Le bonheur est intérieur. Rencontre avec Matthieu Ricard
Auteur : Dona Halévy -
Editeur : Editions Marane -
Année de publication : 2005
Réalisé pour :
Groupe ADH
Collection :
entreprises -
ISBN :
Genre : Livre-événement -
Langue : Français -
Format : 13-21 cm -
Pages : 112
Public : Le personnel, les clients, les partenaires d'ADH
Commande : Ce livre n'est pas mis en vente
La rencontre entre Matthieu Ricard et les clients et amis du Groupe ADH a donné suite à un livre dédicacé pour eux. Un privilège, une émotion ... et une entreprise qui compte désormais dans les bibliothèques. "Chercher le soleil en dehors de nous, c'est comme attendre le soleil dans une grotte orientée au Nord" dit le Bouddhisme.
Un événement exceptionnel mérite un livre éternel.
Auteur
Dona Halévy
Dona Halévy accompagne le management communicant dans une démarche prospective. Elle coordonne des projets de notoriété ainsi que des sites internet et intranet, a fondé et anime des clubs de l'APM (association progrès du management) et est auteur de plusieurs livres et romans d'entreprise. Elle est administratrice déléguée de Maran Group s.a., directrice des Editions Marane et attachée à l'Université de Namur.
Commanditaire
Groupe ADH
Le groupe ADH, établit à Nancy, articule plusieurs métiers de ressources humaines: recrutement, consulting & formation, mobilité. Voyez le site internet http://www.adh.fr
Livre
Préface
Plaidoyer pour le "Bonheur national Brut"
Dialogue entre Denis Heftre et Matthieu Ricard (extraits)
DH – Matthieu, comme plusieurs personnes se posent la question, je vous la pose. Qu’est-ce qui fait qu’un homme comme vous, à un moment donné, bascule de notre monde dit ‘civilisé’ à un autre monde et à la vocation qui a été la vôtre ?
MR – Je ne sais pas pourquoi tout le monde s’imagine qu’il faut qu’il y ait rupture, bascule, abandon. Quand on va en montagne, cela a l’air de zigzaguer un peu, mais en fait, on a une sorte de direction. Il y a cette montagne qui vous attire et que vous voulez gravir, ou cette personne que vous voulez rencontrer. Evidemment, cela peut avoir l’aspect d’un chemin… parce que, naturellement, le chemin n’est pas complètement droit. Mais, il est droit dans le sens d’une direction et du but ultime. Donc, d’un certain point de vue, tout ce que l’on fait dans l’existence, il faut l’espérer, c’est suivre une ligne directrice. Et on va de découvertes en découvertes. Et une vie bien remplie, c’est le fait de pouvoir accomplir ce qui vous inspire le plus étape par étape.
J’ai fait de la recherche sur la génétique, c’était très intéressant. Mais, en même temps, je me suis dit «ce n’est peut-être pas forcément ce que j’ai envie de faire»… cela n’a rien de mal dans ce que je vais dire… mais je me suis rendu compte que ce n’était pas forcément ce que j’avais envie de faire jusqu’à la fin de mes jours.
Par contre, des rencontres d’êtres remarquables m’ont incité, m’ont inspiré ; je me suis dit : « là, il y a quelque chose qui semble vraiment passionnant. Explorer comment fonctionne l’esprit, etc. » et l’exemple vivant de ce qu’ils représentaient était encore plus inspirant. A un moment donné, je me suis dit : « Je voudrais passer un peu plus de temps là-bas. » Et ce désir est devenu si fort que, en fait, ce n’était pas une rupture, mais cela m’aurait coûté de continuer à faire ce que je n’avais plus tellement envie de faire.
Il n’y a aucun mérite à faire ce que l’on a envie de faire. Ce n’est pas sacrifier quoi que ce soit, c’est d’aller vers ce que l’on a envie de faire le plus. Moi, je n’ai jamais ressenti cela comme me priver de quelque chose, renoncer à quelque chose, mais simplement rendre possible le fait de suivre ce qui m’inspirait le plus. Cela n’a pas été compliqué ni difficile.
Ce qui aurait été difficile, c’est, à un moment donné, de rester plus longtemps dans une situation qui n’était pas idéale pour ce que j’avais envie d’accomplir. Franchement, il n’y a aucun mérite à cela. Il n’y a qu’à simplement suivre ce qui vous inspire le plus.
DH – Exprimé comme cela, cela paraît évidemment tout simple. Je pense que l’on va tous s’y mettre demain matin, Matthieu.
C’est intéressant de vous entendre exprimer cela parce que, dans nos métiers, notamment dans un des métiers que nous pratiquons avec tous nos consultants, nous avons toute une activité de repositionnement professionnel, et au-delà d’un repositionnement professionnel, très souvent un repositionnement de vie. Et Dieu sait si, dans les accompagnements que nous pouvons réaliser, nous constatons que les choses ne vont pas toujours aussi simplement et, parfois, avec une certaine douleur, une certaine souffrance.
MR - J’ai rencontré, il y a 2 ans, un groupe de jeunes canadiens qui venaient juste de sortir de l’université. Ils avaient passé une batterie de tests. On leur faisait remplir des questionnaires de 5 pages, et, à la suite de cela, on allait les orienter. Je comprends que l’on puisse faire cela, bien sûr, mais, en même temps, je leur ai dit : « Votre vie, ce n’est quand même pas mettre des données dans un ordinateur. » En plus, ils avaient essayé, pendant 6 mois, toutes sortes d’occupations variées. Et ils disaient : « Moi, je n’ai rien trouvé. Tout cela ne me dit rien. Je ne sais pas ce que je veux faire. »
Je leur disais, j’aime toujours aller m’asseoir au bord d’un lac ou dans une montagne, mais ce n’est pas une obsession, mais c’est vrai que, à un moment donné, s’asseoir tranquillement quelque part, et, au lieu de mettre cela dans l’ordinateur, se dire : Restons tranquille une petite heure ou une dizaine de minutes, et essayons de voir ce qui monte à la surface. Qu’est-ce que j’ai vraiment envie de faire dans l’existence ? Après, essayer de trouver les moyens de le faire, je ne dirai pas que c’est secondaire, mais, après, c’est une question d’énergie, de détermination, de développer les capacités nécessaires pour accomplir… on dit que, quand il y a la volonté, il y a toujours le moyen.
Mais si l’on n’a pas l’idée d’une direction ou de ce que l’on a vraiment envie de faire et, après, voir si c’est réalisable, on est toujours un peu attiré à l’aveuglette. Je crois que c’est important, ce que l’on appelle le repositionnement de vie, c’est de savoir ce qui compte vraiment dans l’existence.
Pas plus tard qu’avant-hier soir, j’étais à Londres pour faire un dialogue avec un professeur de la London School of Economy, qui s’appelle Richard Layard, qui a écrit un très bon livre sur le bonheur, qui s’appelle « Hapiness : lessons for a new science » où il s’est dit : « en fin de compte, les gouvernements devraient investir plus dans le bonheur… » ce n’est pas seulement une image, c’est une très bonne idée. Il disait « le bien-être devrait être une source d’investissement. » Et ce n’est pas du tout certain qu’il faille simplement toujours vouloir gagner plus, produire plus, parce que, en fait, l’idée, c’est quand même de vivre mieux. Si l’on oublie le but et que l’on se perd dans les moyens et que c’est uniquement les moyens que l’on veut continuer à augmenter, à ce moment-là, on se retrouve à passer tout son temps à seulement s’occuper des moyens jusqu’à la fin de ses jours.
Donc, à un moment donné, il faut revenir à l’idée que tout cela n’a de sens que pour vivre mieux et que vivre mieux, à un moment donné, ce n’est pas forcément continuer à multiplier l’augmentation des produits, des ressources, etc.
L’idée que, jusqu’à la fin des temps, il va falloir augmenter simultanément les salaires, les revenus, les produits, etc. est absurde. Il faut peut-être réfléchir à une nouvelle façon de vivre. Et ce n’est pas moi qui dit cela, c’est l’un des meilleurs économistes mondiaux qui travaille avec des prix Nobel d’économie (et qui va l’avoir sans doute un jour lui-même), présent tous les ans à Davos depuis quinze ans, qui a eu cette conclusion que le bonheur national brut, cela mérite d’être développé.
C’est vrai que tout
cela est matière à repositionnements, mais pour le meilleur, pas pour faire le
constat d’une défaite ou d’un échec. Si l’on considère que le ralentissement du
produit national brut, c’est un échec en soi, évidemment, on est catastrophé.
Mais si l’on considère que c’est une façon peut-être de ménager une meilleure
qualité de vie, ce n’est pas un échec, c’est simplement que l’on est un petit
plus malin sur le sujet.
DH – Matthieu, vous
nous avez appris quelque chose de vraiment intéressant : quand on va aller
négocier avec nos banquiers, on leur parlera du bonheur national brut. (rires)
Je pense que, sur les résultats, cela va…
Je voudrais, Matthieu, vous remercier infiniment d’être venu.
MR – encore une petite chose : ils ont quand même réussi à me faire venir à Davos en janvier prochain (2006). Et j’ai dit que, si j’y allais, ce serait pour parler du bonheur national brut. Je ne sais pas si cela va se faire, parce qu’ils ne sont pas d’accord sur le sujet… (rires). Ils veulent me faire venir comme un religieux. Alors, cela ne m’amuse pas du tout.
Mais par contre, j’ai invité Daniel Kahneman, prix Nobel d’Economie, qui a travaillé sur le bien-être, Richard Davidson qui travaille en neurosciences sur le bonheur, Martin Seligman qui est le fondateur de la psychologie positive, et Richard Layard, professeur de Londres. Cela fera quand même une belle brochette. J’espère que le sujet va finir par passer quand même. (rires)
Postface
Par Denis Heftre, A.D. Groupe ADH
Lorsqu'en 1986, j'ai crée notre entreprise et conçu l'idée de cette rencontre annuelle, je l'avais bâtie sur 4 idées simples :
1. Les dirigeants, les cadres de nos entreprises, les acteurs des collectivités territoriales (je les souhaiterais davantage présents au milieu de nous) et plus généralement les hommes et les femmes acteurs de notre monde sont, par nature, très sollicités, avec des agendas surchargés, et par conséquent il faut donc que le temps qu'ils vont consacrer à cette soirée leur soit profitable et leur apporte de la "matière". En raccourci, que chacun réponde en ayant appris ou découvert d'autres horizons.
2. Notre temps s'inscrivant dans une phase de changement et de bouleversement profond, il est indispensable que chacun d'entre nous apprenne à regarder le monde au travers d'autres regards et prenne notamment conscience de l'interdépendance dans laquelle nous sommes désormais tous inscrits.
3. Cette soirée devait devenir, au fil des années, un lieu de rencontre, d'échange, de confrontation, mais aussi de convivialité sans aucun enjeu confessionnel, politique ou autre.
4. Enfin, et c'est sans doute finalement le plus important, que chacun et chacune prenne le temps (pour ne pas dire le risque) de la prise de recul, pour sortir de l'aveuglement permanent créé par la société de l'hypercommunication et s'éloigne un moment de la pression du court terme.
Ces soirées nous ont permis d'approcher des Hommes passionnants, de haut niveau, dont j'ai la certitude qu'ils ont pu être à l'origine, pour chacun d'entre nous, de nombreuses remises en cause ou pour le moins "remise en perspective".
J'ai en mémoire quelques interventions mémorables, celle de Daniel Leonard Blanc, qui nous annonçait, en 1988, la fin du mythe japonais, celle de Yannick BONNET, ancien directeur de "Chimie Lyon" dans sa conférence "Ecole, Famille, Entreprise, même combat" qui nous expliquait, en 1993, la détérioration des fondamentaux de l’éducation, racine de la cohérence de notre société qui devait conduire notamment aux problèmes actuel des banlieues et plus largement au difficulté d’interface sur le marché du travail, celle de Frère Samuel, qui mit en lumière et en volume le regard que porte la jeune génération sur notre monde, celle de Messieurs Guilhou et Lagadec sur "la fin du risque zéro", réalité combien de fois démontrée depuis cette date, enfin plus dernièrement celle de Marc Halévy sur le monde à venir, avec en final un défilé de mode réalisé par une école Belge, présentant des vêtements de mode uniquement fabriqué avec des matériaux de récupérations ….
Alors, que dire de notre soirée 2005 ! Je ne pourrai sans doute pas, comme beaucoup d'entre vous, effacer de ma mémoire la densité, oserais-je dire l'épaisseur de ce temps partagé avec Matthieu Ricard. Deux heures d'intervention et, dans la salle, pas un souffle, pas un mouvement d'impatience ou de fatigue. Juste l'envie que cette parenthèse de sérénité se prolonge.
Je pense que beaucoup auront renoué, au long de cette soirée et au fil des propos de Mathieu, avec le tissu des éléments constitutifs de leurs racines, parfois profondément enfouies sous le feuilletage des années.
La vie nous a donné de pouvoir accéder, certes et le plus souvent au prix de longs efforts, à un confort matériel. Mais la vraie richesse, c'est pour moi celle qui nous donne les moyens de progresser, de grandir, de comprendre – et donc de pouvoir être "acteur" influent et agissant sur notre environnement.
J'émets le vœu que modestement ces rencontres annuelles, par l'influence des Hommes qui viennent à notre rencontre, puissent contribuer à nous mettre en mouvement.
Le cru 2005 valait bien un livre, il est aujourd'hui entre vos mains. Il vous permettra de retrouver à votre rythme ce moment magique passé avec Matthieu.
Il vous rappellera également les coordonnées de l'Association qui soutient les réalisations de Matthieu au Tibet. Comme il a pu nous le dire, les besoins sont immenses sur le Tibet . Alors, si le cœur vous en dit !