gauche devra faire de la place au cerveau droit.  La rationalité devra voisiner la créativité. Les systèmes d’enseignement frémissent déjà dans le changement : il s’agira de moins en moins d’apprendre, que d’apprendre à apprendre.

Enfin, après avoir déconstruit les structures anciennes, mis en place les nouveaux piliers, nous pourrons reconstruire de nouvelles structures radicalement autres que les anciennes, tant en nature, qu’en architecture ou qu’en niveau de complexité, incroyablement supérieur au monde un peu simplet et simpliste dans lequel nous vivons encore.  Mes observations m’amènent à vous confier les trois moteurs essentiels qui vont générer nos nouvelles structures : la dématérialisation, la réticulation et le nomadisme. 
Par dématérialisation, il faut entendre cette tendance à sortir des valeurs et des pratiques matérialistes.  L’âge noétique s’investit essentiellement dans la Connaissance et les Idées, donc dans l’intangible, l’impalpable, l’immatériel. Voyez la part d’immatériel de votre voiture par rapport à celle du début du siècle dernier !

La réticulation est aussi une nouvelle donne. Si l’âge ‘moderne’ était tout entier construit sur la relation hiérarchique, l’âge noétique fonctionnera sur base de réseaux.  Réseaux impliquant projet, confiance, non hiérarchie, coordination, multi-appartenance, impermanence, animation, souplesse, ...

Quant au nomadisme, il va changer.  Du nomadisme matériel, lié à la géographie, nous passons au nomadisme immatériel, permis par les technologies.  Ce nomade-là retrouvera son terroir, sa maison, son jardin, mais il sera nomade dans ses métiers, ses domaines de compétences, ses croyances, ses valeurs, ses appartenances, ces projets, ses nationalités,...Le mouvement, la transhumance, le voyage humains de demain sera un perpétuel cheminement professionnel, spirituel, intellectuel, passionnel.

Les cailloux sur la route (résistances au changement)

Passionnante la route, mais parsemée de cailloux, je vous préviens.

Vous savez que tout projet de changement induit trois types d’attitudes, et c’est universel !

L’enthousiasme (pour une minorité), l’opposition (pour une autre minorité) et l’indifférence (pour la grande majorité).  Les pros du ‘change management’ savent donc qu’il faut neutraliser les opposants : pour vous, ce seront les anti-héros, les sociosphériques à tout crin.  Il faudra mobiliser quelques indifférents avec une bonne information, un peu de charisme et un zeste de stimulation.  Et surtout, il faudra cultiver les enthousiastes (les créatifs culturels).  Utiliser donc les tremplins du changement, tout les événements et faits qui vont dans le sens de votre oeuvre.

La révolution noétique est en marche et vous êtes sur le chemin.  Sachez déjà que deux sources majeures, deux forces de résistance et d’inertie font  opposition au mouvement vers la noosphère.  La première est la peur de l’inconnu (la peur d’entrer dans la noosphère). La seconde est la peur du mouvement (la peur de quitter la sociosphère).  Il semble que la seconde rassemble le plus grand nombre.  D’après mes observations sur l’espèce humaine, la peur est inhérente à l’homme, sauf pour quelques marginaux comme les entrepreneurs ou les aventuriers.  Elle est une réponse au danger, au danger imaginaire parce que, dans la plupart des cas, face à un danger bien réel, on n’a pas le temps d’avoir peur : on agit.

Alors, à qui profite le crime ? Le crime de ne pas changer. Ils sont nombreux à en profiter !

Dans la sphère politique, vous pouvez compter tous ceux bénéficiant des privilèges du pouvoir, des parasites de systèmes, des entreprises vivant de marchés d’Etat et d’adjudications publiques,...  Dans la sphère économique, voyez le monde de la finance, les systèmes boursiers, les syndicats, les bureaucrates privés,...Dans la sphère culturelle, une seule catégorie d’opposants est énorme : les jouisseurs égoïstes, celle des hédonistes irresponsables, des obsédés de la consommation, du ‘confort’ et du ‘niveau de vie’, celle du ‘après nous, les mouches’, celle de tous ceux qui n’ont pas envie de ‘sacrifier’ quoique ce soit à l’avenir de l’humanité si cela les prive de quelques menus plaisirs.

Et savez-vous que la plupart des opposants comprennent parfaitement que l’humanité court à sa perte en s’enfermant comme elle le fait dans la sociosphère.  Mais ils s’en fichent.

C’est donc cet infantilisme endémique qui sera, plus que tous les autres, le plus gros caillou sur votre route, la grande source de résistance à la révolution noétique.  Il faudra le combattre et la seule arme possible est le Verbe : des livres, des conférences, des émissions de radios et de télévision, des stages et séminaires, des rédactionnels, des publications,....

Les chantiers au cours du voyage (réinventer et se mettre au boulot)

Sur votre route, je vous demande d’agir.  Plusieurs chantiers sont à mettre en oeuvre.  Il faudra les mener à bien, avec les résistances que vous connaissez maintenant. Ils vont nous permettre d'entrer dans la société noétique.  Je vous les livre dès maintenant.  Faites-en votre tableau de bord.

  1. La recherche (au sens le plus large) sera l’activité de base de l’âge noétique.  Prioritairement, il faudra développer les sciences cognitives (le cerveau, l’architecture des fonctions mentales, les langages, les concepts, les théories,...), les techniques créatives et les méthodes de créativité, travailler les métalangages, les théories et modèles combinatoires ainsi que les sciences du complexe et les structures et processus d’évolution.
  2. L’éducation et l’enseignement sont à réinventer : plutôt que d’emmagasiner, il faudra apprendre à chercher, à capter, à valider les informations, apprendre à apprendre, maîtriser les langages, les méthodes et les moteurs de recherche d’informations de qualité, apprendre qui sait, savoir que cela existe, apprendre plus les typologies et l’organisation de la Connaissance que la Connaissance elle-même.  Non plus apprendre des objets mais des processus.  D’autres manières d’apprentissage doivent donc se mettre en place, grâce au télétravail et au web.
  3. La santé : il s’agit de mettre en place de nouveaux outils et modalités de communication avec toutes les générations, de modifier la gestion des systèmes de santé, d’envisager une médecine holistique, notamment.  Actuellement, le problème de la santé se complexifie selon trois dimensions : le vieillissement de la population, la faillite des systèmes de sécurité sociale et les impasses de la médecine cartésienne. Il y a donc matière à réorganisation.
  4. Le politique : sa seule fonction est d’assurer la Paix.  Elle doit donc être repensée en ayant l’honnêteté de reconnaître le totalitarisme ambiant derrière le mot ‘démocratie’.  Il s’agit donc, au moins, d’abolir les tabous idéologiques, de défonctionnariser et de professionaliser les services publics, de dépolitiser et banaliser le politique, de combattre toutes les formes d’assistanats et de dépendances, d’instaurer l’allocation universelle, ...
  5. L’économique, exact symétrique du chantier politique, doit lui aussi opérer sa transformation.  Parmi les chantiers économiques, il faudra stimuler, faciliter et favoriser le travail de coopération en réseau (contre les comportements concurrentiels), changer la métaphore du héros conquérant en celle de jardinier cultivant, redéfinir les notions de profit et de patrimoine, substituer la valeur d’usage à la valeur d’échange, favoriser l’économie propre et le commerce équitable, développer les patrimoines immatériels et les talents, éradiquer la notion de propriété intellectuelle, créer de nouveaux circuits de rémunération pour les noéticiens (avec le retour du mécénat), stimuler l’esprit entrepreneurial (contre les anciens gestionnaires),...
  6. L’éthique : il s’agit de fonder une ‘éthique amorale’, un processus de convergence généralisé entre les aspirations individuelles et les conditions collectives.  Cette éthique nouvelle a bien des applications pratiques : au niveau de l’éducation, des activités professionnelles, des familles et du couple.
  7. L’écologie : la planète (moi, Gaïa) étant ce qu’elle est, c’est l’humanité qu’il faut changer, quantitativement ou qualitativement.   Un exemple entre mille : il s’agira de bien réfléchir à la distinction entre touriste et voyageur.
  8. La consommation : rien ne va plus en ce royaume (c’est la ‘mal-bouffe’, le 'toujours moins cher’, le ‘toujours plus vite’...) donc il y a impérieusement du travail.  Il faut rouvrir ce débat-là.  L’éducation et la publicité en ligne de mire.
  9. Les infrastructures : il faut un accès universel à l’information et à la transmission d’informations. Cela signifie que l’infrastructure de base essentielle de demain sera l’ensemble des réseaux à haut débit. La noosphère se greffe et se développera par la toile (le web). Concrètement, il s’agit de généraliser la transmission de gros volumes à haut débit, de généraliser la connectivité et le nomadisme, de faire coopérer les normes et formats, et de permettre l’usage de l’ordinateur à chaque personne.


L’activation de tous ces changements peut se faire de deux manières.  La première est mécanique, la seconde est systémique.  Si vous optez pour la solution mécanique, il vous faudra mener une révolution violente, emprunte de romantique, menée par une poignée de « guérilleros » héroïques prenant le pouvoir et instaurant le nouvel ordre.  Les exemples de révolutions de ce type sont légions sur terre, elles ont quasi toutes induit et amplifié la violence.  Si vous optez pour la solution systémique, vous procéderez par ‘percolation’ (ou ‘marketing viral’) c’est-à-dire par effet "boule de neige", par propagation en tache d’huile,.  Si minorité agissante il doit y avoir, ce sera, un peu partout, de proche en proche, par le verbe et l’exemple, au sein des «créatifs culturels », dont font déjà partie près de 30% de la population américaine (l’enquête est en cours pour l’Europe).  Le mouvement viendra donc de la société civile, et  non des institutions qui sont globalement du côté de la résistance au changement.

Ce que vous aurez changé (conséquences)

Si vous menez à bien cette quête, avec les moteurs irréversibles qui sont déjà en route, votre monde va changer et je devrais survivre. 

Du point de vue politique, c’est-à-dire de l’organisation de la vie sociale et de l’ordre social, je peux déjà vous faire entrevoir la disparition progressive de toutes les appartenances nationales  (vous deviendrez citoyen du monde), l’émergence de la multi-nationalité, l’organisation sociale transnationale, fluide et en réseau, etc. 

Du point de vue économique, on peut déjà entrevoir une économie noétique qui va redéfinir de fond en comble les notions de propriété, de valeur, de profit, de commerce, de gratuité, de partage, etc. Grand chamboulement théorique et pratique à l’horizon.  L’effondrement des activités boursières et spéculatives, et des entreprises de transport est fort probable.  Les hommes changeront de métier et de compétence principale plusieurs fois durant leur existence.  Le salariat sera remplacé par le partenariat, le talent se gérera comme un fond de commerce. La durée de vie d’une entreprise sera courte, le temps d’un projet.  Les deux pôles stratégiques de l’économie seront l’innovation et la commercialisation, etc.

Et du point de vue culturel, on peut entrevoir le remodelage des écoles et universités, la modification de l’apprentissage privilégiant les langages, les méthodes de recherche de la connaissance et les techniques de créativité, la notion d’accomplissement personnel prendra le pas sur la réussite sociale, la spiritualité réintégrera en force la vie intime et quotidienne des hommes mais en s'éloignant des religions institutionnalisées, la recherche scientifique sortira des ghettos  académiques et se disséminera en des millions de centres reliés entre eux par le Web, etc.

Voilà l’ébauche d’une liste de choses qui vont changer. 

Est-ce souhaitable, vous demandez-vous ?

Sachez que les mouvements et tendances dressés ici ne relèvent d’aucune volonté, d’aucun choix : ce sont des mouvement inéluctables dès lors que l’on s’engage dans le scénario noétique.  Et comme vous avez compris que les deux autres possibles sont soit mortifère, soit de régression, vous n’avez plus du tout le choix, à moins d’être suicidaire bien sûr.

Mais évidemment, sur ce chemin, rien n’est déterminé, il y aura de nombreux choix à faire, sur le comment faire, en particulier.  Je vous livre donc, comme une charte pour vous guider sur votre chemin, dix pistes, dix pistes pour l’avenir, que vous pouvez considérer comme mon manifeste, le manifeste de Gaïa.

  1. Dépasser le capitalisme spéculateur par le capitalisme entrepreneurial
  2. Dépasser le déplacement physique par la mobilité virtuelle
  3. Dépasser les industries lourdes par les technologies douces
  4. Dépasser l’asservissement économique par la création noétique
  5. Dépasser la dépendance sociale par l’allocation universelle
  6. Dépasser la démocratie parlementaire par la responsabilité personnelle
  7. Dépasser le pillage des ressources naturelles par la frugalité écologue
  8. Dépasser les bureaucraties fonctionnaires par la gratuité
  9. Dépasser le juridisme légaliste par l’éthique individuelle
  10. Dépasser le matérialisme hédoniste par l’accomplissement spirituel

 
Concrètement ... 

Voilà qui est bien beau, vous dites-vous.  Mais encore ? Que faire demain ?

Je vois que vous avez le nez dans le guidon, que vous devez gagner votre croûte, que vous avez des ‘responsabilités’, des ‘devoirs’, des ‘droits’  ... mais relèvent-il de la noosphère ou êtes-vous toujours en pleine sociosphère. Auquel cas, comme je vous ai prévenu, vous allez droit dans le mur.  Chemin sans issue, ou plutôt à terrible issue, pour vous et la Vie.

Arrêtez donc d’écouter tous ceux qui se plaignent et sont « en quête de sens », pour leur petite personne ou pour leur entreprise, pour leur projet politique ou autre.  Dites-leur le sens de leur vie sur Terre.  Je viens de vous le confier.  Dites-leur que l’humanité n’est pas un projet par elle-même.  Le défi noosphérique est le plus grand, sinon le seul que l’humanité ait à relever.

Le livre « La révolution noétique » est une histoire, mais aussi un carrefour. Il faut se l’approprier comme un point de départ.

Et si vous avez besoin d’un tracé plus précis pour continuer votre route, d’un plan d’actions organisé ou de carburant, d’un accompagnonnage sur le terrain, prenez contact avec Maran Group s.a. - Prospective Noétique (www.noetique.org).  

Bonne chance, jardinier.  Je compte sur vous.

Gaïa (la Terre).

Sous la plume de Dona Halévy (copyright Editions Marane)