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Dix pistes pour le futur

L'ère "moderne" que nous quittons, a été la plus violente, la plus meurtrière, la plus barbare que la Terre ait subie.

Des centaines de millions d'assassinats, rien que pendant le XXème siècle.

Les guerres mondiales et locales, les communismes, les colonialismes, le nazisme et les fascismes, les mafias, sans parler des cynismes spéculateurs et profiteurs, ni des hédonismes égoïstes et ravageurs, ni de l'industrialisme irresponsable et désertifiant, ni des militarismes débiles et revanchards, ni des nationalismes cocardiers et xénophobes, ont mis le monde en coupe réglée pendant des décennies.

Maintenant, il suffit : baste !

Aujourd'hui, il nous faut construire un Monde vivable et viable pour nos petits enfants.

Un nouveau mode d'humanité doit émerger qui vise l'éradication définitive des causes de Violence afin d'établir la Paix, tant intérieure avec soi-même, qu'extérieure avec les autres et avec la nature.

Pour réussir cette mutation radicale sans violence (car la violence n'entraînerait que la radicalisation des résistances), il ne s'agit pas tant de combattre que de dépasser, de transcender, de sublimer.


  1. Dépasser le capitalisme spéculateur par le capitalisme entrepreneur.

 L'explosion des "bulles spéculatives", l'effondrement de la soi-disant "nouvelle économie", la dictature des actionnaires institutionnels et des fonds de pension ont démontré les limites et les impasses du capitalisme classique.

La spéculation est toujours destructive, toujours irresponsable, toujours immorale.

Le monde doit s'affranchir de la finance sous peine de s'y asphyxier. Il doit retrouver le goût de l'entreprise, de l'aventure, du travail créatif et constructif pour reconstituer ce tissu économique local et vital détruit sous les bottes du terrorisme et du totalitarisme marchand.

Que faire ?

Remplacer le concept de valeur d'échange par celui de valeur d'usage en redéfinissant fondamentalement la notion de valeur ajoutée.

Considérer globalement l'emploi comme un faux problème : le plein emploi, comme le profit, n'est pas un but, mais une conséquence.

Mesurer non pas le nombre de chômeurs, mais la durée moyenne du chômage.

Défiscaliser totalement les revenus du travail et la propriété de patrimoines, mais taxer très lourdement tous les produits financiers et spéculatifs.

Constituer des fonds d'investissements importants, privés, publics et mixtes, gérés par des professionnels de terrain, destinés à financer la recherche et la création dans toutes les disciplines et à stimuler la construction efficace d'un vaste tissu de PME/PMI dans tous les domaines de l'économie douce (cfr. infra).

Arrêter net tout protectionnisme, tout acharnement thérapeutique, toutes subsidiations au profit de tous les secteurs dangereux, polluants, militaires ou moribonds.

Libérer totalement toutes les PME des obligations du droit social issu de vieilles luttes qui ne les concernent pas, entre syndicats et industries lourdes.

Lever les carcans réglementaires des banques afin de les forcer à faire leur vrai métier de financeur des risques de la vie économique réelle.

 

  1. Dépasser le déplacement physique par la mobilité virtuelle.

 Tous les moyens de transports brûlent et gaspillent des quantités phénoménales d'énergies non renouvelables, tuent impunément des milliers d'humains tous les jours et polluent par les fumées, les déchets, les épaves et le bruit.

Or, la grande majorité des déplacements physiques des personnes est désormais totalement inutile du fait des réseaux informatiques et télécommunicationnels.

Que faire ?

Augmenter drastiquement les taxes sur tous les carburants et sur tous les véhicules.

Généraliser et augmenter les péages sur les autoroutes et les routes, notamment et spécialement pour les poids lourds.

Favoriser la généralisation du train pour les indispensables déplacements professionnels.

Stimuler le développement des ateliers et commerces de proximité, ainsi que le télétravail.

Décourager toutes les formes de tourisme car il ravage les trésors naturels et culturels du monde, il favorise toutes les formes de prostitution humaine tant physique que mentale, et il détruit les tissus économiques locaux au profit de toutes les sources d'argent facile. 

Développer exponentiellement la quantité et la qualité des banques documentaires culturelles et naturelles, et en permettre l'accès gratuit à tous, depuis le domicile.

Favoriser la dépollution et la propreté des villes, et la création et l'entretien des espaces verts de proximité.

Eradiquer toutes les formes d'urbanisme concentrationnaire.

 

  1. Dépasser les industries lourdes par les technologies douces.

La plupart des matériaux lourds (lourds pas spécialement en poids, mais lourds en coûts énergétiques et écologiques) qui nous semblent indispensables, peuvent être remplacés par des matériaux "doux". Mais surtout, nous pouvons en diminuer drastiquement le nombre et la quantité, sans nuire à notre confort de vie. La question fondamentale derrière tout cela est double : de quoi avons-nous réellement besoin pour vivre bien ? quel prix nos petits enfants devront-ils payer pour ce confort ou ces caprices ?

Que faire ?

Bien prendre conscience que les industries lourdes, polluantes, épuisantes, désertifiantes, héritées des XIXème et XXème siècles, ne sont pas un mal inéluctablement nécessaire : on peut vivre très bien (vivre mieux !) avec moins d'acier, moins d'aluminium, moins de pétrole, moins de produits chimiques, moins de ciment, moins de plastiques, de papier et de cartons.

Faire jouer, donc, le principe de frugalité (cfr. infra) dans toutes les facettes de nos existences.

Comprendre que chaque minerai, que chaque roche, que chaque glaise, que chaque arbre, que chaque ruisseau arrachés à la Terre est une blessure réelle et que cette blessure c'est la chair de nos chairs qui en saignera. Il n'y a là aucun écologisme : seulement un effort de lucidité que seuls les aveugles égoïstes refusent de faire.

Promouvoir la recherche et la créativité pour la fabrication douce et le bon usage de matériaux complexes, issus de l'industrie douce : les matériaux recyclables sont une première et timide avancée en ce sens, même s'ils engorgent souvent des parcs entiers dans l'attente d'un improbable recyclage … Il faut aller beaucoup plus loin.

Sortir de la logique de consommation pour entrer dans une logique de la durabilité.

Cesser de subir grégairement et dénoncer les futiles effets de mode : c'est un corollaire du passage de la valeur d'échange à la valeur d'usage.

Apprendre à acheter un vêtement, une paire de chaussures, un appareil, une voiture, un ordinateur pour les user à la corde, et non pour frimer.

Sortir d'une économie d'acharnement thérapeutique envers la sidérurgie et ses consœurs moribondes et les laisser mourir naturellement. Le "chômage" que cela entraînera n'est plus un problème dès lors que l'allocation universelle est appliquée (cfr. infra).

 

  1. Dépasser l'asservissement économique par la création noétique.

La vieille société marchande a tout chosifier afin de pouvoir tout vendre et tout acheter, même l'être humain, même la faune et la flore, même la Vie dans ses principes : civilisation de l'objet, donc de la pénurie puisqu'un objet, quel qu'il soit, est unique, donc rare. Et cette logique de la pénurie entraîne celle de la compétition, de la spéculation, de la précarité, de la convoitise et de l'appropriation de gré ou de force.

Or, notre époque voit éclore les technologies de l'information et les immenses champs de la création de connaissances et d'œuvres culturelles. L'immatériel et l'information impliquent d'autres logiques que celles de la pénurie et de la propriété : lorsque je donne une information, je ne m'en prive nullement, je la partage tout en la gardant entièrement pour moi. Que faire ?

Remplacer le concept de travail (et particulièrement de travail salarié) par le concept d'activité créatrice de valeur (quantitative et/ou qualitative).

Stimuler et libérer tous les talents et toutes les expertises, toutes les créativités.

Eradiquer les logiques de rémunération à l'heure : ce n'est plus du temps que le travailleur doit fournir, mais de l'énergie mentale.

Ne plus apprendre des savoirs mais apprendre à apprendre et à créer de la connaissance.

Généraliser l'usage des ordinateurs connectés et en organiser l'apprentissage permanent, dès le plus jeune âge.

Cultiver toutes les formes de création, scientifiques, intellectuelles et artistiques, sur support informatique et en faciliter la diffusion à très grande échelle.

Accélérer la reconversion des industries de l'édition sur support classique (papier, film, disque) en services de diffusion d'œuvres sur support virtuel (via câble, satellite ou Internet).

Accélérer la disparition des télévisions classiques et développer les techniques d'importation numérique de toutes les œuvres cinématographiques, musicales et télévisuelles (y compris les émissions d'information), à la carte, à partir du câble ou du satellite, afin de les stocker sur le disque dur du téléviseur et de les visionner quand bon il semble.

 

  1. Dépasser la dépendance sociale par l'allocation universelle.

Nous touchons ici un des points les plus simples et les plus compliqués à la fois.

Il s'agit, tout simplement, d'abolir tous les systèmes de dépendance sociale (allocations de chômage, retraite légale, allocations familiales, allocations de maladie-invalidité, assistance sociale, etc …) et de payer, une fois pour toute, à vie, à tous les citoyens, une allocation mensuelle définitive (dès la naissance, à condition de prévoir des protections contre les parents peu scrupuleux) qui soit suffisante pour assurer une survie décente à chaque personne, de sa   naissance à sa mort, quels que soit, par ailleurs, ses choix de vie (toute autre rémunération viendra en sus).

Ce schéma a été maintes fois étudié : les actuels revenus de la TVA suffisent à financer cette allocation universelle pour l'Europe.

Dans cette logique, il n'y aura donc plus de chômeurs, d'assistés, de quémandeurs, de profiteurs, de parasites, mais il y aura des gens qui choisissent de pratiquer des activités, rémunératrices ou pas, en plus de leur revenu de base. Les riches pourront continuer à vouloir être plus riche, mais les moins aisés ne seront plus pauvres, et ceux qui se contentent de peu, pourront consacrer leur vie à autre chose qu'à la gagner.

Cela signifie aussi que les entreprises pourront adapter en permanence leurs effectifs à leur juste besoin, mais que, pour attirer et conserver leurs collaborateurs précieux, elles ne pourront plus compter seulement sur l'appât du gain et la peur de la misère ou du chômage : elles devront mettre en place de réels processus de séduction et de motivation bien au-delà des gadgets psychosociologiques actuels.

Que faire ?

Décider, au niveau européen, de changer de logique fondamentale et décider de mettre en place l'allocation universelle.

Réorganiser la structure et les circuits de la finance collective afin de faire basculer les fonds de la charité-pitié-dépendance vers les comptes de la dignité-solidarité-liberté.

Démanteler les actuels systèmes de dépendance sociale et libérer les fonctionnaires qui y fonctionnent.

Enclencher le nouveau système, pour tous, au même moment.

 

  1. Dépasser la démocratie parlementaire par la responsabilité personnelle.

L'ère qui s'achève était l'ère des Etats, royaux d'abord, bourgeois ensuite, populaires enfin.

Etats omniprésents, voulant tout contrôler, tout régenter, tout organiser, tout financer : Etats totalitaires, donc, même s'il s'agit d'un totalitarisme doux et confortable, lénifiant et démagogue.

Que faire ?

Prendre conscience que cet Etat-là, que cette politique-là ont perdu toute crédibilité ; que la "démocratie" qu'ils prétendent sanctifier n'est plus qu'une démagogie insipide au profit d'un clan de professionnels du pouvoir ; que toute bureaucratie, publique comme privée, est condamnée, par essence, à l'inefficacité et à la gabegie (cfr. les études de Michel Crozier) et qu'il faut en débarrasser nos sociétés ; que ces institutions ne se "justifient" plus que par les allocations multiples qu'elles ont inventées pour se légitimer, et s'effondrent dès lors que fonctionne l'allocation universelle.

Savoir que l'Etat providence est en faillite et qu'il va entraîner avec lui toute l'économie locale et domestique par vampirisme, s'il ne lui est pas appliquer d'urgence le principe de séparation de l'Etat et de l'Entreprise, comme naguère celui de la séparation de l'Etat et de l'Eglise : l'économique et le politique n'ont rien à faire l'un avec l'autre ; toute collusion entrer eux est néfaste et corruptrice.

Organiser donc cette séparation, strictement.

Remplacer l'actuelle "démocratie" parlementaire, lourde et inefficace, partisane et disciplinée, par cette démocratie directe que les moyens informatiques remettent à portée de main après trois milles ans d'éclipse, et rénover l'éducation citoyenne en fonction.

Retirer à l'Etat et à ses succursales le pouvoir de régenter, de réglementer, de forcer nos vies privées et restaurer la responsabilité individuelle au-delà de tous les pseudo-assistanats que l'on nous assène : chaque individu doit être libre de ses appartenances (y compris de sa "nationalité") et de ses solidarités (y compris avec ses concitoyens). Le seul rôle du politique est de faciliter la lutte contre la violence, sans rien violenter.

Restaurer le rôle et le vocable de "gardien de la paix" et éradiquer ceux de "gens d'arme" et de "forces de l'ordre" : les mots ne sont jamais neutres.

Entériner, enfin, l'éclatement des Etats nationaux, désormais inutiles, et accélérer leur disparition par la redistribution effective des pouvoirs stratégiques vers le haut (l'UE, l'ONU, etc …) et des pouvoirs opérationnels vers le bas (les terroirs, les communautés, etc …).

Très généralement, remplacer, partout, en tout, ceux qui détiennent le pouvoir par ceux qui font autorité.

 

  1. Dépasser le pillage des ressources naturelles par la frugalité écologue.

Loin de tout écologisme militant (dont la portée et les motivations réelles sont loin de ce que l'on croit), il est temps de remettre l'homme à sa place dans le monde. La Terre n'est ni la servante, ni l'esclave, ni la nourrice de l'homme. Elle en est la Mère ! Et il est temps que ce fils prodigue fasse amende honorable et cesse de martyriser cruellement et stupidement celle qui le porte. La Terre et son manteau de Nature sont épuisés à force de pillages, de pollutions, de saccages, de tortures en tous genres. Même si l'homme disparaissait demain, il n'est pas sûr qu'elles guériraient …

Que faire ?

D'abord, changer nos mentalités : l'homme ne peut plus être un conquérant, un guerrier, un héros vainqueur, il doit devenir jardinier, humble, doux, au service de la Vie, dans la durée, chacun autour de soi.

Remplacer les valeurs masculines de virilité et de violence, par les valeurs féminines de fécondité et de paix.

Eradiquer partout, en tout, la valeur d'échange (le pilier de la machination marchande) et instaurer la valeur d'usage, avec, en corollaire, la prise en compte non seulement des coûts directs de production mais aussi des coûts indirects de dégradation (pollution, gaspillage, bruit, laideur, nuisances, déchets, recyclage, effets secondaires sur la santé physique et psychique, etc …).

Refondre, en ce sens, toutes les règles et plans de la comptabilité des Etats et des entreprises.

Inoculer, partout, tout le temps, par l'école et tous les médias, le principe de frugalité et bien faire comprendre que le superflu est toujours nuisible et néfaste, pour soi, pour les autres et pour le monde. Il ne s'agit ni de macération, ni de privation, ni d'ascétisme ; il s'agit d'une simple et saine sagesse de vie au quotidien. Le superflu est devenu la raison de vivre de tous ces déboussolés, surtout citadins, qui n'ont trouvé que le strass (le superficiel, le futile, le spectacle, la mode, le snobisme …) et l'ivresse (l'alcool, la drogue, la techno, les discothèques, les "vacances" …) pour y noyer leur désespérance, leur vide intérieur, leur pauvreté existentielle.

Resacraliser, réenchanter le monde et la nature, la Terre et le Ciel, afin de gommer les erreurs froides et calculées de cinq siècles de rationalisme réducteur et de scientisme totalitaire.

 

  1. Dépasser les bureaucraties fonctionnaires par la gratuité.

Il n'y pas que les ministères et les administrations publiques qui soient bureaucratisés. La bureaucratie est omniprésente. L'esprit fonctionnaire s'est universalisé.

La forme a pris le pas sur le fond. La lettre sur l'esprit. Le "comment" sur le "pourquoi".

La modalité sur la finalité.

La bureaucratie, le fonctionnarisme, c'est ravaler l'humain au plan du robot, de la machine, de la mécanique programmée : sacralisation de la procédure et du formulaire, déification de la routine et de la répétition, diabolisation de l'innovation et du changement, anathème sur la créativité et la fantaisie.

Que faire ?

Comprendre que les systèmes procéduriers sont d'incroyables simplifications et réductions de la complexité réelle du monde réel. Et que cette complexité croissant, les systèmes bureaucratiques et fonctionnaires seront toujours plus inefficaces, inopérants, bloquants, suffocants. Donc dangereux !

Savoir que la réalité n'est qu'un tissu épais de multitudes de cas particuliers irréductibles à quelque règle ou procédure que ce soit : la standardisation, possible il y a cinquante ans, ne l'est plus aujourd'hui.

Prendre conscience que, face à l'exponentielle complexité du réel, les seules issues, les seules tactiques de vie – et de survie – sont la souplesse et la créativité, soit tout l'opposé de la rigidité et de la fixité bureaucratiques.

S'imprégner de l'idée que l'usager, le client, l'homme-de-la-rue, le citoyen, la ménagère de quarante ans, n'existent que dans l'imaginaire des statisticiens, ne sont que des concepts manipulatoires, pour faire acheter ou voter : en réalité, il n'y a que des individus, tous respectables en tant que tels, ayant tous des talents, des opinions, des sensibilités et des besoins différents, tous uniques.

S'affranchir donc de la dictature des raisonnements statistiques, des enquêtes d'opinion, des sondages, des études de marché, des audimats et autres cotes de popularité : tout cela est trop réducteur, trop simpliste, trop massique, trop infantile pour tout dire.

Comprendre que les inventeurs de la standardisation visaient la réduction des coûts et le gain de temps, mais que l'on sait aujourd'hui, du fait de la croissance de la complexité, que le bon marché finit toujours par coûter très cher, et que chercher à gagner du temps en fait perdre beaucoup.

Face à l'échec des standardisations, transformer notre rapport au temps et au monde en y introduisant la notion de gratuité, celle de qualitatif, celle de créatif.

Réapprendre à écouter. Prendre son temps et ne plus se le laisser voler au nom de chimères ; et là, retrouver la vraie efficacité, celle qui fait mouche parce que l'on est aller assez loin, assez profond pour ne plus fourguer, à la va-vite, la solution toute faite, étudiée pour tout le monde et qui ne convient, en fait, à personne … parce que tout-le-monde, ça n'existe pas !

Réapprendre à flâner, à errer, à sortir de toutes les routines car c'est toujours ailleurs que se trouve l'idée féconde : il n'y a ni heure, ni lieu pour le génie qui souffle où et quand il veut, au total mépris des contrats, des horaires, des planifications et des budgets.

 

  1. Dépasser le juridisme légaliste par l'éthique individuelle.

Nos sociétés sont minées de juridisme : la menace du tribunal est partout, la vénalité des avocats aussi. Le corps judiciaire n'a plus mission de rendre Justice, mais de jouer avec le meccano absurde et incohérent des décrets et procédures légaux pour justifier ce qui n'est plus qu'un avatar de la loi du plus fort ou du plus rusé : les mieux défendus sont toujours les plus coupables !

Que faire ?

Déconfisquer la Loi, décodifier le Droit et les rendre à la société civile.

Simplifier toutes les procédures.

Généraliser le recours systématique à l'arbitrage et au référé.

Combattre toutes les formes de juridisme.

Dénoncer le cercle vicieux, mais lucratif, des lois faites par des juristes élus ou mandatés, pour des juristes avides et égocentriques.

Rendre les avocats personnellement responsables de leurs dossiers.

Généraliser le principe du "no cure, no pay".

Cesser de légiférer sur tout et n'importe quoi.

Combattre la rage réglementaire et l'obsession disciplinaire afin de briser net la spirale de la violence civile : prohibition, provocation, répression, insurrection.

Se rappeler que l'alcoolisme n'a jamais été aussi grave aux USA que durant la "Prohibition" qui n'a eu d'autre effet que d'enraciner et d'enrichir la mafia (c'est la loi des effets pervers).

Supprimer l'immunité de l'Etat, des institutions de pouvoir (y compris la magistrature et la police) et des politiques (y compris les partis et les syndicats).

Abolir la raison et le secret d'Etat.

Comprendre qu'une "loi pour tous" emprisonne tout le monde sauf les quelques pour-cents de racaille qu'elle est censée empêcher de nuire.

Comprendre aussi que l'inflation de lois et règlements ne fait qu'amplifier la délinquance qui répond à la violence légale par de la violence illégale : la solution des problèmes n'est pas dans la répression des comportements, mais bien dans la compensation des immenses déficits d'éducation, tant à l'école que dans les familles.

Pallier les déficiences morales des populations par une intense initiation continue, dès le plus jeune âge, aux philosophies, aux spiritualités, aux religions, aux écoles éthiques de toute l'humanité, de toutes les époques : il ne s'agit ni d'embrigader, ni d'inculquer des "valeurs", ni d'imposer des comportements, il s'agit plutôt de conscientiser, d'éveiller l'esprit critique, de faire mesurer la portée des actes et des paroles, d'établir le lien fort entre bonheur pour soi avec les autres et quête de soi dans les autres.

 

  1. Dépasser le matérialisme hédoniste par l'accomplissement spirituel.

Au fond, l'homme d'aujourd'hui est un sale enfant gâté qui tourne en rond au manège de ses caprices. Mais il a cassé presque tous ses jouets : la femme, l'enfance, la nature, la joie, l'émerveillement, le sacré, le divin, l'espérance, la vie même …

L'homme a épuisé l'homme.

L'humanisme qui ramène tout à l'homme, a trouvé sa limite : il est une impasse.

La source inépuisable du bonheur humain n'est pas en l'homme.

L'assouvissement effréné de tous les caprices ne laisse finalement qu'un vide amer, qu'un fond de désespérance, qu'un manque immense.

"La chair est triste hélas, et j'ai lu tous les livres", dit le poète du désespoir.

"Humain, trop humain", répond le philosophe de l'au-delà de l'homme.

Que faire ?

D'abord et avant tout, ne réinventer ni ce Dieu-le-Père contre-Nature, ni les dieux de pacotille, ni les idoles grotesques, ni les superstitions débiles, ni les mysticismes de bazar.

Ne jamais croire aux panacées : il ne suffit pas de quelques contorsions de hatha-yoga pour trouver "la Plénitude d'être dans le Devenir".

Par contre, savoir au plus profond de soi que l'homme ne prend sens et signification, ne reçoit valeur et dignité, ne connaît joie et plénitude, qu'au service de ce qui le dépasse infiniment, de ce qui est ineffable, irreprésentable, inintellectualisable, de ce qui est infiniment au-delà de toutes les religions et de toutes les philosophies, tout en étant ici-et-maintenant, totalement en nous et avec nous.

Réinventer une mystique de la Vie et s'y dévouer intégralement en créant, en cultivant, en suscitant, en facilitant tous les épanouissements possibles de ces graines de vie que l'homme, depuis trop longtemps, gâche, piétine, détruit.

Ces dix pistes constituent les points essentiels d'un manifeste pour des temps nouveaux.

Elles peuvent certainement être formulées ou reformulées avec d'autres mots.

Elles peuvent assurément être regroupées ou éclatées selon d'autres grilles.

Qu'importe !

Le temps n'est plus ni aux tergiversations salonardes, ni aux arguties spécieuses.

Il ne s'agit pas de faire la Révolution (l'histoire montre que toutes les révolutions se noient dans le sang qu'elles font couler), mais d'anticiper une évolution qui dépasse l'homme et qui le liquidera s'il ne cesse pas de contempler le nombril de ses désastres.

Marc Halévy-van Keymeulen


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