Tisserand de la compréhension du devenir
Conférencier, expert et auteur

"De l'Etre au Devenir" - NOVEMBRE 2018

Dernier mois du Journal philosophique et spirituel de Marc Halévy

Le 01/11/2018

les bons analystes font rarement de bons prospectivistes. Mes lectures récentes d'Alexandre Soljenitsyne ou de Yuval Noah Harari en sont des preuves vivantes. Tous deux sont profondément ancré dans l'histoire des hommes, l'un celle de la Russie d'avant la catastrophe communiste, l'autre dans l'histoire historienne de l'humanité. Or, tous deux développent une vision du futur partielle et partiale, construite essentiellement sur leur regard et leurs représentations et obsessions du présent.

En 1978, Soljenitsyne pose magnifiquement le diagnostic de la décadence de l'occident (la fin de la "courbe rouge" et des valeurs modernes : humanisme, mécanicisme, démocratisme, droit-de-l'hommisme, technologisme …), mais n'entrevoit pas un seul instant ni l'effondrement de l'URSS, ni la mercantilisation de la Chine, ni, l'effondrement de l'Afrique, ni l'arrogance des empires du pétrole ; son obsession est la rechristianisation …

En 2018, Harari réduit les scénarii d'avenir principalement à la seule montée en force du mythe transhumaniste californien et effleure à peine l'évolution catastrophique du rapport démographie/ressources et de la transmutation en cours "de toutes les valeurs" ; il s'obstine dans un vision linéaire (humaniste de gauche) de l'histoire et ignore les cycles paradigmatiques.

Ce syndrome est connu aussi du monde des comptables, garants des traces quantitatives du passé des entreprises, mais incapables d'en construire un avenir puisque celui-ci échappe très largement au quantitatif et dépend surtout d'enthousiasmes et de charismes non comptabilisables.

On retrouve cette dichotomie, aussi, dans le domaine des idéologies :

  • où les conservatismes, toujours sécuritaires, pêchent par aveuglement radical et souvent volontaire à propos des ruptures, bifurcations et autres logiques mutationnelles,
  • et où les progressismes, toujours libertaires, pêchent par amnésie à propos des gabegies et barbaries humaines liées à l'orgueilleux oubli des déterminismes naturels et culturels qui canalisent l'histoire des hommes.

Il semble qu'il y ait là un nouvel exemple de l'incompatibilité foncière entre les visions sécuritaires du monde (le passé connu sécurise souvent trop) et les visions libertaires du monde (le futur inconnu stimule souvent trop).

Le regard du prospectiviste sur le grouillement humain doit donc être celui de l'entomologiste sur la termitière ou la fourmilière, et considérer les conditionnements naturels et culturels humains comme des facteurs et des moteurs d'histoire infiniment plus puissants que les artificielles institutions que les hommes croient être essentielles.

La maison que l'on construit et que l'on meuble, aura la forme de la manière dont on veut y vivre. Ce n'est donc pas la maison qui façonne l'habitant. De plus, toute maison est faite de matériaux éphémères ; elle aura donc une durée de vie et n'est jamais bâtie pour l'éternité.

L'histoire de l'humanité est semblable au film de l'histoire séculaire d'une ville, passé en accéléré, qui montre la mise en œuvre de logiques urbanistiques où les politiques humaines interviennent finalement très peu.

L'humanité obéit, bien plus que l'on ne croit, aux lois de la physique des systèmes et processus complexes … avec ses phases chaotiques … et ses effets papillons d'origine humaine … ou non.

 

*

 

L'intention profonde (l'âme, anima, ce qui anime) qui est le moteur premier de tout ce qui existe, est la plénitude de soi.

L'accomplissement, au quotidien, de cette plénitude est la lente et, souvent, laborieuse quête du trajet qui réalisera ce projet. Et le moteur intime de ce processus d'accomplissement est l'ensemble de toutes les tensions qu'il faut dissiper en progressant.

Cela est vrai pour le Réel pris comme un Tout, unitaire et organique. Cela est vrai pour la moindre parcelle de Matière, de Vie ou d'Esprit.

Cette idée de "plénitude de soi" est donc primordiale et fondatrice de tout le reste. Mais qu'exprime-t-elle réellement ?

 

Première approche …

La plupart des dictionnaires pointent vers l'idée de complet épanouissement.

La métaphore qui me vient, est celle du trajet qui mène de la graine à l'arbre.

Le désir et l'intention de la graine est de germer et de pousser pour devenir totalement l'arbre qu'elle contient déjà, afin que celui-ci réalise tous les possibles, toutes les promesses déjà là, par tous les chemins possibles, … en dialectique permanente avec le sol, l'eau, le vent, la lumière (Terre, Eau, Air, Feu) … et avec les oiseaux et les écureuils, avec les insectes et les larves, avec les terriers et les nids, avec les champignons et les lichens, … et avec les racines et les branches des autres arbres, coopérants ou concurrents.

 

Seconde approche …

La plénitude pointe vers le fait d'être plein, d'être totalement rempli. Mais se remplir de quoi ? De tout ce qui existe, de toute Matière, de toute Vie et de tout Esprit, ces trois fondements de tout ce qui existe dans et autour le monde humain. La plénitude, alors, signifie "vivre pleinement" toutes les dimensions du Réel : être totalement présent à la Présence. On parle alors de Joie ou de profonde jouissance de la Matière, de la Vie et de l'Esprit ; il ne s'agit ni de plaisir, ni de bonheur, mais de bien plus, bien plus haut que toutes les émotions et que tous les sentiments humains. Il s'agirait plutôt d'une plénitude, d'une joie, d'une jouissance "océaniques" selon la belle expression de Romain Rolland dans sa correspondance avec Sigmund Freud (et à laquelle celui-ci n'a évidemment rien compris).

Romain Rolland, inspiré par Baroukh Spinoza, écrit ceci dans une lettre à Freud, lettre écrite en réaction à cette imbécillité que fut "L'avenir d'une illusion", commis par le charlatan intoxiqué, jusqu'à la moelle, non seulement de cocaïne, mais aussi de positivisme, d'athéisme, de mécanicisme, de matérialisme :

 

" Mais j’aurais aimé à vous voir faire l’analyse du sentiment religieux spontané ou, plus exactement, de la sensation religieuse qui est (…) le fait simple et direct de la sensation de l’éternel (qui peut très bien n’être pas éternel, mais simplement sans bornes perceptibles, et comme océanique).
      Je suis moi-même familier avec cette sensation. Tout au long de ma vie, elle ne m’a jamais manqué ; et j’y ai toujours trouvé une source de renouvellement vital. En ce sens, je puis dire que je suis profondément « religieux », – sans que cet état constant (comme une nappe d’eau que je sens affleurer sous l’écorce) nuise en rien à mes facultés critiques et à ma liberté de les exercer – fût-ce contre l’immédiateté de cette expérience intérieure. J’ajoute que ce sentiment « océanique » n’a rien à voir avec mes aspirations personnelles. (…) C’est un contact – Et comme je l’ai reconnu, identique (avec des nuances multiples), chez quantité d’âmes vivantes, il m’a permis de comprendre que là était la véritable source souterraine de l’énergie religieuse ; – qui est ensuite captée, canalisée, et desséchée par les Églises : au point qu’on pourrait dire que c’est à l’intérieur des Églises (quelles qu’elles soient) qu’on trouve le moins de vrai sentiment « religieux ». Éternelle confusion des mots, dont le même, ici, tantôt signifie obéissance ou foi à un dogme, ou à une parole (ou à une tradition), tantôt : libre jaillissement vital."

 

Et ailleurs, la même idée, mieux explicitée :

 

"Une mer bouillonnante s’étend ; chaque note est une goutte, chaque phrase est un flot, chaque harmonie est une vague. […] C’est l’Océan de vie […]. Et cette mer de tendresse est toute pénétrée d’un soleil invisible, une Raison extasiée dans l’intuition sacrée du Dieu, de l’Unité, de l’Âme universelle. (…)  L’âme qui palpite en ces corps de musiciens ravis par l’extase n’est pas une âme, c’est l’Âme. C’est la vôtre, c’est la mienne, c’est l’unique, – la Vie. Ego sum Resurrectio et Vita…"

 

Vers une synthèse …

Il me semble que ces deux approches sont complémentaires car aller tout au bout de soi-même et se réaliser complètement, n'est-ce pas aussi réaliser pleinement et aller au bout du Tout que l'on a en soi et autour de soi ?

Cela semble une évidence pour ces "parties" du Tout que nous sommes tous. Mais pour le Tout-Un qui, lui, n'a rien autour de lui, que reste-t-il ? La seule première approche : aller au bout de lui-même et épuiser tous ses possibles en réalisant toutes ses potentialités. Voilà donc la grande et unique loi universelle qui pousse et guide toutes les évolutions locales ou globales.

 

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De Louis Lavelle :

 

"L'expérience de la présence réelle est elle-même d'une parfaite simplicité.

Et c'est cette simplicité qui fonde l'unité de l'être. (…)

Que chaque sujet fini ne puisse sortir du présent, c'est la preuve suffisante de sa participation à l'être absolu (…)."

 

*

 

L'optimalité se définit, très naturellement, comme le meilleur chemin pour atteindre la plénitude ; leurs critères sont donc identiques.

 

Les critères de cette plénitude et donc de cette optimalité sont  :

 

  1. Au dedans : la RESILIENCE (optimalité volumique).
  2. Au dehors : la COHERENCE (optimalité eidétique).
  3. Dans la durée : l'EFFICIENCE (optimalité holistique).

 

Lorsqu'on applique ce ternaire au Réel pris comme Tout-Un , le dedans (le système) et le dehors (son milieu) se confondent (puisque le Réel n'a aucun extérieur d'aucune sorte).

 Mais les trois critères de plénitude et d'optimalité demeurent, néanmoins : le Réel vise, dans l'instant, à la fois, la meilleure cohérence globale et la meilleure résilience globale, et, dans la durée, la meilleure efficience globale.

 

Fort heureusement pour tout ce qui existe, tant globalement que localement, ces trois critères d'optimalité entrent souvent en contradiction, induisant des tensions.

La dynamique fondamentale du Réel vise à dissiper ces tensions en suivant diverses tactiques (évacuation, conflit, équilibrage, …) dont la plus intéressante est l'émergence, c'est-à-dire la complexification.

 

*

 

Le réel se révèle à ma conscience et, ce faisant, se la fait se révéler à elle-même, éveillant ainsi la conscience de soi.

La conscience est le lieu de la rencontre de l'extériorité (le Tout-Un par l'extérieur) et de l'intériorité (le Tout-Un par l'intérieur), et le lieu de leur confrontation. Sans cette bipolarité, il n'y aurait pas de conscience.

 

Louis Lavelle écrit, en ce sens :

 

"(…) c'est en découvrant la présence de l'être que nous découvrons notre présence à l'être, mais encore notre être propre ne se constitue que par la connaissance de l'être du tout. Par suite l'être du moi n'existerait pas sans cet être du tout où il prend place et avec lequel il entretient d'incessants rapports. Bien plus, l'être du moi renferme en puissance l'être du tout, mais il faut pour qu'il l'actualise que cet être du tout ne cesse de le soutenir et de lui fournir à la fois l'élan de son opération et la matière où elle puise."

 

Et, pour terminer "La présence totale", cette dernière citation :

 

"La connaissance et la puissance sont des moyens de produire la joie."

 

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Une certaine liberté n'est possible qu'en faisant corps avec le Réel. Le refus du Réel - et plus encore son rejet - induit un esclavage profond et permanent.

 

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D'Alexandre Soljenitsyne :

 

"Demandez à une tumeur cancéreuse pourquoi elle grossit. C'est simple, elle ne peut pas faire autrement. De même le communisme (…)"

 

Et de même, tout le fatras socialo-gauchiste (ainsi que l'islamisme salafiste ou autre) qui est le vrai cancer culturel de la modernité : il fut une série de petites tumeurs bénignes jusque 1770 devenant malignes à partir de 1792, jusqu'à se répandre en cancer généralisé de 1848 à 1989. Aujourd'hui, le corps social a globalement rejeté ce cancer immonde, sauf certaines parties de son cerveau dont l'infection tumorale se manifeste au travers de quelques bastions idéologiques, politiques et médiatiques, encore influents (malheureusement), s'autoproclamant "bien-pensance" ou "camp du bien",

 

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Le 02/11/2018

 

De mon ami Pierre-Olivier :

 

"L’humanisme a été érigé en dogme pour déguiser le dualisme profond des humains : les hommes sont en effet :

  • naturellement sécuritaire (vu l’animal raté qu’il est, il n’a pas d’autre choix que de sacrifier la nature pour se protéger et proliférer !)
  • et culturellement libertaire (une fois à l’abri, après avoir tout démoli, il se croit tout permis pour flatter son ego)

Le changement de paradigme en cours va bientôt mettre à mal ce machiavélique stratagème datant de plus 500 ans. Le passage de l’abondance à la pénurie, de la valeur d’échange à la valeur d’usage, du prévisible à l’imprévisible, de l’horizontalité à la verticalité,  et du guide extérieur au sens intérieur … va faire exploser en vol l’humanisme (…)."

 

Sous peine d'une éternelle oscillation conflictuelle entre "sécurité" et "liberté", il convient de résoudre (au sens de Hegel) cette contradiction dialectique ; à mon sens, cette résolution passe par l'idée de "sacralité " (l'homme au service de ce qui est Sacré dans l'ordre de la Vie et de l'Esprit)

Si nous réussissons cette "résolution", la "courbe verte" ne signera pas un retour à la frilosité sécuritaire contre l'élan libertaire (ce qui est la tactique des socialo-populismes actuellement), mais plutôt l'avènement d'un paradigme "sacerdotal" : l'homme gardien et serviteur de la Vie et de l'Esprit (cfr. Gen.:2;15) : "Et YHWH Elohim prendra l'homme et il l'établira dans le jardin d'Eden pour le servir et le garder").

 

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Le paradigme sacerdotal sera aristocratique et chevaleresque, fondé sur un évergétisme non démocratique.

 

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La physique classique considère, depuis longtemps, que les lois et constantes universelles sont des "donnés". Mais donnés par qui et pour-quoi ? La physique débouche alors sur un questionnement métaphysique crucial.

Deux réponses ont été données à la première de ces deux questions "par qui ?" (la seconde a été largement laissée en friche) : soit par un Dieu personnel et créateur, omniscient et omnipotent (créationnisme), soit par le Hasard (hasardisme) auquel cas la probabilité que le Tout existe, est quasi nulle.

 

Pour sortir de cette impasse métaphysique, d'Everett à Smolin, certains (méta)physiciens ont inventé une hypothèse : celle des multivers, soit parallèles et proliférants (Everett), soit successifs et darwiniens (Smolin). L'idée est simple : nous, les êtres intelligents qui nous posons ces questions, appartenons évidemment au seul univers qui ait "réussi", mais tous les autres, inféconds et absurdes, existent aussi (mais il ne peut y exister aucune intelligence capable d'en rendre compte), ce qui permet au Hasard d'échapper à l'impasse de la probabilité quasi nulle.

 

On comprend vite que la pirouette de l'hypothèse des multivers ne résout aucunement le problème métaphysique. Elle le déplace. Pour-quoi y aurait-il une infinité d'univers parallèles (ce qui s'oppose au principe de simplicité du rasoir d'Occam et qui brise le principe de l'unité et de l'unicité du Réel) ? Comment se fait-il qu'il n'y ait qu'un seul de ces univers qui puisse "réussir" à engendrer de l'intelligence et qui soit fécond ? Est-ce par la volonté d'un Dieu théiste ou par le plus grand des Hasards ? On retombe de Charybde en Scylla …

 

Il n'y a qu'une seule issue : l'idée simple qu'il n'y a ni lois, ni constantes universelles qui soient données, mais que celles-ci soient des produits de l'évolution immanente de l'univers unique qui forme le Réel, qu'elles soient le résultat d'un processus d'auto-apprentissage par lequel des solutions locales, inventées par essais et erreurs, soient devenues tellement efficaces qu'elles ont proliféré au point de devenir des heuristiques d'efficience avant de se généraliser en "lois et constantes universelles".

 

La question métaphysique n'est pas résolue pour autant, mais elle change totalement de registre. En effet, pour que le Réel cherche à "résoudre ses problèmes" et puisse recycler les "solutions qui fonctionnent", il faut que ce Réel porte en lui deux puissances : celle de la mémoire et celle de l'intention. Car toute l'évolution cosmique n'est que la résultante de cette dialectique fondamentale entre mémoire et intention (entre trajet déjà accompli et projet à accomplir, si l'on préfère).

La question métaphysique est, alors : pour-quoi (pourquoi et pour quoi) le Réel possède-t-il ces deux puissances essentielles ? A cause de Dieu ou à cause du Hasard ?

 

Pour sortir de ce cercle vicieux métaphysique, il faut considérer qu'il puisse exister un trajet (mémoire) sans projet (intention), mais qu'il est impossible qu'il y ait un projet sans trajet. C'est donc le projet qui est fondateur, qui est la source ultime de tout ce qui existe. Comme tout projet est antithèse du hasard qui, par définition, est absence de projet, il faut en conclure une identité simple : le Projet est le Dieu, source ultime et moteur éternel du Réel. Ce Dieu-Projet, cette Intention fondatrice et éternelle, se pose comme l'antithèse radicale d'un quelconque créationnisme : il fonde un constructivisme (émergentisme, émanationnisme, processualisme, etc …) où l'idée de "Dieu" est celle d'un Dieu impersonnel et radicalement immanent, source et moteur du Réel.

 

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L'équation absolue :

 

Réel = Un = Tout = [Désir = Intention = Projet] = Dieu

 

(Un désir conscientisé devient intention qui, activée, devient projet)

 

Au fond, Dieu est synonyme de Fécondité pure et absolue.

Pour qu'une fécondité puisse s'exprimer, il faut, face à elle, une fertilité c'est-à-dire une potentialité qui puisse être activée par elle.

Cette potentialité, pour être réellement fertile, doit être triple (cfr. théorème de David Ruelle) : elle doit être substantielle, elle doit être actionnelle, elle doit être logicielle (pour créer une sculpture, il faut de la pierre, du travail et des outils ; pour obtenir un résultat informatique, il faut des données, du calcul et du logiciel).

 

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Une cause est transcendante à ses effets si elle leur est extérieure.

Ainsi, le Réel ne possède aucune transcendance et il est cause immanente de lui-même, mais il transcende l'expérience que j'ai de lui.

Ainsi aussi, par rapport à l'intelligence qui le conçoit et à la conscience qui le perçoit, le Réel est à la fois transcendant et immanent.

 

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Tout Spinoza tient en cinq propositions :

 

  1. Le Réel est absolument Un, dans chacune de ses dimensions ; il se nomme Dieu ou Nature. Il n'existe aucune dualité.
  2. Tout ce qui existe est émanation manifestée du Réel, comme les vagues le sont de l'océan.
  3. Le Réel s'accomplit, dans la liberté de chaque instant, au travers de chacune de ses manifestations, sans finalité définie.
  4. La Joie de l'homme signe la concordance parfaite entre son accomplissement propre et l'accomplissement global du Réel.
  5. L'éthique consiste en la construction permanente de cette concordance.

 

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Le pélagianisme, du fait de la hargne d'Augustin d'Hippone, a fini par être condamné en 418. Et c'est bien dommage pour le christianisme ! En effet, Pélage nie le péché originel (métaphoriquement : "Adam a commis une faute qui ne concerne que lui") et lie le salut personnel de chaque homme au seul mérite accumulé par l'exercice de son libre-arbitre (la grâce divine n'y intervient presque pas, sauf, parfois et à peine, pour enclencher l'ascèse de sainteté).

Pélage était breton et sa doctrine fut prospère dans sa Bretagne ; la mentalité et le caractère bretons - aujourd'hui encore - n'y sont pas, à mon sens, étrangers.

Quoiqu'il en soit, le pape François a réaffirmé vigoureusement la stricte condamnation du pélagianisme par l'Église catholique.  Il donne donc raison à Luther, le protestant,  contre Erasme, le catholique. La raison en est que, si le libre-arbitre suffit, l'Eglise et ses fatras sacramentels et dogmatiques n'ont plus vraiment de raison d'exister : celle-ci semble donc se réduire à n'être qu'un paratonnerre capable de capter la grâce divine et de la redistribuer, par les sacrements, aux plus obéissants.

Il faut encore remarquer que, si le péché originel n'existe pas, il n'est nul besoin ni de rédemption, ni de rédempteur, et le Christ, alors, n'est plus une victime sacrificielle, mais un guide sur le chemin de la construction éthique de soi ; la Passion et la Mort de Jésus ne sont plus qu'un accident de l'histoire romaine.

Je pressens que, si le christianisme doit survivre en Europe, il devra devenir pélagien.

Si le salut de chaque homme ne dépend que de lui, devant Dieu, alors l'Eglise et ses prêtres ne servent plus à rien.

 

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La Connaissance est-elle suffisante pour mener une "vie bonne" ? Avec Spinoza contre Pascal, je réponds par l'affirmative … car Connaître vraiment, c'est Vivre vraiment et Vivre vraiment, c'est Connaître vraiment.

Louis Lavelle le démontre délicieusement … Il n'y a aucune différence de nature entre l'idée et l'acte (comme il n'y a, selon Spinoza, aucune différence de nature entre le corps et l'âme/esprit) ; l'un sans l'autre n'est qu'illusion.

 

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La définition du bien et du mal fonde la morale, qui fonde le droit, qui fonde la justice. Or ni le bien, ni le mal n'existent ! Donc …

 

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L'accomplissement de soi vers la plénitude est un combat continu, dans le Réel, pour le Réel, avec le Réel, mais jamais contre le Réel ; ce combat s'oppose aux idéaux de types stoïciens ou bouddhistes comme la paix intérieure, la sérénité, l'ataraxie, etc …

 

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Ce n'est pas à Dieu d'aider les hommes, mais c'est aux hommes d'aider Dieu.

Il ne revient pas à Dieu d'accomplir les hommes pour lui, mais il revient aux hommes d'accomplir Dieu pour eux.

 

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Si la grâce divine n'existe pas - ce qui est bien ma conviction -, Dieu (le Dieu personnel des théismes) n'est pas libre d'être arbitraire. Il n'est donc pas libre du tout et est astreint à obéir, lui aussi, à la rationalité de la Loi. Mais ce débat est oiseux, puisque Dieu (le Dieu immanent du monisme) est cette rationalité même qui assure la cohérence et l'efficience du Réel, donc sa vérité.

 

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Dieu est l'autre nom du Réel-Un. Cela clôt toute théologie. Sur Dieu, il n'y a rien d'autre à dire. En revanche, sur les rapports de l'homme à ce Dieu-Réel-Un, il y a infiniment de choses à dire qui se ramènent toutes à ceci : chaque homme est une manifestation de Dieu pour Dieu.

 

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Depuis qu'il a scellé son Alliance, le Dieu des Juifs n'est plus libre puisqu'il s'astreint à la respecter. Pour cette raison, la tradition juive parle d'un "Dieu juste" parce qu'il obéit justement, avec justesse, à sa propre Loi.

 

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L'Arbre séphirotique de la Kabbale oppose la colonne de gauche que la tradition appelle la colonne de Justice (la rationalité), celle de l'intelligence, de la fécondité et de la gloire,  à la colonne de droite, qu'elle appelle la colonne de Miséricorde (la sensibilité), celle de la sagesse, de la bonté et de la victoire.  Si l'on en restait là, la Kabbale serait dualiste, ce qu'elle n'est pas. Elle est radicalement moniste. L'Arbre possède donc une troisième colonne, centrale (celle de la conscience), qui organise la dialectique entre les deux colonnes latérales grâce à la beauté, au fondement et au royaume. Mais au-dessus de ces trois colonnes qui expriment la dialectique bipolaire du Réel, se tient la dixième Séphirah : Kétèr, la Couronne, qui affirme la suprématie absolue et radicale du Un et qui abolit, en les transcendant, toutes les bipolarités. On entre là dans la réalité divine, tellement au-delà des ratiocinations humaines.

 

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Lorsque les certitudes humaines viennent à s'effondrer, un abîme s'ouvre. Il ne faut donc plus espérer pouvoir marcher ; il faut alors apprendre à voler !

 

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De Paul de Tarse :

 

"La loi est venue pour que le crime augmente."

 

Plus il y a de lois, moins il y a d'éthique.

Plus la société s'affermit, plus la personne s'affaiblit.

L'obéissance est la négation de la personne ; la "vie bonne" n'est pas affaire d'obéissance, mais d'ascèse volontaire.

 

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Le 03/11/2018

 

L'Euro se fragilise … l'Europe est impuissante … Les populismes montent …

La faute à qui ?

Aux souverainismes surannés, aux archaïsmes bancaires campant sur leurs prés carrés et aux délires de la finance spéculative. A quand une Europe totalement fédéralisée et à quand la disparition des États-nations surendettés appuyés (clientélisme oblige) sur leurs féaux bancaires locaux ? Si elle reste la mosaïque vétuste qu'elle est, l'Europe sera engloutie par la guerre des continents.

 

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Relevé par Luc de Barochez dans le New-York Times :

 

"Les Juifs sont les premières victimes en période de grands bouleversements. Ils sont pour le genre humain ce qu'étaient les canaris pour les mineurs de fond : des signaux d'alarme dès que l'air devient irrespirable."

 

On comprend la métaphore, mais je ne suis pas sûr qu'elle me ravisse …

 

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De Pierre-Antoine Delhommais :

 

"Au nom à la fois de la lutte contre le réchauffement climatique et du combat pour l'élévation des âmes, de nombreuses voix autorisées et inquiètes s'expriment pour dénoncer les méfaits de la société de consommation et s'en prendre à ce matérialisme destructeur de neurones et de biodiversités. A en juger cependant par les sondages, leur discours ne rencontre qu'un très faible écho dans l'opinion publique."

 

Le seul vrai souci des masses est l'évolution (qui doit être à la croissance, cela va de soi) de son pourvoir d'achat afin de financer toujours plus de panem et circenses. Quand donc les intellectuels finiront-ils par comprendre que 85% de l'humanité se fichent, comme d'une guigne, de tout ce qui n'est pas son narcissisme nombriliste à court-terme ? Quand donc comprendront-ils que la seule issue est un évergétisme porté par une élite de l'Esprit ?

L'opinion publique se place au niveau du nombril, dont beaucoup plus près de l'intestin et du sexe que du cerveau et des yeux.

 

A ce sujet, Nicolas Sarkozy insiste :

 

"(…) le modèle démocratique occidental touche aujourd'hui brutalement ses limites, car il est en train de devenir synonyme d'impuissance."

 

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De Nicolas Sarkozy aussi :

 

"Les réseaux sociaux (…) veulent faire croire que toutes les paroles se valent."

 

Ces soi-disant "réseaux sociaux" (ce ne sont pas des réseaux puisqu'ils ne portent aucun projet collectif de production de valeur ; et ils n'ont rien de social puisque ce sont des étals d'égotismes) ont, dit-on, "libéré la parole" (encore un euphémisme journalistique débile). Soit. Mais pour dire quoi ? Ils ne sont que le reflet fidèle de l'inculture, de l'ignorance, de la bêtise et du crétinisme des masses. Les "pensées" et opinions véhiculés par eux restent au niveau du "café du commerce",  la violence en plus, sous couvert d'impunité, de distance physique et d'anonymat.

Donner la parole à un con, c'est permettre à la connerie de proliférer.

 

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L'optimisme de Steven Pinker (un neuropsychologue canadien professeur à Harvard) est la nouvelle coqueluche du parisianisme. Il analyse, livre après livre, les progrès du progrès, et objective, avec brio et beaucoup de statistiques, chiffres et graphes, les évolutions réelles de l'humanité en matière de santé, de liberté, de sécurité et de satiété. Et il a raison. Mais il oublie juste une chose ou trois …

Il oublie que le progrès dont il parle, n'est que matériel et juridique ; pour le reste …

Il oublie que le prix payé pour ce progrès du progrès est l'accélération démente du pillage de tous les stocks qui, aujourd'hui, sont presque vides ; ce progrès-là ne sera bientôt plus "payable", ce qui implique soit un effondrement global (qui est le scénario le plus probable), soit une redéfinition intériorisée et spirituelle du "progrès".

Il oublie que la démographie est démentiellement galopante et que le "progrès pour tous" est devenu une impossibilité mathématique ; il est dans l'impasse.

Cher Monsieur Pinker, lorsqu'on fait un bilan, il faut regarder l'actif, bien sûr, c'est réjouissant, mais il faut aussi regarder de très près le passif et là, ce l'est nettement moins.

 

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De Jean-Paul Enthoven à propos du spinozisme de Franz-Olivier Giesbert :

 

"(…) le paradis n'est qu'un 'état d'esprit' et se trouve partout à condition qu'on cesse de le chercher dans les missels, les temples, les dogmes, les bondieuseries. (…) une manière d'être-au-monde où, de la fougère à Mozart, d'une pâquerette à la chapelle Sixtine, tout se tient, sans discontinuité, et célèbre le Grand Pan."

 

Cela s'appelle le monisme panenthéiste !

 

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Quoique puissent en penser les "bien-pensants", le "camp du bien" et tous les socialo-gauchistes, le problème numéro un d l'humanité, aujourd'hui, c'est la démographie africaine.

Trop de bouches à nourrir, donc trop de croissance économique imposée, donc trop de pollution, de réchauffement climatique, d'épuisement des ressources, etc … Tout se tient.

Au sud, il faut beaucoup moins d'humains par hectare.

Au nord, il faut beaucoup moins consommer par tête de pipe.

Au sud : continence. Au nord, : frugalité.

Ce sont les deux seules contributions efficaces à l'avenir de l'humanité. Tout le reste est bavardage stérile.

 

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La cosmologie actuelle repose, entre autres, sur l'hypothèse facile et rudimentaire de l'homogénéité et de l'isotropie de l'univers. Il suffit d'admettre de légères inhomogénéités ou anisotropies pour rendre les hypothèses de l'énergie noire et de la matière noire totalement inutiles. Mais alors, le théorème de la géniale Emmy Noether ne s'applique plus et, dans ces zones inhomogènes et anisotropes, l'énergie, l'impulsion et le moment cinétiques ne se conservent plus.

 

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Pascal (mathématicien, géomètre, physicien, statisticien et probabiliste) veut affranchir l'homme du joug de la raison logique, non pas vers le bas en renonçant à toute rationalité jusqu'à s'enliser dans la barbarie sociale et la bestialité individuelle, mais vers le haut en renonçant à tout rationalisme jusqu'à rencontrer la foi mystique et l'évidence extatique.

La rationalité proclame que tout ce qui existe, a une bonne raison d'exister (cfr. la raison suffisante de Leibniz et le réel rationnel de Hegel) et que, donc, le Réel est guidé par des principes de résilience, de cohérence et d'efficience.

Le rationalisme proclame que la raison raisonnante, la raison logique, la ratiocination sont les seuls chemins vers ce qu'il appelle la "vérité"[1].

Pour Pascal, il s'agit moins de renier la raison que de la dépasser !

 

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Le mot de Platon, Anamnêsis (qui a donné "anamnèse"), signifie "réminiscence" et induit une théorie : on ne construit pas la connaissance, on s'en souvient puisqu'elle a toujours été là, totalement présente dans le monde des Idées dont procède l'âme humaine.

Théorie dualiste et idéaliste, s'il en est. A écarter, donc.

Cependant, elle pointe vers une question : où est la source de la connaissance humaine ? Deux réponses sont possibles. Soit cette source est intérieure et l'on pointe alors vers un pur constructivisme cognitif par raisonnement (raisonner). Soit cette source est extérieure et l'on pointe alors vers un illuminisme intuitionnel par résonance (résonner).

Je pense qu'en réalité, la connaissance est le fruit d'une dialectique continue entre ces deux pôles : l'intuition fait surgir des hypothèses (des "images" plutôt) que la raison formule et tente de valider, jusqu'à pousser l'intuition à quêter sa nourriture. Et ainsi de suite. Ad infinitum

Cela signifie qu'une "tête bien faite" doit s'exercer à aiguiser autant son intuition résonnante (et ses sensibilités) que sa raison raisonnante (et ses langages).

Vaste programme pédagogique …

 

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Il faut cesser de croire que tous les hommes sont des "cherchants" ; la plupart ne sont que des "consommants" qui se contentent d'avaler ou d'utiliser les trouvailles de la minorité qui cherche … même si elle cherche mal.

Autrement dit, les masses demandent des réponses, pas des questions, peu importent la véridicité, la fiabilité et la solidité des réponses, pourvu qu'elles soient faciles et crédibles, confortables et rassurantes.

 

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La métaphore biblique du "fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal" pointe, selon moi, pour les condamner, vers la pensée discriminante, vers le rationalisme, vers toutes les dualisations et tous les dualismes, parce que cette "connaissance" duelle et discriminante est foncièrement fausse, puisque le Tout est Un (cfr. non-dualité chinoise ou indienne, Shankara, etc …).

Ce n'est pas la connaissance qui est interdite (contrairement à ce que prétend la vulgate théologienne), mais bien les méthodologies dualisantes. Ce que l'interdiction divine nous dit, c'est qu'il n'y a ni bien, ni mal et que ce n'est pas là qu'est le problème.

Le Deutéronome enfonce le clou (Deut.:30;15) : "Vois, j'ai donné face à toi, ce jour, la Vie et le Bon et la Mort et le Mauvais" ; tout en un ; il ne s'agit pas de choisir car ces quatre sont totalement et définitivement déjà et encore là ; et Dieu en est la seule source ultime (oui, Dieu est aussi la source du Mal).

Le problème n'est pas de choisir entre le Bien et el Mal (d'ailleurs, où est la frontière claire et rigoureuse qui les sépare ?), mais de dépasser cette dualité par une résolution hégélienne, de passer "Par-delà Bien et Mal" (cfr. Nietzsche).

Je pense, encore une fois, que l'idée de "sacralité" est le dépassement net de l'idée de moralité.

Par-delà le Bien et le Mal, s'ouvre le Sacré c'est-à-dire la Lumière qui éclaire le Chemin vers l'Unité et la Connaissance absolues.

 

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Je crois qu'il faut abandonner tous les rêves de rigueur, d'univocité, de précision véhiculés par les philosophies analytiques en suite des élucubrations des logiciens (Russell) et des sémanticiens (Korzybski).

Les mots et les langages ne sont que des ensembles symboliques que chacun est libre d'interpréter au travers de ses propres grilles de vie (je préfère cette expression de "grille de vie" à la classique expression de "grille de lecture").

On a voulu donner à la communication des idées entre les hommes, la priorité sur l'expression et la formulation des idées à l'intérieur de chaque homme.

Être compris de l'autre n'a aucun intérêt ; la communication n'a aucun intérêt.

Dans la relation entre les hommes, ce qui importe, ce sont les fécondations, les nourrissements, les semailles ; ce que l'autre en fait importe peu.

Une fois émise, une idée fait sa vie propre, de pensée en pensée, d'interprétation en interprétation, d'enrichissement en enrichissement (c'est une des bases de ma vision de la noétique et de la noosphère).

Qu'importe ce que la source a "vraiment voulu dire" ? Qu'importe que "les hommes se comprennent", dans l'horizontalité, pourvu qu'ils servent avec ferveur l'Esprit, chacun à sa mode, dans la verticalité ?

 

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De Léon Chestov :

 

"Nous ne voulons pas penser, nous ne voulons pas regarder en nous-mêmes, pour ne pas voir la vraie réalité. C'est pourquoi l'homme préfère tout à la solitude. Il recherche ses pareils, les hommes qui rêvent, dans l'espoir que les 'rêves en commun' (…) l'affermiront encore en ses illusions."

 

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Pour la Bible hébraïque (c'est la sens profond de l'Alliance) comme pour Hegel, Teilhard de Chardin ou d'autres, l'histoire des hommes est celle de l'émergence de l'Esprit.

Cela indique clairement et indubitablement la vocation des hommes : faire émerger l'Esprit sur Terre. C'est en acceptant et en assumant pleinement et joyeusement cette mission sacrée que tout ce qui concerne l'humanité prendra sens et valeur. C'est parce que la Modernité a refusé cette mission, parce qu'elle a mis l'homme au service de l'homme (c'est cela l'humanisme) au lieu de le mettre au service de l'Esprit, qu'elle a abouti à Verdun, à Auschwitz, à Hiroshima ou à Kolyma.

 

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Si l'homme est la mesure de toute chose, alors, comme le poisson rouge dans son bocal, l'homme devient fou à force de tourner en rond autour de lui-même.

La ville moderne est la plus belle illustration d'un tel bocal humain de verre où l'on tourne en rond jusqu'à y devenir fou.

 

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Tout ce que l'homme ne voit pas est infiniment plus essentiel et crucial que tout ce qu'il voit.

On voit des vagues, pas l'océan comme tel.

On voit des phénomènes, pas le Réel comme tel.

On voit des fulgurances, pas le Divin comme tel.

 

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Il est totalement inutile et profondément puéril d'invoquer le paranormal pour parler de l'Invisible. L'Invisible, c'est ce qui nous fait, dans le moindre de nos détails.

 

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Être "voyant" - au sens spirituel de Nabi et, bien sûr, pas au sens paranormal - ne s'apprend pas. C'est un don reçu que l'on cultive ou pas. Comme le don du dessin ou des mathématiques ou de la musique. C'est injuste, mais c'est ainsi … et personne n'a jamais dit ni prouvé que le Réel devait être "juste" au sens de la justice humaine. Le Réel n'a que faire de la "justice" humaine !

La conséquence en est celle-ci : la plupart des âmes humaines ne verront jamais rien et, donc, ne comprendront, ni ne feront jamais rien d'essentiel. Elles existeront sans vivre !

 

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De Plotin :

 

Arch oun logoV kai panta logoV

 

"La source/commencement est le Logos et tout [est] Logos."

 

Idée alexandrine déjà présente dans le prologue de l'Evangile de Jean …

Le Logos ? Le principe de résilience, de cohérence et d'efficience du Réel.

 

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De Pascal :

 

"Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas."

 

De Chestov :

 

"La raison a ses raisons que le cœur ne connaît pas."

 

Il faut donc que le cœur et la raison soient dépassés et transcendés dans un troisième pôle supérieur qui puisse soumettre, maîtriser et guider, à la fois, la sensibilité et l'intelligence : c'est le rôle de la mission, de la vocation, de la volonté.

 

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De Sébastien Robert :

 

"(…) l'homme, s'il faut qu'il s'assume, doit trouver sa raison d'être (…)."

 

Tel est le cœur de toute philosophie spiritualiste représentée, dans l'entre-deux-guerres,  par Louis Lavelle, René Le Senne, Nicolas Berdiaev ou Gabriel Marcel (et par leur combat contre, à la fois, le positivisme et l'idéalisme, ces deux cancers de la Modernité).

La raison d'exister (je refuse le mot "être") n'est autre que la vocation ou la mission qui place chaque homme dans le flot global d'un Réel qui le porte et le nourrit, et qui lui donne sens et valeur dès lors qu'il consent à le servir avec ferveur.

 

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Lorsque l'extériorité se ferme, l'intériorité s'ouvre … ou meurt.

 

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Exister - au sens de vivre vraiment -, c'est participer … du Réel et au Réel.

 

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L'autonomie d'un processus local ne se construit pas contre la logique globale d'accomplissement, mais pour et par elle. En autonomisant un processus spécifique et encapsulé, le Tout se débarrasse d'un nœud de tensions locales qui, autrement, entrainerait blocage et/ou désagrégation de sa résilience, de sa cohérence ou de son efficience.

Voilà, résumée en une seule phrase, toute la magie de l'émergence : elle une évacuation de tensions qui est plus forte et plus radicale que la dissipation par auto-organisation.

 

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Le 04/11/2018

 

Quelques définitions utiles …

Le Réel (ou le Tout-Un, ou le Divin, etc …) est le concept ultime qui englobe tout ce qui a existé et existe.

L'Univers est la manifestation du Réel, à toutes les échelles et dans toutes ses dimensions.

La Nature est l'Univers dans sa manifestation mésoscopique, à l'échelle et selon les dimensions de l'homme.

Le Monde est la perception qu'a l'homme de la Nature (chaque homme, en fait, voit son monde) et, plus particulièrement, la partie terrestre de la Nature.

 

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Contrairement à ce qui est souvent prétendu, tout l'univers n'est pas l'expression d'une régularité universelle (c'est le cas de le dire ). Il faut inverser la proposition : ce que l'homme voit, regarde et étudie, dans sa perception de l'univers, c'est ce qui y paraît régulier ; ce qui ne l'est pas, est considéré, depuis très longtemps, comme incompréhensible donc comme sans intérêt. D'où notre vision idéaliste de l'univers, depuis Pythagore et Platon ; d'où notre obstination à croire que le langage mathématique (le langage de la régularité) est le langage de Dieu lui-même (Galilée).

En réalité, l'univers se construit, pas à pas, comme il peut, par essais et erreurs ; il se cherche ; il s'éprouve ; il tente de réutiliser les recettes déjà testées avec succès ; il recycle ses heuristiques tant que faire se peut, d'où l'impression de régularité universelle.

L'attention exclusive portée aux régularités a vite débouché sur l'idée (idéaliste) que l'univers était gouverné par des lois universelles affinées par des constantes universelles. Tel est devenu le credo central de la science classique. Et personne ne s'est trop posé les questions essentielles :  qui avait imposé ces lois ? Et pour quoi faire ? Pourquoi ces lois-là et pas d'autres ?

Au commencement, au temps t=-∞ , il y avait, selon la vulgate newtonienne, l'espace, le temps et la loi.

Aujourd'hui, on sait que ni l'espace, ni le temps, ni les lois ne sont premiers, mais qu'ils sont des produits de l'activité du Réel, qui les engendrent selon ses besoins, en chemin vers l'accomplissement (largement improvisé) de sa propre plénitude.

Le Réel n'est ni un comptable, ni un ingénieur (même si, quelques fois, lorsque le besoin s'en fait sentir, il peut parfaitement l'être) ; l'univers est bien plutôt un artiste en quête de sa propre création.

Et comme tout artiste, pour créer son œuvre, il a besoin de trois choses essentielles : du matériau, de la technique (avec les outils qui vont avec) et du travail.

Le tas de matériau se fera de l'espace, l'activité de travail se donnera du temps, et la techniques avec ses outils se donneront des règles. Mais comme tout artiste, le Réel  usera des matériaux, outils et heures de travail à sa guise, selon les circonstances et l'inspiration, de façon pas toujours très orthodoxe.

Le Réel n'est pas rigoureux et l'à-peu-près, lorsqu'il est pressé, lui convient très bien (ce qui n'arrange pas du tout les mathématiciens et les physiciens classiques pétris de mathématiques).

Est-ce à dire que le Réel est incompréhensible ? Point du tout. Mais sa compréhension ne passe pas par les règles de travail (des lois universelles), mais bien clairement par le projet qu'il poursuit (son propre accomplissement en plénitude) et la logique qu'il met en œuvre pour le réaliser (les inventions, innovations, émergences et astuces qui ont permis, à son œuvre, de devenir de plus en plus complexe et riche).

On a voulu faire de l'univers un instrumentiste, virtuose de ses règles techniques (les lois universelles) ; c'est oublier trop vite que qu'un artiste de génie, est bien plus qu'un virtuose, c'est un créateur, un improvisateur,  un magicien …

 

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Le 05/11/2018

 

De Michel Audiard :

 

"Quand les types de 130 kilos disent certaines choses,

ceux de 60 kilos les écoutent."

 

Mais, à l'inverse : "Quand les types de 140 de QI disent certaines choses, ceux de 100 de QI ne les écoutent pas".

Là où la force physique triomphe, la force intellectuelle échoue.

Les crétins préfèrent les baffes aux idées.

 

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Tout milieu tend à l'uniformité la plus grande, sur son niveau de complexité. C'est une des applications du second principe de la thermodynamique. Tout milieu tend à se maintenir sur son niveau moyen de néguentropie ; il "tolère" des écarts de courte durée par rapport à cette moyenne, mais jusqu'à d'un certain seuil, tant supérieur qu'inférieur. Si le seuil supérieur est localement et durablement dépassé, le milieu va stimuler l'autonomisation et l'encapsulation de cette "anomalie locale" et va induire une "émergence". Si le seuil inférieur est durablement atteint dans une zone donnée, le milieu va considérer cette zone comme délétère (une nécrose, en somme) et va tenter soit de la réparer, soit de la détruire.

 

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L'économie, aujourd'hui, est en train de passer à des entreprises de niveau supérieur sur l'échelle de la complexité.

  • Les entreprises de première génération étaient cantonnées au niveau de la Vie (agriculture, etc …) qui est le niveau "naturel" originel de l'homme vivant : la biosphère.
  • Celles de seconde génération se plaçaient au niveau de la Matière (industrie, etc …) pour exploiter le niveau inférieur où l'on pouvait métaboliser (rendre compatible avec les besoins humains) efficacement et rentablement les matériaux de la "couche" lithosphérique.
  • Celles qui arrivent seront au niveau de l'Esprit (connaissance, etc …) : il ne s'agira plus ni d'exploiter la Vie, ni de transformer la Matière en Vie ; il s'agira de hisser la Vie vers l'Esprit, de tisser une noosphère et de construire une économie immatérielle dont le but est de contribuer efficacement au "bonheur" (quel bonheur ? pour qui ? à quel prix ?).

 

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De Wayne Dyer :

 

"Si vous changez la manière dont vous regardez les choses,

Les choses que vous regardez, vont changer."

 

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De Philippe Rodet pour encourager la délégation des responsabilités :

 

"Il est toujours plus stressant de se trouver dans le rôle de passager que de conducteur de sa voiture.

 

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Pour ceux nés après 1975, dans les pays développés, il est attesté que le QI moyen des gens est en baisse (alors qu'il fut, auparavant, en hausse de 3 à 5 points par génération). L'explication qui en est donnée, tient en l'appauvrissement sans précédent de notre univers culturel.

Cet appauvrissement est lié à l'effondrement des systèmes éducatifs, à la prédominance des médias passifs (télévision, cinéma, internet, audio-visuel, …) qui crétinisent le monde à tout-va, et à la prédilection pour les flux informationnels faciles et pauvres (la "musique" rap à deux accords et sans mélodie, les slogans idéologiques, les tags urbains, les binarisations de tout problème, etc …).

 

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Le 06/11/2018

 

Il faut dépasser l'évolutionnisme et le hasardisme qui s'y loge, souvent, implicitement.

Il faut résolument adopter le point de vue du constructivisme qui implique, tout à la fois, un processualisme, un émergentisme et un intentionnalisme.

Le Réel se construit comme on construit une cathédrale. Il se construit en vue de l'accomplissement progressif de sa propre plénitude (qui n'est pas un but à atteindre, mais un élan continu). Il se construit par essais et erreurs, par continuités et bifurcations.

La dialectique di Projet et du Trajet est cruciale : ils se forgent l'un l'autre.

 

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Il est temps de fonder et de développer une métaphysique constructiviste qui verra du Réel comme un chantier, sans plan ni but préétablis, régulé, en tout, par un souci de résilience, de cohérence et d'efficience, et animé par une intention : celle de l'accomplissement de la plénitude.

Pourquoi ce constructivisme métaphysique (qui englobe et dépasse les diverses doctrines "constructivistes" déjà recensées en épistémologie, mathématiques, politique, etc …) est-il nécessaire ?

Pour trois raisons majeures :

  1. Pour contrer tous les idéalismes.
  2. Pour contrer tous les hasardismes.
  3. Pour contrer tous les déterminismes.

Ces trois ensembles de doctrines ont assez fait de dégâts comme cela. Ils ont en commun cette idée reçue mais fausse que le Réel n'est pas sa propre cause, son propre moteur, sa propre fin ; bref, que le Réel n'est pas Dieu ; cette idée reçue mais fausse, qu'il y aurait autre chose que le Réel, d'une autre nature : des Idées, des Lois, le Hasard, un Dieu personnel, etc …

Il faut se rappeler la troisième "définition" donnée par Spinoza dans son "Ethique" : "Par substance, j'entends ce qui est en soi et est conçu par soi, c'est-à-dire ce dont le concept n'a pas besoin du concept d'une autre chose pour être formé". En ce sens, le Réel est, absolument et définitivement,  la seule et unique substance.

Mais cela ne suffit pas ; il faut encore abolir l'idée d'objet (qui est centrale pour toute la philosophie occidentale jusqu'à aujourd'hui, malgré Schelling, Hegel, Nietzsche, Bergson, Teilhard de Chardin et Lavelle - sans parler de Whitehead ou de Prigogine) pour affirmer celui de projet. Il n'existe aucun objet. Il n'existe que des projets intriqués procédant tous et pour tout d'un projet global, absolument et définitivement unique, qui est le Réel même.

 

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Le 07/11/2018

 

Mon complice Julien L. pointe ceci : "Une émergence est toujours parfaitement  intégrée dans l'espace autonome qui la contient. Il y a aurait donc bien dissipation dans cet espace "supérieur" en participant à l'optimisation du "tout" et ainsi de suite".

L'espace "inférieur" évacue "par le haut" son nœud complexe et l'espace "supérieur" reçoit ce nœud comme une opportunité à partir de laquelle se développeront des processus de déploiement autonome et encapsulé.

Et bien sûr, ces deux espaces ne sont que deux manifestations du même Tout-Un.

Et bien sûr, l'espace "supérieur" est totalement enraciné, donc dépendant de l'espace "inférieur" : le toit repose sur les murs qui reposent sur les fondations, même si ces trois éléments architecturaux pointent vers des matériaux, des fonctions, des techniques et des outils différents.

 

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Complotisme et victimisation …

Les théories du complot qui font florès, aujourd'hui, sur les réseaux sociaux, expriment l'existence, voire le développement d'une paranoïa collective (complexe de persécution et perte de réalité).

Un complotiste, par complexe d'infériorité, compense en se présentant comme sur-intelligent, ayant compris ce que tous les autres n'ont pas vu. Il est inutile d'essayer de lui prouver qu'il a tort car cette preuve elle-même fait partie du complot. Il y a autoréférence.

Plus généralement, les théories du complot forment une part des délires de victimisation (une catégorie de gens est désignée comme la victime d'une oppression orchestrée par une autre catégorie … qui, en général, s'en fiche complètement). Ces délires de victimisation prennent de plus en plus de place dans nos sociétés psychotiques et favorisent toutes les mouvances "retro" (rétro-féminisme qui promeut la conspuation du mâle, rétro-sexualisme qui promeut la conspuation de l'hétérosexuel, rétro-racisme qui promeut la conspuation du "blanc", rétro-sionisme qui promeut la conspuation du Juif au travers de l'Etat d'Israël, etc.).

Tous ces constats tendent à démontrer une chose simple ; il existe dans nos sociétés urbaines de plus en plus de groupes ou d'individus qui, plutôt que se prendre en main et construire leur vie, rendent "l'Autre" responsable de leur échec existentiel.

Ainsi, des mouvances nauséabondes comme "les indigènes de la République", rendent les "blancs" (forcément racistes et colonialistes) responsables de l'incapacité d'une catégorie d'immigrés africains (et de leurs descendants) de sortir de l'assistanat public, de se scolariser, de renoncer aux trafics divers, de respecter les élémentaires règles de vie de la société française. Au contraire de beaucoup d'autres communautés ou personnes qui ont fait l'effort qu'il fallait "pour s'en sortir", ceux-là ne veulent faire aucun effort, trouvent normal de vivre au crochet de la société en parasites (encouragés en cela par les socialo-gauchistes dont l'assistanat et le clientélisme sont le fonds de commerce) et rendent "l'Autre" responsable de leur propre paresse.

Le fond de la question est très simple : face à un problème existentiel, quel qu'il soit, il y a deux voies qui s'ouvrent : ou bien on trouve la solution à l'intérieur de soi (c'est la voie du courage, de la volonté et de l'effort), ou bien l'on attend la solution de l'extérieur de soi (c'est la voie de la dépendance, de la victimisation et de la paranoïa).

En bref : il y a ceux qui s'assument et il y a ceux qui ne s'assument pas (et qui en rendent un "Autre" responsable, jusqu'à la cultiver la haine et la violence).

Ceux qui ne s'assument pas, sont, de plus, totalement imperméables à toute forme de raisonnement ou d'argumentation rationnels ; tout leur donne raison puisque tout ce qui leur arrive (y compris vos arguments) ne vise qu'à renforcer leur victimisation ; tout ce qui ne va pas dans leur sens, est "évidemment" le fait d'un ennemi qui ne veut que les enfoncer plus encore. Le cercle est totalement vicieux et vicié.

Pourquoi donc y a-t-il de plus en plus de gens (surtout dans les grandes villes) qui refusent de s'assumer et d'activer leur force intérieure, et qui préfèrent s'enfermer dans une posture de parasite ou de victime ?

Je pense que la réponse est terriblement simple : le mode de vie urbain moderne est tellement artificiel, tellement détaché du réel, tellement "hors sol" qu'il n'y existe plus aucun repère de réalité. Ce déni de réalité est lié au fait que dans l'univers concentrationnaire urbain, il n'y a plus rien d'autres que des humains et des artefacts ; l'homme y est devenu la seule mesure de toute chose ; plus rien de non humain ne vient montrer à l'humain qu'il est totalement à côté de la plaque, c'est-à-dire de la Vie et du Réel.

Le Réel en étant évacué, il ne reste plus là que l'imaginaire donc le phantasme, la croyance, l'opinion, la rumeur, la légende, la falsification, la manipulation, …

Il est alors facile et confortable de se poser en victime de complots ou de "systèmes" causes de tous les échecs existentiels qui, logiquement, parce que hors de la Vie réelle, ne font que s'amplifier, ce qui renforce la croyance paranoïde.

 

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Le 08/11/2018

 

De Hillel :

 

"Si je ne suis pas moi pour moi, qui suis-je ?

Si je ne suis moi que pour moi, qui suis-je ?"

 

Chacun ne prend sens et valeur qu'au service de ce qui le dépasse.

 

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L'étude devrait être le centre de toute vie.

C'est du moins ce que l'on prétend au cœur de la tradition juive.

Mais étudier, c'est bien plus qu'apprendre. L'étude vise la connaissance alors que l'apprentissage ne vise que des savoirs.

L'étude implique un immense travail qui suit la captation d'un savoir pour le transformer en connaissance. Ce travail est de digestion et d'assimilation. La connaissance, c'est du savoir totalement métabolisé, totalement intégré, en cohérence et efficience, dans le corpus intérieur de la représentation globale du Réel.

 

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L'expérience est une lanterne qui n'éclaire que celui qui la porte. Pour qu'une masse d'expériences puisse devenir utile à d'autres, il faut qu'elle soit théorisée. Et cette théorisation est un métier à part entière, avec ses outils, ses méthodes et ses langages.

Echanger des expériences en direct est totalement stérile.

 

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Job : 14;19 :

 

"L'eau use les pierres."

 

Le trajet vers le projet dissout les objets et les sujets.

 

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L'étude (de la Torah) est à la tradition juive, ce que la méditation est à la tradition indienne.

 

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Transmis par ma copine Néa :

 

"Il a neigé toute la nuit. Voilà ma matinée.

08:00 : je fais un bonhomme de neige.

08:10 : une féministe passe et me demande pourquoi je n’ai pas fait une bonne femme de neige.

08:15 : alors je fais aussi une bonne femme de neige

08:17 : la nounou des voisins râle parce qu’elle trouve la poitrine de la bonne femme de neige trop voluptueuse.

08:20 : le couple d’homo du quartier grommèle que ça aurait pu être deux bonshommes de neige.

08:25 : les végétariens du n°12 rouspètent à cause de la carotte qui sert de nez au bonhomme. Les légumes sont de la nourriture et ne doivent pas servir à ça.

08:28 : on me traite de raciste car le couple est blanc.

08:31 : les Musulmans de l’autre coté de la rue veulent que je mette un foulard à ma bonne femme de neige.

08:40 : quelqu’un appelle la police qui vient voir ce qui se passe.

08:42 : on me dit qu’il faut que j’enlève le manche à balai que tient le bonhomme de neige car il pourrait être utilisé comme une arme mortelle. Les choses empirent quand je marmonne : « ouais; surtout si vous l’avez dans le …. ».

08:45 : l’équipe de TV locale s’amène. Ils me demandent si je connais la différence entre un bonhomme de neige et une bonne femme de neige.

Je réponds: «oui : les boules » et on me traite de sexiste.

08:52 : mon téléphone portable est saisi, contrôlé et je suis embarqué au commissariat

09:00: je parais au journal TV ; on me suspecte d’être un terroriste profitant du mauvais temps pour troubler l’ordre public.

09:10 : on me demande si j’ai des complices.

09:29 : un groupe djihadiste inconnu revendique l’action.

Morale : il n’y a pas de morale à cette histoire. C’est juste la France dans laquelle nous vivons aujourd’hui."

 

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Le 09/11/2018

 

De >Julien Green :

 

"Les questions auxquelles on répond par oui ou par non sont rarement intéressantes."

 

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De Franz-Olivier Giesbert (FOG) :

 

"Ces gens-là pensent de travers. Ce ne sont pas les croyants qui sont coupés du monde, mais les autres, les nihilistes, les matérialistes, les adorateurs  du Veau d'Or, tous aveugles à la beauté, la transcendance, l'invisible, l'harmonie. (…) convaincre des bienfaits de la réconciliation entre le cosmos et soi, qu'on appelle le panthéisme. Il est temps d'en mettre dans toutes les religions."

 

Et du même :

 

"(…) il vaut toujours mieux être heureux qu'être aimé (…)".

 

Et aussi à propos de Dieu :

 

"Il est en nous et nous sommes en lui. Dieu n'agit pas (…). C'est une présence."

 

Ou, encore :

 

"(…) l'humanisme, notamment, pourrit les cerveaux."

 

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L'Arbre de Vie des kabbalistes montre trois colonnes parallèles : à gauche, la colonne de la Rigueur où apparaissent, lorsqu'on la remonte du bas vers le haut, la Gloire, la Vigueur (ou Fécondité) et l'Intelligence. En face, s'élève la colonne de la Bienveillance avec, dans le même ordre montant, l'Eternité, la Bonté et la Sagesse. La troisième colonne, celle du milieu, celle de l'Harmonie ou de l'Equilibre, tente de faire la synthèse dialectique entre les deux autres et s'échelonne du Royaume, en bas, à la Couronne, en haut, en passant par le Fondement et la Beauté.

Cette dialectique entre Rigueur et Bienveillance a, bien sûr, une application éthique avec comme corollaire la question difficile : faut-il atténuer la Rigueur par la Bienveillance ? ou faut-il affermir la Bienveillance par la Rigueur ?

Mais cette dialectique a aussi une portée métaphysique puisqu'elle imprègne tout le rapport entre Dieu et l'univers (autrement dit : entre le Logos et le Kosmos, entre le Projet et le Trajet). Du côté de la Rigueur, on aurait la vision "ingénieur" du Divin, avec un univers truffé de déterminisme, de causalisme, de mathématisme, de mécanicisme. Du côté de la Bienveillance, on aurait une vision "artiste" du Divin, avec un univers truffé de constructivisme, d'émergentisme, de créativisme.

La science, longtemps, a campé sur la seule colonne de la Rigueur. Elle commence à découvrir la colonne de la Bienveillance qui, bien sûr, appelle bien vite la colonne de l'Harmonie (de l'Optimalité) car, c'est évident, il ne s'agit pas pour la science physique de quitter la Rigueur, mais bien de la dépasser et de comprendre que la Rigueur ne peut gérer que les situations récurrentes pour lesquelles une règle stricte est possible ; en revanche, pour tous les autres cas, la seul issue est créative au travers d'émergences inédites, improbables et imprévisibles.

 

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Le spécisme est la doctrine qui affirme la supériorité de l'homme sur tous les autres animaux, non par effet de degré, mais par effet de nature. C'est évidemment une imbécillité. Mais il faut aller plus loin et ne pas se cantonner au domaine animal : c'est de toutes les formes de vie, animales et végétales, bactériennes et mycologiques, qu'il faut parler. Et ne pas prendre prétexte de cet antispécisme pour oublier que la Vie ne se perpétue qu'en se détruisant elle-même pour se régénérer sans cesse.

Les doctrines véganes ou végétalistes sont stupides : les légumes et les fruits sont aussi vivants et sensibles, que le bétail.

La vie mange de la vie pour rester en vie.

Le fait que l'agneau nous rappelle les peluches de notre enfance alors que les épinards ou les salades pointent plutôt vers des dégoûts, ne change rien à l'affaire.

L'homme est omnivore et le restera. Cela n'empêche nullement, tout au contraire, d'apporter le plus grand soin, le plus grand respect et le plus grand minimalisme à toutes les étapes de la production de notre nourriture. Il n'y a aucune raison qui puisse justifier qu'une carotte mérite moins de respect qu'un poulet.

 

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Ras-le-bol ! Il est temps de revenir à la vérité historique pour comprendre les relations du monde musulman avec les Juifs et avec Israël. Il est temps de briser les propagandes qui empoisonnent les esprits simples.

 

Comme depuis la Shoah, il est malvenu de se montrer antisémite (même Soral ou Dieudonné se méfient un peu) et que l'antijudaïsme religieux n'est plus à la mode du fait de la laïcisation de nos sociétés et de l'effondrement catholique, il est en revanche de mode, dans certains milieux, de se proclamer antisioniste ce qui, en clair, signifie de s'opposer, plus ou moins profondément, à l'existence de l'Etat d'Israël.

Ces milieux antisionistes sont, globalement, soit socialo-gauchiste, soit islamiste, soit les deux.

 

Le socialisme (qu'il soit hitlérien ou stalinien, pour parler des plus virulents) a toujours été antisémite pour la simple raison que son égalitarisme et son universalisme heurtent de plein fouet l'élitisme et le particularisme juifs. Et comme le socialo-gauchisme a pour socle la "défense des victimes", la victimisation artificielle des "Palestiniens" offrait un prétexte en or pour transformer l'antisémitisme traditionnel en antisionisme (nous y revenons plus loin, en détail).

 

Du côté de l'islamisme, l'antisémitisme - comme l'antijudaïsme catholique - relève d'abord d'une source freudo-religieuse. Sans Bible hébraïque, point d'Evangiles ; et sans Evangiles, point de Coran : il faut donc "tuer le père" (le Juif, donc) selon ce bon Sigmund (un Juif honteux comme les aiment les antisémites, tout comme Marx).

Là-dessus est venu se greffer le "problème palestinien" : une pure invention des Frères musulmans qui ont vu, dans la création de l'Etat d'Israël, en 1948, un camouflet flagrant à leur prétention d'islamiser le monde entier au départ du proche-orient (les Frères musulmans ont été créés en Egypte par Hassan ben-Banna, le grand-père de Tariq Ramadan (!), en 1928, par haine radicale et totale de l'occident considéré comme dépravé, décadent, envahisseur et colonialiste).

 

Le "problème palestinien" est donc LE prétexte majeur du nouvel antisémitisme (pudiquement appelé "antisionisme") tant socialo-gauchiste qu'islamiste. Eh bien regardons-le de près.

Primo, la Judée (l'actuel Israël et plus) a toujours été la patrie des Juifs depuis 3.500 ans (donc depuis plus de 2.000 années avant l'invention de l'Islam) et Jérusalem a toujours été sa capitale depuis au moins 3.000 ans. Il y a toujours eu des Juifs en Judée, même après l'expulsion par les Romains après 70. Et il n'y avait là aucun musulman, cela va de soi. Après 1917, suite à la déclaration Balfour (autorisation de retour des Juifs européens chez eux) et l'instauration d'un antisémitisme d'Etat en URSS faisant suite aux pogroms incessants du 19ème siècle, beaucoup de Juifs russes ont fait leur Alyah (dont les "pères" fondateurs de l'Etat d'Israël : Ben  Gourion, Golda Méïr, etc …). Ces Juifs étaient profondément idéalistes (socialistes utopistes) et non religieux. Lorsqu'il fondèrent l'Etat d'Israël, ils voulurent et façonnèrent un Etat laïc et universaliste où tous, Juifs, Chrétiens et Musulmans, étaient les bienvenus.

Mais les Frères musulmans ne l'entendirent point de cet oreille et ils eurent tôt fait de rallier, dès 1935, le grand mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini (le grand oncle de Yasser Arafat et un grand ami d'Hitler sous la protection duquel il finira la seconde guerre mondiale). Ce mufti profondément antisémite attisera l'insurrection musulmane de Palestine en 1938 contre les occupants anglais. Son fils, Saïd Ramadan créera dès 1945, une branche armée musulmane parallèle à la Haganah juive.

 

Lorsque l'Etat d'Israël fut créé, la plupart des arabophones locaux, chrétiens comme musulmans, reçurent la nationalité israélienne ; eux et leurs descendants l'ont toujours aujourd'hui et rejettent complètement la "cause palestinienne" (eux, ils savent de quoi ils parlent pour le vivre tous les jours sur place).

 

D'ailleurs, qui sont ces Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie ? Pour la, plupart ce sont des descendants des travailleurs immigrés venus chercher du travail en Israël lorsque cet Etat, en pleine construction, avait besoin de terres (que les Juifs payèrent très cher aux propriétaires jordaniens, libanais ou égyptiens) et de bras (venus des pays musulmans limitrophes). La nationalité israélienne leur fut offerte. Ils la refusèrent, encouragés en cela par la clique de l'OLP.

Mettons, une fois pour toute, la vérité historique au centre du débat. L'OLP (qui deviendra le Fatah) est une pure création soviétique, dans le cadre de sa lutte contre les puissances "capitalistes et colonialistes". L'URSS finança une kyrielle de mouvements de "libération" un peu partout (Vietnam, Cuba, Angola, Algérie, etc …) afin de mettre la "main sur le monde" (les Frères musulmans sont de la même eau et imitent, en tout, les tactiques et propagandes soviétiques).

L'égyptien Yasser Arafat fut recruté adhoc par l'URSS (petit-neveu du grand mufti antisémite, c'est un plus pour passer auprès des "Palestiniens") et formé à Moscou (c'est là que fut minutieusement conçu son inamovible déguisement : uniforme paramilitaire - la force -, barbe de trois jours - la victime - et keffieh - "l'arabo-musulmanitude").

Comme tous les mouvements de "libération" prosoviétiques entre 1950 et 1989, l'OLP/Fatah réussit un œuvre essentiellement médiatique de propagande, goulûment relayée par les médias occidentaux majoritairement socialo-gauchistes et antisémites (surtout entre 1968 et 1990). De là, la légende "palestinienne" née d'un processus artificiel de victimisation à portée idéologique.

 

Mais contrairement aux autres mouvements de "libération" qui soit s'enlisèrent, soit mirent au pouvoir des dictateurs prosoviétiques, l'OLP-Fatah fomenta plusieurs insurrections (les Intifada) et guerres (celle de 1948, celle des Six-jours en 1956, celle de Kippour en 1973) qui, toutes, ont échoué lamentablement. Ce qui induisit trois mouvements simultanés :

  • La perte d'agressivité du Fatah (et les tentatives de négociation de paix notamment avec mon "patron" Ytz'haq Rabin) ;
  • L'afflux, vers les Palestiniens de mannes financières exorbitantes visant à "aider la construction de la Palestine", mais aussitôt détournées par les meneurs (la bataille entre héritiers, après la mort d'Arafat, a très vite été étouffée … il n'eût pas été bon que sa colossale fortune personnelle en Suisse fût trop connue du grand public qui l'avait payée de ses impôts) ; aujourd'hui, ces mannes financières servent à Gaza à "encourager" les familles à faire de leur fils des martyrs de l'Islam et à dédommager grassement celles-ci en cas de décès du kamikaze qui se prenait pour un héros.
  • La riposte des frères musulmans au fléchissement de l'agressivité du Fatah, en créant, dans la bande de Gaza essentiellement, le Hamas qui est une branche armée agressive et sans scrupule, directement sous leurs ordres et dirigées par des militaires professionnels qui ne sont pas palestiniens. Le Hamas est la cause directe et réelle des dégâts dans la bande de Gaza car il utilise la population locale comme bouclier humain pour perpétrer attentats et agressions en toute impunité, forfaits qui lui rapporte, à chaque mauvais coup, des photos et articles "horribles", souvent truqués et mis en scène comme cela a été maintes fois démontré.

Ainsi, est-il aisé de comprendre pourquoi le "processus de paix" n'aboutira jamais : la guerre est le fonds de commerce palestinien. Ils ne vivent que des aides internationales qui se tariraient dès que la paix serait réellement signée et engagée. Ils n'en veulent pas. Alors il ne reste qu'un scénario possible : accentuer, par tous les moyens, la victimisation dont les médias occidentaux, et plus spécialement français, sont si friands. Et la victimisation, ça paie ! Beaucoup d'autres mouvances et groupuscules l'ont parfaitement compris dans cette France qui offre des subsidiations à tour de bras aux "victimes" autoproclamées de tous genres.

 

Maintenant que l'on comprend mieux l'imposture palestinienne, source et prétexte du nouvel antisémitisme appelé antisionisme, on peut mieux aborder cette question.

Prenons deux exemples:

  1. Dans les grandes villes françaises, des jeunes musulmans harcèlent, agressent, attaquent, battent, voire tuent des Juifs non au prétexte qu'ils sont sionistes (la plupart ne le sont pas), mais au prétexte qu'ils sont Juifs (pas plus tard que la semaine dernière, à Paris, un jeune garçon a été battu et volé au seul prétexte qu'il avait une kippah dans son sac !!!). Faut-il donc rappeler les attentats, tortures et assassinats de ces dix dernières années perpétrés par des musulmans contre des Juifs parce que Juifs et non parce que sionistes. Certains de ces actes odieux ont été inspirés par feu Daesh dont la propagande (tout droit issue des Frères musulmans, rappelons-le) assimile Juif à sioniste, donc à "bourreau" des "victimes" palestiniennes. Mais ne nous leurrons pas un seul instant : la haine des Juifs est chevillée au corps des musulmans (le Coran intime l'ordre d'humilier, de rançonner et de maudire les Juifs, en conséquence du refus des Juifs de Médine de se convertir à la prédication de Mu'hammad … qui les fit exterminer sans sourciller). Les musulmans et les socialo-gauchistes crient comme des orfraies à l'amalgame entre Islam et terrorisme … mais ils ne protestent jamais contre l'amalgame entre judaïsme et sionisme. Bizarre, non ?
  2. La semaine dernière, j'ai reçu des nouvelles d'un vieil ami, Monsieur Lévy, dernier boutiquier juif de Marrakech au Maroc (il a vendu, toute sa vie, des bibelots et des souvenirs). Il a décidé de quitter le Maroc où sa famille vit depuis des siècles. Il part parce que la société marocaine, sous la pression des salafistes qui, chaque jour, se rapprochent un peu plus du pouvoir, est devenue antisémite ; il est harcelé, insulté, agressé chaque jour que Dieu fait : il est Juif, mais pas sioniste ; il ne part pas pour Israël, mais pour la France, rejoindre un neveu. Dont acte !

 

La conclusion de tout ceci ? Lorsqu'un musulman vous dit qu'il est antisioniste, mais pas du tout antisémite, surtout, ne le croyez pas.

D'abord, le sionisme ne le regarde pas.

Ensuite, le pro-palestinisme est une victimisation mise en scène et une imposture, et il n'a pas à s'y enliser.

Enfin, tant qu'il ne condamnera pas publiquement et activement le salafisme, il s'en rend complice et, ce faisant, perd tout droit à quelque jugement que ce soit sur quiconque !

 

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De Richard Bach :

 

"Les ratés ne vous rateront pas."

 

Et aussi :

 

"Le signe de ton ignorance, c'est la profondeur de ta croyance

en l'injustice et en la tragédie."

 

Ou encore :

 

"Ce que la chenille appelle la fin du monde, le Maître l’appelle un papillon."

 

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Plutôt que d'utiliser cette sottise sémantique de "Intelligence Artificielle", si l'on veut conserver l'acronyme IA, il serait préférable de lui donner le sens de "Intelligence Augmentée" comme le font mes amis d'IBM ou, mieux encore, celui de "Intelligence Amplifiée" (qui a l'avantage de préserver mieux l'acronyme anglais AI avec "Amplified Intelligence" qui me semble meilleur que "to augment").

Le problème avec "Intelligence Augmentée" est que cela suggère quelque chose d'additif : il y aurait une intelligence humaine à laquelle on ajouterait une intelligence que ne le serait pas.

En revanche, avec "Intelligence Amplifiée", il n'y a que de l'intelligence humaine, mais elle est démultipliée grâce à des méthodes algorithmiques numérisées.

De la même manière, on pourrait parler de conscience amplifiée… ou de sensibilité amplifiée, ou de mémoire amplifiée, etc … comme on parlait, naguère de force ou de puissance ou de précision ou d'habileté amplifiées !

De façon très générale, il faut constater que toute technologie n'est qu'un amplificateur de performances humaines : tout y est levier.

 

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Le 10/11/2018

 

Vouloir unifier le modèle standard quantique (qui se place au niveau matériel) et le modèle standard relativiste (qui se place au niveau pré-matériel) est équivalent et aussi absurde que vouloir réduire les processus socioculturels à la mécanique de Newton.

 

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Le 11/11/2018

 

D'un auteur du site Dedefensa.org à propos des anti-commémorations du socialo-gauchisme qui crache son venin contre le centenaire de la "grande guerre" et de la bataille de Verdun :

 

"(...) les artistes du glauque cloaque caractérisant le balbutiement qui nous sert désormais de langage, , – mais qui veille, toujours et encore, à cette même tendance : détruire le passé, et qu’il n’en reste plus rien."

 

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Chacun est ce qu'il vit.

Chacun est ce qu'il fait.

 

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Tout est en Dieu et Dieu est Un … Monisme panenthéiste …

Antithéisme radical … Tout est dit.

Le reste n'est que commentaire.

 

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L'abondance n'est pas le contraire du manque.

Le contraire du manque, c'est la satiété, le contentement dans le frugalité.

L'abondance, le plaisir, la possession sont des esclavages.

Epicure ne dit rien d'autre :

 

"Qui ne sait pas se contenter de peu, ne sera jamais content de rien."

 

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De Nietzsche :

 

"(…) je n'ai pas tué le Christ ; c'était déjà fait."

 

L'histoire des hommes est parsemée d'individus qu'il aurait mieux valu dézinguer avant qu'ils ne sévissent : Platon, Jésus, Paul, Augustin, Mahomet, Descartes, Marx, Freud, Hitler, Lénine, Mao, etc …

 

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Sartre a totalement pollué et empoisonné l'intelligentzia française pendant quarante ans, au détriment des Henri Bergson, Pierre Teilhard de Chardin, Louis Lavelle, Gabriel Marcel, …

Sartre : l'être du néant.

 

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L'histoire des hommes semblent monter que la richesse matérielle induit la pauvreté spirituelle, … mais la réciproque n'est pas forcément vraie.

La richesse matérielle ne sera désormais plus possible. Tant mieux. Les humains auront le choix entre deux chemins : celui de la spiritualité ou celui du suicide.

Je crains que le second ne concentre les suffrages de la grande majorité … au grand dam des autres, car ce suicide collectif passera par le pillage et le saccage de ce qui reste de Nature et provoquera donc d'immenses dommages collatéraux

 

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L'immense majorité des humains sont des crétins … et des crétins de la pire espèce : des crétins vaniteux et orgueilleux, nombrilistes et narcissiques, capricieux et puérils, ignorants et incultes, arrogants et fourbes, … et fiers de l'être.

 

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Le pape François a bien plus hérité du politicalisme cynique d'un François Mitterrand que du panenthéisme évangélique d'un François d'Assise.

N'est pas le Poverello qui veut …

 

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Les hommes m'ont toujours peu intéressé et m'intéressent de moins en moins ; pour la plupart, ils sont à la fois barbares, crétins et pillards.

Je termine de m'occuper de l'univers (la source de mes plus grandes joies intellectuelles et spirituelles depuis 1968, soit un demi siècle) en remettant de l'ordre dans l'édifice de la physique fondamentale.

Ensuite, je passerai, sans doute, le reste de ma vie à m'occuper de "Ce que Dieu nomme" (expression subtile qui désigne, à la fois, "ce qui reçoit un nom de la part de Dieu" : le Sacré, et "ce que le nom 'Dieu' signifie" : le Divin).

 

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De FOG :

 

"Nous sommes de plus en plus nombreux dans le monde à croire que, Dieu et l'Univers étant tous deux infinis, ils ne peuvent que se confondre : Dieu est l'Univers et l'Univers est Dieu …"

 

Et d'appeler en témoignage : Spinoza, Leibniz, Goethe et Hegel … et Nietzsche, et Giordano Bruno.

L'Univers n'est pas infini ; et Dieu non plus. L'infini n'existe pas dans le Réel. Et, de plus, l'Univers n'est que la manifestation et l'émanation de Dieu. Dieu lui est totalement immanent, mais Il est plus que lui puisqu'il contient, aussi, tout ce qui fonde et guide l'Univers dans son évolution.

Panenthéisme, donc.

 

Et aussi :

 

"L'immortalité de l'âme est une thèse de Socrate et Platon qui, pour le commun des mortels, serait aujourd'hui inscrite dans le marbre de la Bible. Cherchez-en une trace, vous ne la trouverez pas : c'est un mensonge qui, à force d'être répété, a fini par devenir une vérité (…)."

 

J'atteste pleinement. L'idée d'une âme personnelle immortelle est totalement étrangère à la Torah. Tout comme l'idée d'une vie céleste après la mort, ou celle d'un jugement des âmes, ou celle d'un paradis ou un enfer célestes, etc …

Toutes ces idées, importées en Judée par les Grecs et les Egyptiens, seront combattues, pendant près de dix siècles par le lévitisme et l'orthodoxie sadducéenne, par la tribu sacerdotale des Lévy et des Cohen. Ces mythes fantasmagoriques n'ont pénétré le Judaïsme qu'au travers de l'hérésie populaire du pharisaïsme et des rabbins qui en firent le moteur, seulement après la destruction de Jérusalem au premier siècle.

Le kabbalisme a perpétué la tradition lévitique aristocratique, initiatique et ésotérique, en marge du rabbinisme populaire, dogmatique et exotérique (certains rabbins, portèrent conjointement les deux regards, dans une parfaite schizophrénie spirituelle).

 

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Être païen, c'est la plus sublime manière de croire en Dieu, en ce Dieu immanent dont tout émane, source et vocation de tout ce qui existe.

Tous les dieux personnels, inventés par les hommes, ne sont que des hommes qui se prennent pour des dieux.

Le Divin réel est autrement plus profond, plus sérieux, plus riche que ces anthropomorphismes puérils.

 

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Dieu existe.

Les preuves ? La Matière, la Vie, l'Esprit.

 

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Tous les langages humains - y compris les mathématiques - sont de pures conventions culturelles ne reflétant que les modes de fonctionnement de l'esprit de l'homme. Aucun d'eux n'est le "langage de Dieu", pour la simple raison que Dieu n'a pas besoin de langage : il se fait par ce qu'il devient, et n'a nul besoin de se décrire ou de se justifier.

"Exprimer", c'est pousser hors de soi (ex-premere) ; or, il n'y a rien hors de Dieu, il n'a donc pas besoin de s'exprimer.

 

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D'accord avec Jean Giono …

Tout ce qui existe (minéral, végétal, animal ou autres) est une personne c'est-à-dire un masque au travers duquel sonnent la Vie et l'Esprit, le Réel et le Divin.

Tout ce qui existe est personnage dans l'énorme histoire du Réel : chaque étant possède ses rôles et ses talents, ses humeurs et ses autonomies, ses obéissances et ses improvisations.

 

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Le 12/11/2018

 

Dans la formulation de leurs questions, la plupart des journalistes usent d'une phraséologie socialo-gauchiste inadéquate dans un monde où l'idée de "gauche" n'est plus qu'une nostalgie idéologique et où les vrais problèmes appellent d'autres formulations. En France comme partout, les mondes ouvriers et paysans votent à droite (voire à l'extrême droite). Ils ne sont plus le fonds de commerce de la "gauche" qui, pour survivre, est aujourd'hui obligée de s'inventer d'autres "victimes du système à défendre" pour exister encore un peu. Nous quittons la modernité ; nous quittons donc aussi tous les modèles et les clivages artificiels de ses idéologies.

 

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Partout, en France, l'innovation économique, technique et sociétale sort de terre comme les champignons ; partout, sauf dans les métropoles où règne la bien-pensance socialo-gauchiste ; partout, pourvu que la politique locale soit libérale et cesse de vouloir tout régenter, tout réglementer, tout contrôler.

 

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Du point de vue économique, le modèle financiaro-industriel, né au début du 19ème siècle, a reposé sur deux piliers : la course aux prix bas pour vendre beaucoup et la course à la puissance financière pour maîtriser les effets de leviers et les économies d'échelles. Ce modèle est mourant ; la finance spéculative va s'effondrer sous peu. Aujourd'hui, la valeur d'utilité importe plus que le prix (le bon marché finit toujours par coûter trop cher) et le développement des ressources immatérielles (les talents, les compétences, les engagements personnels, le courage) ne connaît aucun effet d'échelle.

 

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Il y a longtemps que l'équation "une vie, un métier, un emploi" n'existe plus. Et c'est tant mieux. Libre à certains d'appeler cela de la précarité ; moi, j'appelle cela de la vitalité. Le salariat est moribond. En 2050, il n'y aura plus que 15% de salariés. Les autres seront des associés, des néo-artisans, des partenaires, des free-lances, des auto-entrepreneurs. Le principe même du CDI est devenu une aberration, aujourd'hui (alors qu'il a été une avancée sociétale importante au sein du modèle industriel).

 

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Le concept d'hyper-marché décentralisé est mort ; les grandes enseignes sont toutes en perte de vitesse. Les gens n'ont plus envie de faire ni leurs courses, ni la file. Le "non-frais" sera de plus en plus commandé en ligne et livré à domicile ; quant au frais (boucherie, boulangerie, légumerie, poissonnerie, …), il sera l'apanage de commerces spécialisés, visant la haute qualité et jamais le prix bas : les gens mangeront mieux mais moins, à budget constant. Aujourd'hui, dans les grandes surfaces, ce sont les pauvres et les chômeurs qui achètent des plats préparés et toutes les saletés industrielles qui fabriquent des obèses. La santé, elle, est ailleurs.

 

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Lorsque vous achetez une voiture, vous en payez le prix de façon à maximiser le rapport plaisir/prix (quoiqu'aujourd'hui, la frime automobile soit en perte de vitesse). Mais cette voiture, dès que vous la posséderez, va engendrer, même si vous l'utilisez peu, des dépenses au quotidien : taxes, assurances, carburants, entretiens, pneus, usures, dépannages, réparations, contrôles techniques, loyer de garage, contraventions, frais de parking, etc … sans parler du temps perdu à conduire et des tensions et dangers que cela entraîne.

Si l'on a un peu de bon sens, on comprend que ce n'est pas la prix d'achat qu'il faut minimiser, mais bien la totalité des coûts de cette voiture, additionnés pendant toute sa durée de vie, en rapport avec l'utilité que l'on en a et de l'usage que l'on en fait.

Conséquence : aujourd'hui, en ville, les jeunes entre 20 et 30 ans ne veulent plus de voiture, ne passent plus leur permis de conduire, et se déplacent en transport en commun ou avec BlablaCar ou Uber.

Il en est de même dans toutes les dimensions de nos vies économiques. Le prix importe moins que l'utilité et l'usage.

 

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Lorsque je parle d'émergences innovantes locales, je ne parle pas des citoyens/salariés : ces deux mots pointent vers des statuts de soumission.

Je parle d'entrepreneuriat, d'initiative, de création, de vitalité et de vivacité ; je parle de prendre sa vie en main, de prendre ses responsabilités d'homme ; je parle de comprendre que la "société" est une abstraction vide de sens, une invention de l'Etat pour tenter de se légitimer ; je demande de voir que chacun ne vit réellement que dans ses propres communautés de vie (famille, village, quartier, entreprise, paroisse, clubs sportifs, associations, etc.) et que là, on ne change pas LE monde, mais on peut changer SON monde.

 

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L'Etat n'est qu'une immense bureaucratie inefficace qui ne résout aucun problème, mais qui achète les citoyens à grands coups d'assistanats qui coûtent bien plus aux contribuables qu'ils ne rapportent aux bénéficiaires. Seules les communautés locales sont aptes à résoudre les vrais problèmes locaux.

Des initiatives "hors Etat", il y en a à chaque coin de rue, mais on n'en parle pas. Les médias pratiquent cet adage : "un arbre qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui pousse". Partout, en France, des forêts poussent, sur des terreaux et dans des terroirs locaux.

 

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Ce n'est pas en affaiblissant les forts que l'on renforce les faibles.

Les idéologies du "partage" et de la "solidarité" sont des nivellements par le bas : les très forts s'en vont et s'échappent, les moyennement forts se dévitalisent.

La solution ? L'évergétisme, c'est-à-dire encourager les forts à hisser les faibles vers eux en leur proposant des défis de vie (pour éveiller leur énergie intérieure, pour stimuler leur sens de l'effort et du courage, pour les amener à se prendre en main et à prendre leurs responsabilités, pour leur apprendre l'autonomie et pour leur donner l'envie de s'assumer eux-mêmes), mais en évitant toute forme de charité.

 

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Non pas "donner un poisson", mais "apprendre à pécher".

Ceux qui ne veulent pas apprendre, mangeront les arêtes.

 

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D'Isaac Bashevis Singer :

 

"Rien ne prouve que l'homme soit plus important qu'un papillon ou qu'une vache."

 

Ô combien vrai ! Mais quelle conclusion en tirer : qu'il faille traiter vaches et papillons avec le même respect et la même dignité que des hommes, ou qu'il faille traiter les hommes comme nous traitons vaches et papillons ?

 

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De Winston Churchill :

 

"Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité,

un optimiste voit l'opportunité dans chaque difficulté."

 

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Souvent, on présente comme acte de naissance de l'humanisme, cet aphorisme attribué à Héraclite, repris, ainsi que deux autres, sur le fronton du temple d'Apollon à Delphes, puis encore repris par Socrate selon les dires de Platon (dans le dialogue "Charmide") : "Connais-toi toi-même".

D'abord, Héraclite n'a pas dit cela, mais bien :  "Avoir recherché soi-même et apprendre tout de soi-même" et "Se connaître et être sain d'esprit est propre à tous les hommes".

Ensuite, l'aphorisme complet dit : "Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux" ; ce qui est sensiblement différent car il invite à l'ascèse de la voie intérieure pour atteindre la gnose.

Enfin, plutôt que celui de l'humanisme, ce serait plutôt l'acte de naissance des philosophies du sujet tel que repris, plus tard, par le stupide : "Je pense donc je suis", de Descartes.

Ce "moi" n'est pas à connaître ; il n'y a là rien à connaître, puisqu'il n'y a rien. Il n'y a aucun "je", aucun "moi", aucun "ego" : ce ne sont que pures illusions orgueilleuses et vaniteuses. Ce que l'on appelle "je" n'est que la bouche vide d'un petit masque local, appelé à juste titre "personne", par où sonne la Matière, la Vie et l'Esprit. Ce que l'on appelle "je" n'est qu'un processus local d'émanation et de manifestation du Réel. Ce que l'on appelle "je" n'est qu'une interface entre le Réel global et le Réel local.

Il convient de remplacer, radicalement, les "Connais-toi toi-même" par un "oublie-toi toi-même".

 

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Le problème crucial de notre époque est celui du Sacré (le chemin qui mène au Divin).

La modernité fut, cinq siècles durant, une vaste entreprise de désacralisation. Ce fut salutaire tant la sacralité, durant le second moyen-âge, celui de la féodalité, s'était confondue avec le mythe de la sainteté et avec des montagnes de superstitions et de bondieuseries infantiles,

Mais la modernité a remplacé le Sacré par des idoles, tant religieuses qu'idéologiques. Et les idoles n'ont rien de sacré. Elles ne sont que des phantasmes.

Il nous faut, aujourd'hui, restaurer un Sacré authentique, profond, vivant. Et pour cela, il nous faut avoir une idée claire de ce qu'est le Sacré : est sacré tout ce qui permet à l'homme de se hisser plus haut que lui-même, de couper le cordon ombilical avec son propre nombril ; est sacré tout ce qui exalte, magnifie, promeut la Matière, la Vie et l'Esprit, bien au-delà de l'humain.

La profan(is)ation commence lorsque l'humain veut mettre la Matière, la Vie et l'Esprit à son service (ce fut l'œuvre de la modernité).

La (re)sacralisation commencera lorsque l'humain consentira à se (re)mettre au service de la Matière, de la Vie et de l'Esprit (c'est sa seule justification, c'est sa seule vocation).

L'humanisation est le radical opposé de la sacralisation.

L'humanisation désacralise.

Tout le déglinguage a commencé, en fait, avec la montée du christianisme qui a humanisé la divinité (le dogme de l'incarnation). Dieu n'avait aucun besoin de "descendre sur Terre et dans l'homme" : Il y était déjà, et depuis toujours, car Il est et la Terre, et l'homme, et tout ce qui existe.

Est Sacré tout ce qui permet à l'homme de retrouver le Divin en tout et de se dédier totalement à ce Divin, seul Réel.

 

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De Confucius :

 

"On a deux vies et la deuxième commence

quand on se rend compte qu'on n'en a qu'une""

 

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De Louis Aragon (ce salaud d'indécrottable stalinien) :

 

"Ce serait vivre pour bien peu

S'il fallait que pour soi l'on vive."

 

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Quand je lis, ce n'est pas pour connaître la pensée de l'auteur, mais bien pour me construire en m'inspirant.

Quand j'écris, ce n'est pas pour exprimer ce que je pense, mais bien pour découvrir ce qui se pense en moi.

 

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Dans la dualité aporétique de Kant, déchirée entre sujet et objet, la liberté personnelle s'était réfugiée du côté du sujet (de Descartes à Sartre en passant par Fichte) et la détermination mécaniste du côté de l'objet. Quoique cette bipolarité, dernier remugle de l'idéalisme platonicien, soit aujourd'hui complètement dépassée au profit d'une bipolarité processuelle et impersonnelle entre projet et trajet, la liberté du sujet, dernier rempart, à la fois, de l'existentialisme, de l'humanisme et du phénoménologisme, s'effondre dès lors que ce "sujet" découvre, au fond de lui, des déterminations subconscientes ou inconscientes qui minent sa seule raison d'être : fabriquer un "moi" libre.

L'inexistence d'un tel "moi libre" n'a rien de tragique (cfr. le "sens tragique de la vie" de mon ami Edgar Morin). Tout au contraire : elle libère totalement. Se libérer (se débarrasser) du "moi" encombrant, exprime la libération par excellence.

Une fois éliminé le mur factice entre le Réel d'en-dessous et le Réel d'au-dessus, le Réel s'unifie pour s'ouvrir à la plus grande - et la seule - immense aventure créative possible : l'accomplissement du Réel pris comme un Tout-Un.

Le problème, alors, se transforme en la construction des modalités de participation (au sens de Louis Lavelle) au Réel, tellement au-delà de tout ego, de tout sujet, de tout "être".

 

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La grande et insidieuse perversité de notre époque concentre ses empoisonnements dans un obsessionnel et délirant rejet de l'histoire réelle et de la mémoire civilisationnelle.

Derrière cette perversité, s'en cache une autre : le rejet de la réalité occidentale avec ses triomphes et ses défaites, avec ses gloires et ses abjections. L'histoire est ce qu'elle est et aucun vivant actuel n'a à en porter la culpabilité.

Il y a là comme une rejet des racines ; comme si un arbre pouvait pousser sans ses racines.

La victimologie ambiante a vite fait de réinterpréter tous les épisodes de cette histoire de vie et de construction, dans les termes du méchant oppresseur face à la misérable victime.

Le saccage de la mémoire ne rend pas meilleur ; il rend amnésique c'est-à-dire prêt à refaire les mêmes barbaries, en pire.

 

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Le grand procès actuel est celui du colonialisme et de l'esclavagisme qui l'a, parfois, accompagné un temps, au début.

Le bilan du colonialisme est négatif. C'est entendu.

La "mission civilisatrice" a été un échec total et a provoqué des désastres culturels et sociologiques. L'occident fut orgueilleux et en fut bien puni car le colonialisme lui a coûté beaucoup plus qu'il ne lui a rapporté … et le bilan global en est une pure perte puisque les infrastructures utiles qui ont été laissées là-bas, ont été abandonnées, dès l'accès à l'indépendance, et sont aujourd'hui devenues des ruines.

Cependant, d'un point de vue humanitaire, les peuples colonisés, surtout en Afrique, ont bénéficié de tous les progrès en matière de santé (ce qui a pour effet terriblement négatif d'avoir enclenché une démographie exponentielle, létale pour le monde).

Mais les "victimes" de l'immigration africaine (musulmane ou noire) en occident ne l'entendent pas de cette oreille : le colonialisme, à les entendre, les a brisé personnellement, eux qui sont nés bien après les indépendances nationales et dont les parents ou grands-parents furent trop contents de trouver du travail chez "l'infâme colonisateur" alors que se mettaient en place l'incurie et la corruption postcoloniales chez eux. Non ! Selon ces pitres, le colonialisme ne fut que le pur produit d'un racisme "blanc" intrinsèque, consubstantiel, quasi génétique ou atavique.

L'évangélisation chrétienne relève effectivement de ce sentiment abject des missionnaires, de la supériorité radicale du christianisme dogmatique sur les animismes locaux. Mais il n'y a avait là aucune forme de racisme. Au contraire. Il s'agissait, chez ces calotins, de commisération fraternelle et de dévouement charitable.

Il ne s'agit pas d'excuser quoique ce soit et surtout pas les exactions qui, toujours, accompagnent et vicient les grands mouvements de l'histoire. Il s'agit de n'en éprouver aucune culpabilité rétrospective et de reprendre le monde là où il est, tel qu'il est, sans procès rétroactifs.

 

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L'Art (avec une majuscule comme le souhaitent les thuriféraires des "artistes" qui méprisent les "artisans") est le domaine de prédilection des philosophies du sujet, du subjectivisme donc, de l'apologie de l'égo que l'on dit créateur ou créatif, maître absolu et incontestable de toutes ses élucubrations. Sujet d'idolâtrie pour tous les gogos et snobs généralement incapables d'écrire une seule phrase ou de dessiner un Mickey.

Cet "Art"-là n'est qu'un délire d'orgueil et de vanité, une démiurgie fantasmagorique c'est-à-dire l'enflure d'un homme qui se prend pour un dieu.

Si l'Art ne se met pas au service de ce qui le dépasse (ce qui est le propre de l'Art sacré), il n'est que bibeloterie ou spectacle ou divertissement : rien !

 

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La langue allemande, dans sa précision, fait une différence cruciale entre la communauté "Gemeinschaft" et la société "Gesellschaft". Ces deux concepts sont antinomiques, foncièrement, puisque le premier requiert l'autonomie et le second entend la soumission.

La modernité a imposé la société (abstraite et jacobine) contre les communautés de vie (concrètes et girondines) : l'impitoyable 19ème siècle, au nom du progressisme, du socialisme et du républicanisme, a sciemment et violemment détruit toutes les communautés traditionnelles (et leurs us et coutumes, et leurs parlers, et leurs sacrés). Cette hécatombe a conduit au désert spirituel et culturel actuel. Lorsqu'on coupe les racines à tous les arbres d'une forêt, il ne reste plus que des tas de bois mort et une friche où poussent, avec délectation, les genêts et les ronces.

 

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L'idée de tradition doit être réinterrogée. Le modernisme et le progressisme ont voulu, à toutes fins, éradiquer toutes les traditions, des plus populaires aux plus aristocratiques. "Traditionnel" est devenu synonyme de "ringard, archaïque, obsolète, vieillot, …". Mais aujourd'hui, une nouvelle quête du "traditionnel" remonte à la surface face au désert effrayant qui résulte de la perpétuelle fuite en avant progressolâtre (nous descendons, mais continuons, bientôt nous remonterons). Cette remontée engendre, d'abord et naturellement, des pseudo-traditionalismes vulgaires et pauvres, populaciers et stériles : les populismes. Des nostalgies infécondes mais haineuses.

Ce n'est pas cela, la Tradition (avec majuscule pour la différencier des folklores populaires et des nostalgies d'un "bon vieux temps" qui n'a jamais existé).

La Tradition, c'est tout simplement la continuité entre racines et feuilles, fleurs et fruits. Tout ce qui existe, vient de quelque part, résulte de quelque chose et va vers quelque chose ; toute Tradition n'est que mémoire d'une Vocation, d'une façon particulière de servir le Tout qui nous dépasse ; tout est processus et tout processus est continu, malgré les bifurcations, parfois colossales et abruptes, malgré les greffes plus ou moins compatibles, malgré les accidents de la vie et les orages du ciel.

La Tradition, c'est la mémoire continue d'une raison d'exister fondatrice. Mais la Tradition, c'est aussi la mémoire d'une certaine manière spécifique et particulière de servir cette Vocation, d'un "style" que l'on appelle des "valeurs", d'une élégance, d'une noblesse, d'une authenticité, d'une simplicité et d'un sens du sacré à nul autre pareil.

C'est cela le terreau de toute Tradition authentique : une identité pérenne qui sait d'où elle vient et pour-quoi elle est là.

 

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Est beau, ce qui plaît. Mais ce qui plaît (me plaît) est-il "le" beau ?

Subjectivisme primaire et vulgaire …

Puisqu'esthétique est sensibilité (c'est le sens du mot grec aïsthêsis) qui, au niveau le plus bas, ne connaît que plaisir et souffrance, le "beau" devient l'expression primaire et vulgaire du plaisir esthétique.

Le "beau" n'est donc pas un attribut "noble" recevable. La "beauté" ne veut rien dire de plus que le plaisir sensuel apporté (cela est vrai, aussi, dans le rapport amoureux entre un homme et une femme).

Il faut donc, pour sortir de l'ornière ordurière passer à l'idée du sublime qui, par essence, interpelle l'extase venue du tout au-delà de l'humain ; qui ne passe pas par les sens, mais par l'âme ; qui efface l'artiste qui n'a été, le temps d'une inspiration divine l, que le vecteur (le masque, la per-sona) d'un processus créatif qui le dépasse infiniment.

Plus précisément et plus généralement, l'idée du beau est liée à l'émotion : communément, est "beau" ce qui suscite une émotion positive, plus ou moins intense. Mais alors, comme je l'écris souvent, l'émotion étant l'échelon "zéro" de la sensibilité, son niveau reptilien, la beauté n'est vraiment pas grand' chose.

 

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De Luc Ferry du temps (1990) où il disait déjà des bêtises :

 

"Le statut tout à fait particulier de l'enseignement des sciences par rapport aux autres disciplines n'en est que plus remarquable : alors que l'éducation a en général adopté des principes e plus en plus 'libéraux', sous l'effet notamment de l'extraordinaire développement des 'méthodes actives' qui insistent (à juste titre) sur la nécessité d'une participation des élèves dans l'acquisition des connaissances, l'apprentissage des sciences reste le seul au cours duquel le relativisme des opinions personnelles ne peut être ni valorisé ni encouragé. Une large place est certes aménagée à l'activité des élèves, mais à titre purement pédagogique : qu'on le veuille ou non, la solution d'un problème de mathématique ou de physique n'est pas affaire d'opinion individuelle ou majoritaire, et le relativisme qui est de mise dans tous les autres domaines disparaît lorsqu'il s'agit des sciences pour la simple et bonne raison qu'elles représentent le dernier carré de notre rapport à l'objectivité.""

 

L'enseignement doit porter seulement sur ce qui n'est pas l'objet d'opinions "individuelles ou majoritaires". La connaissance n'est pas un sujet de débat, surtout entre "apprenants", c'est-à-dire entre ignorants. La pédagogie consiste à faire apprendre, tel quel, ce qui est su valablement, à un moment donné, c'est-à-dire ce qui est considéré, par les spécialistes, comme "l'état de l'art" dans un domaine, à ce moment-là. Cela ne se discute pas, ni par les enseignants, ni surtout par les enseignés.

Si des connaissances sont discutables et sujets d'opinion, ce ne sont pas des connaissances, mais des conjectures qui, surtout, ne doivent pas être enseignées (du moins en dessous du niveau d'un doctorat).

Avant de pouvoir avoir un avis, il faut maîtriser les savoirs qui étayent cet avis.

Il ne faut enseigner que l'indiscutable. Le reste viendra après.

 

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Le 13/11/2018

 

A propos de Yuval Noah Harari …

Les historiens font de mauvais prospectivistes comme les comptables d'entreprise (qui quantifie le passé) font de mauvais stratèges d'entreprise (qui structure le futur).

"Sapiens" est un livre remarquable.

"Homo Deus" ne voit que la dimension technologique : la révolution transhumaniste (qui est une foutaise : la nouvelle mythologie californienne), et perd de vue toutes les autres dimensions du futur.

Quant à "21 leçons pour le 21ème siècle", c'est une resucée pratique du précédent, avec les mêmes myopies.

Un historien est, par essence, obsédé de continuité (le temps linéaire) et refuse de regarder les ruptures paradigmatiques (le temps cyclique).

 

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L'art de la syntonie …

L'art de réussir à faire cohabiter, réellement ou virtuellement, activement et joyeusement, un groupe de personnes, pendant une période donnée, courte ou longue, en les fédérant au sein d'un projet commun, professionnel ou privé, sérieux ou ludique, corporel, émotionnel, intellectuel et/ou spirituel.

 

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Si je devais redéfinir les cinq ruptures que nous vivons, je dirais ceci :

 

  1. Rupture écologique : la loi de la pénurie générale.
  2. Rupture noétique : l'amplification des facultés humaines.
  3. Rupture sociologique : la vie en réseaux de communautés.
  4. Rupture économique : la valeur d'usage et d'utilité au-delà du prix.
  5. Rupture philosophique : la montée d'une spiritualité intériorisée.

 

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Il me paraît indispensable de bien réfléchir, dans le cadre de la nouvelle économie postindustrielle, à la différence entre la valeur d'utilité (ce à quoi la chose peut servir à quelqu'un) et la valeur d'usage (la manière dont il s'en sert réellement).

Ces deux valeurs sont très différentes dans bien des cas.

La valeur d'utilité mesure l'impact potentiel de la chose sur la vie de l'usager, quelle que soit la manière, plus ou moins efficace, dont celui-ci l'utilise.

La valeur d'usage mesure l'impact réel de la chose sur la vie de l'usager, en fonction de la manière dont celui-ci l'utilise (notamment du fait de son inexpérience, de son incompétence, de son ignorance, de son inhabileté, de ses handicaps, etc.).

Par exemple, un représentant de commerce se déplace beaucoup sur un territoire restreint qui est le sien ; dès lors, une automobile aura pour lui, une grande valeur d'utilité, bien plus grande que tous les autres moyens de transport puisqu'il économisera, grâce à elle, beaucoup de temps. Cependant, ce très jeune représentant de commerce n'a pas encore passé son permis de conduire et une automobile aura pour lui une valeur d'usage nulle ; il devra se déplacer en taxi, par exemple.

La première règle de base de la nouvelle économie dit qu'il ne faut acquérir la propriété ou l'accès à un produit ou à un service que si et seulement si ceux-ci offrent , à la fois, une grande valeur d'utilité ET une grande valeur d'usage.

Pour entrer dans la logique de la valeur (qu'elle soit d'utilité ou d'usage), il faut considérer deux facteurs :

  1. La somme, pendant toute leur durée de vie, des coûts réels d'utilisation du produit ou du service, c'est-à-dire la somme de toutes les dépenses qui devront être faites, pendant toute leur durée de vie pour qu'ils demeurent correctement utilisables.
  2. La somme, pendant toute leur durée de vie, des profits (qualitatifs et quantitatifs, objectifs et subjectifs) induits par l'utilisation du produit ou du service.

La seconde règle de base de la nouvelle économie dit que le rapport entre la valeur des profits et la valeurs des coûts doit être maximal.

 

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Le 14/11/2018

 

Je viens de prendre connaissance du document "Paris Call" ("L'Appel de Paris" de Europa Nova sur la cybersécurité).

Cet appel, comme souvent, défonce des portes ouvertes et énumère les gros dangers liés à l'usage de la Toile. C'est bien d'officialiser ces risques et ces déviances.

Je crains cependant que cela ne porte aucun effet.

Personne n'est vraiment propriétaire d'une information puisque celui qui la donne ou la vend, ne la perd pas ; il ne fait que la dupliquer.

Le risque est, aussi, de voir se mettre en place des "usines à gaz" bureaucratiques et somptuaires pour "protéger" les données, alors qu'elles sont quasi improtégeables.

Le recours systématique à la technologie de la Block Chain est une bonne parade pour les données et fichiers personnels, non diffusés. En revanche, dès que vous diffusez un information sur la Toile, par quelque canal que ce soit, elle vous a échappé et elle peut être captée, stockée, traitée, vendue et rediffusée.

Il en va de la Toile comme de la parole : dès que l'on dit quelque chose à quelqu'un, il est impossible de savoir ce que va devenir ce qui a été dit (rumeur, amplification, déformation, utilisation malveillante, …).

Il est impossible de demander à la Toile d'être plus "sûre" que le bouche-à-oreille.

La meilleure prévention, c'est l'abstention. Le minimalisme technologique s'impose ("Le silence est d'or, la parole est d'argent").

 

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De mon ami-complice POG :

 

"une analogie entre « exode citadin » et « exode numérique » que je voulais partager avec toi pour que tu la critiques

 

En 1945, 60% de la population était rurale et travaillait dans les champs. Aujourd’hui moins de 2% de notre population active est nécessaire pour nourrir les 98% restant. Les progrès techniques, l’automatisation, la mise en place des tracteurs et des moissonneuses, ont permis des gains de main d’œuvre phénoménaux. Il s’en est suivi un exode rural pour aller chercher à la ville ce qu’il n’y avait plus à la campagne, du travail : D’abord dans les usines puis désindustrialisation oblige, dans des emplois de services. Dans les deux cas, ces emplois étaient (et sont encore) des emplois sous qualifiés occupant les masses qui se sont donc entassées dans les villes et banlieues entrainant une baisse drastique de la qualité de vie citadine. En réaction, on assiste donc aujourd’hui à un « exode citadin » des élites fuyant comme la peste les paumés des villes avec, par ci par là, la reconstitution de 'hameau aristocratique'.

 

Par analogie, je crois qu’il va se passer exactement la même chose avec le numérique. Résumons :

 

Alors que 60% (voire plus) de la population entre 1945 et 2000 s’informait par un nombre limité de journaux avec une quantité limitée d’informations rédigées par des journalistes, le numérique a fait exploser les quantités d’informations disponibles et les sources émettrices. Il y a donc eu un immense exode de l’information vers le numérique avec bien entendu, comme chaque fois que la quantité explose, une baisse radicale de la qualité des sources et des échanges. En conséquence, je crois que nous allons vivre, pour les mêmes raisons que l’exode citadin, un 'exode numérique' des élites qui font se réfugier dans des 'hameaux numériques' sélectifs et électifs bien loin des réseaux sociaux de Monsieur et Madame tout le monde !

 

Qualitativement, l’avenir n’est donc ni en ville ni sur les réseaux sociaux mais dans des hameaux sélectifs et électifs de communautés de vie (aspect local) et de partage de connaissances (aspect global) et tout cela va se traduire dans les années à venir par un exode citadin et un exode numérique des 'créatifs culturels' ! "

 

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Le politique n'a pas à prendre quelque initiative économique que ce soit. Il y a des entrepreneurs pour cela. Le politique doit se limiter à construire et garantir les conditions favorables au développement économique.

L'interface entre politique et économique est précisément la mise au point l'expression des critères du "favorable".

 

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Qu'est-ce que l'élite ?

L'élite est cette petite minorité de gens qui, consciemment et volontairement, prennent des risques au service de ce qui les dépasse.

Il y a ainsi une élite politique (quasi disparue, aujourd'hui) qui risque son pouvoir.

Il y a ainsi une élite économique qui risque sa fortune.

Il y a ainsi une élite noétique qui risque sa crédibilité.

Il est donc clair que ces élites n'appartiennent pas aux institutions (politiques, économiques ou noétiques) où la règle de base est de ne surtout prendre aucun risque. Or, dans le langage courant - surtout chez les populistes -, lorsqu'on stigmatise les "élites", on ne parle en fait que des autorités institutionnelles qui sont tout le contraire des vraies élites : ce sont des apparatchiks planqués et frileux.

 

 

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De Victor Hugo :

 

"Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne (…) Un jour viendra où l'on montrera un canon dans les musées comme on y montre aujourd'hui un instrument de torture, en s'étonnant que cela ait pu être."

 

Cette définition hugolienne de l'Europe est, plus que jamais, d'actualité !

 

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Depuis le mitan du 19ème siècle sévit une grande guerre mondiale qui n'a jamais cessé, mais dont les armes ont été de natures très différentes.

De 1792 à 1870 : la guerre sociale-révolutionnaire.

De 1870 à 1945 : les guerres des nationalismes.

De 1917 à 1989 : la guerre des idéologies.

De 1965 à hier matin : la guerre des normes techniques.

De 1985 à demain matin : la guerre des spéculations financières.

De 1995 à aujourd'hui : la guerre des monnaies.

Depuis 2001 : la guerre des ressources matérielles et immatérielles.

Depuis 2008 : la guerre des données et des algorithmes.

Il faut que cesse l'angélisme pacifiste : nous sommes en guerre !

Et notre premier ennemi, au-delà de nous-mêmes, Européens déseuropéanisés, ce sont les Etats-Unis et les Frères musulmans. La Russie et la Chine viennent bien après et deviendront nos meilleurs amis. Quant aux autres continents, ils ne comptent pas : il faudra juste y juguler drastiquement la démographie.

 

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La structure politico-idéologique d'une époque est toujours ternaire. En gros : soit ne rien changer (le mythe inertiel de la continuité tranquille), soit revenir en arrière (le mythe idéaliste de l'âge d'or perdu), soit construire du nouveau (le mythe irréaliste du progrès illimité).

La pression sur le système politico-idéologique vient de la conjoncture extérieure, mélange d'économie, d'écologie, d'anthropologie et de sociologie.

Longtemps, depuis le milieu du 19ème siècle, en Europe surtout, le ternaire politico-idéologique était devenu, respectivement : l'immobilisme bourgeois (sur le principe de la thésaurisation des patrimoines), l'idéalisme socialo-gauchiste (en quête du Jardin d'Eden par lequel la gauche prolonge la tradition chrétienne) et le réalisme libéral (la France, par tradition anti-libérale, a atrophié cruellement ce troisième pôle).

En gros, en France, on parlait caricaturalement de droite, de gauche et d'un centre pseudo-libéral pour jouer les "idiots utiles". Le problème central de ces sociétés était de construire une croissance permanente du PIB et de mettre au point les meilleurs systèmes de redistribution des gains, sujet de batailles idéologiques entre les trois pôles du ternaire.

Le problème, aujourd'hui, n'est plus du tout celui-là : il n'y aura plus de croissance matérielle, le gâteau matérielle collectif va se rétrécir drastiquement et le problème n'est plus le partage (avec qui ? les migrants issus des démographies délirantes, devenant légions).

Poser convenablement le problème de notre époque pourrai servir à définir le nouveau ternaire politico-idéologique de demain.

Le problème d'aujourd'hui est celui de la pérennité du genre humain sur Terre. Si l'on ne fait rien de profond et de radical, le système humain étant au bord de l'effondrement, il est probable que dans deux siècles il ne restera plus guère d'humains vivants sur cette planète.

Face à ce problème nouveau, trois attitude sont possibles

 

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Le modèle économique moderne repose sur trois piliers : la quantité, le prix et le choix (l'offre).

Dans le modèle postindustriel, ce ternaire est remplacer par celui-ci : la qualité, la valeur, le minimalisme.

 

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Tout outil interne peut devenir un produit externe.

 

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Le 15/11/2018

 

Il y a souvent mécompréhension du concept de Surhumain (et non de surhomme ; laissons ce terme pour les super-héros des BD américaines).

Le Surhumain nietzschéen, c'est ce qui dépasse l'humain DANS l'homme. Il affirme un antihumanisme radical : l'homme n'est pas la mesure de toute chose, et l'homme ne prend sens et valeur qu'au service de ce qui le dépasse (en l'occurrence : la Vie et l'Esprit). Il s'agit d'une quête chevaleresque réservée à une aristocratie (au sens étymologique).

Ce Surhumain est radicalement antichrétien pour la raison simple que, dans le christianisme, le Christ descend , pour la sauver (mais de quoi ?), depuis la divinité jusqu'à l'humanité (et spécialement vers les faibles, les "victimes, ceux qui ne peuvent pas - la minorité - ou ne veulent pas - la majorité - s'assumer eux-mêmes en pleine autonomie et qui attendent tout de l'extérieur : de la Nature, des autres et/ou de Dieu ; ceux que Nietzsche appelle les "esclaves" ou les "parasites") ; alors que Nietzsche (l'Antéchrist comme il signa parfois à la fin de sa vie psychique) veut que l'homme se hisse vers ce qui le dépasse par sa seule volonté (la Volonté de Puissance et non de "pouvoir"), sans quelque hypothétique "grâce divine" que ce soit.

Il ne s'agit pas de "recevoir" le Divin, mais de le faire émerger.

 

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Être prêt pour les guerres qui arrivent :

  • La guerre des ressources,
  • La guerre des intelligences,
  • La guerre des continents.

 

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Le 17/11/2018

 

Le mot "camarade" est très beau, mais a été, si malheureusement, phagocyté par les socialo-gauchistes. A l'origine étymologique, il y a l'italien câmara : la "chambrée". Un camarade est, d'abord et avant tout, un compagnon d'armes qui partage la même chambrée militaire. D'où la tradition polytechnicienne de parler des "camarades de promotion".

Les camarades partagent une vie de promiscuité (avec tout ce que cela implique de manque de quant-à-soi, d'intimité non désirée, de solitude nécessaire mais impossible, etc …).

Ils sont "forcés" de vivre ensemble parce qu'ils sont tous parties prenantes d'un même projet, d'une même logique, d'un même processus, que celui-ci soit lié à l'activité militaire ou à l'étude en pensionnat (j'ai largement connu les deux pendant de longues années).

Il est, je crois, utile de méditer sur les différences fondamentales qui existent entre l'ami (qui partage la même complicité), le compagnon ou copain (qui partage le même pain), le camarade (qui partage la même chambrée) et le frère (qui partage la même mère et le même père).

La Fraternité est tout autre chose que l'amitié, que la camaraderie et/ou que le copinage.

 

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De Jean Giono (in : "Les vraies richesses" - 1937) :

 

"C'est pareil pour vous et pour tous. Nous sommes des éléments cosmiques."

 

ou encore, contre la haine et la mortification chrétiennes de la "chair" :

 

"Je crois plus honnête de rechercher la joie totale, en tenant compte de ce corps, puisque nous l'avons, puisque nous l'avons, puisque c'est lui qui supporte notre vie, depuis notre naissance jusqu'à notre mort."

 

 et aussi :

 

"Et je peux affirmer, contrairement à ce qu'on a dit, que la matière ne désespère pas. Elle me promet rien, elle affirme."

 

ou ceci :

 

"Les hommes ont créé une planète nouvelle : la planète de la misère et du malheur des corps. Ils ont déserté la terre. Ils ne veulent plus ni fruits, ni blé, ni liberté, ni joie. Ils ne veulent plus que ce qu'ils inventent et fabriquent eux-mêmes. Ils ont des morceaux de papier qu'ils appellent argent. (…) à choisir entre les morceaux de papier et le vin, ils choisissent les morceaux de papier."

 

 

 

 

 

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Il n'y rien de plus juste et de plus équitable que la mort. La mort rend la Vie et sa perpétuation possibles. Le Vie a besoin de la mort. Il faut que les individus passent pour que le processus évolue et s'accomplisse. Les individus ne comptent pas. Ni les sociétés. Ni les civilisations. Seule la Vie (et l'Esprit), comme flux global, importe. La Vie engendre la Vie en dévorant ses morts. La Vie nettoie la Vie en éliminant ses morts.

C'est l'ego qui est le plus grand ennemi de la Vie ; il voudrait son immortalité égocentrique et égoïste ; il voudrait prendre la place de ceux qui viennent. Il voudrait s'attarder, alors qu'il a si peu à apporter, à contribuer, à accomplir.

Il voudrait que la Vie ne passe pas et meure, pour que lui, l'insignifiance même, demeure.

 

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Il faut faire la guerre au "travail", non pour que la paresse ou l'oisiveté - ces tumeurs malignes de l'esprit - l'emportent, mais pour que la joie d'un vrai métier,  parfaitement mené, triomphe.

Il ne s'agit pas de "travailler", mais de construire, de réaliser sa propre œuvre, sa propre cathédrale, aussi minuscule et discrète soit-elle. Ceux-là ne travaillent que pour leurs chèques de fin de mois. C'est dérisoire, médiocre, vulgaire. L'argent ne doit jamais être un but … alors il deviendra une conséquence naturelle.

Mes frères en labeur construisent le monde de la Vie et de l'Esprit, non celui des animaux humains, ces parasites et barbares qui saccagent et pillent !

 

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Le sort, le hasard, la fatalité n'ont de prise que sur les esprits et les âmes sans vitalité, sans volonté, que sur ceux qui n'ont ni le courage de l'autonomie, ni la force de la responsabilité d'eux-mêmes.

 

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Au lexique de l'anti-humanité, il y avait déjà les crétins, les barbares et les parasites … il faut encore y ajouter les larves.

 

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Le 18/11/2018

 

L'âme qui nous anime … Regard philosophique.

 

Ce pauvre petit mot de trois lettres, avec accent circonflexe, a été mis à toutes les sauces. Y compris les pires : âme damnée, âme errante, …

Pourtant, son étymologie est toute simple (en apparence) … Le mot "âme" dérive du latin anima qui … ne veut pas dire "âme", au premier chef, mais bien : "air, souffle, vent, exhalaison", puis, sur un nouveau plan : "principe de vie, vie, âme". L'anima, c'est le "souffle de vie". Ne possède une "âme de vie" que ce qui respire, donc les animaux (même étymologie). Les plantes ne sont pas censées posséder une âme.

Le grec avait précédé : l'âme, c'est la psyché; le souffle, aussi. Le sanskrit va dans le même sens avec âtmâ.

Avec l'hébreu, tout se complique car il y a là trois âmes :

  • la Roua'h qui est le "souffle cosmique et divin" qui entraîne la totalité du Réel sur les chemins de son accomplissement,
  • la Néphèsh qui est le "souffle de Vie" partagé par tous les animaux qui respirent (comme en latin ou grec),
  • la Nishamah qui est le souffle personnel et qui naît et meurt avec le corps (alors que la Roua'h et la Néphèsh sont immortelles). Il faut ici rappeler que le Lévitisme (l'orthodoxie juive qui a dominé entre le retour d'exil de Babylone en -538 et la disparition des sadducéens après 70, suite à la destruction de Jérusalem par les légions romaines) a compilé et écrit le Tanakh (la Torah, les Prophètes et les Hagiographes - soit toute la Bible hébraïque) et ne croyait absolument pas ni à l'immortalité de l'âme individuelle, ni à une vie après la mort, ni à quelque jugement divin que ce soit, ni au Paradis ou à l'Enfer. Ces notions ont envahi marginalement le judaïsme récent au travers des pharisiens (le rabbinisme et le talmudisme) qui les ont reçues des Grecs, eux-mêmes héritiers des Egyptiens.

 

Depuis Pythagore et Platon, l'occident s'est déchiré entre deux doctrines : celle du monisme pour lequel le corps matériel et l'âme immatérielle sont deux manifestations complémentaires locales et éphémères de la Vie globale et éternelle (ainsi pour Héraclite, Aristote, Zénon, Spinoza, Lavelle, Bergson, … et la plupart des traditions asiatiques) et celle du dualisme qui, à la suite des doctrines idéalistes (dont le christianisme, puis l'islam, ont fait leur fondement) distingue la nature matérielle du corps et la nature immatérielle de l'âme qui appartiennent à des mondes d'essences différentes.

 

Pour la vision moniste, âme et corps sont en fait deux aspects complémentaires d'une seule et même entité : la personne. Ils naissent en même temps et ils meurent en même temps : l'immortalité de l'âme personnelle et la vie après la mort n'ont, là, aucun sens. Cela n'empêche nullement la Matière cosmique, la Vie cosmique et l'Esprit cosmique d'être, eux, totalement éternels et immortels, d'être sacralisés, voire divinisés (c'est le panthéisme ou le panenthéisme).

Selon cette vision, il ne peut exister d'individualisme ontologique : tout ce qui existe - l'humain compris - n'est qu'une manifestation locale et éphémère d'un Réel-Un vivant et global, holistique. La personne ou l'individu ne sont que des apparences qui révèlent l'existence d'un Réel sous-jacent, unique, omniprésent et éternel, manifesté dans les myriades d'avatars.

 

Pour la vision dualiste qui est au fondement de la tradition européenne, à la naissance, ou à la fécondation, ou quelque part entre ces deux moments, l'âme qui vient du monde céleste, divin ou idéal s'incarne dans le corps qui, lui, appartient à l'univers terrestre, mondain et matériel. Symétriquement, au moment de la mort, l'âme réputée immortelle (puisqu'appartenant au monde idéal et céleste où les moindres imperfections ou finitudes ne sauraient être tolérées) se sépare du corps mort pour rejoindre son monde à elle, après les épreuves et les souffrances de l'ici-bas. On nage ici en plein individualisme : l'âme est personnelle, individuelle et éternelle.

 

Là encore, la tradition occidentale se déchire entre sotériologie et eschatologie. Qu'est-ce à dire ?

On parle de "sauver son âme" c'est-à-dire de lui permettre, à l'issue de l'existence, de retourner dans le monde céleste afin d'y jouir d'une béatitude bien méritée. La sotériologie, l'étude théologique du "Salut", examine les conditions de ce retour de l'âme au monde de l'immortalité et de la parfaite béatitude. Il y est question de mérites moraux ou de grâces divines, il y est question de "pesée des âmes" ou de jugement divin, il y est question de Paradis ou d'Enfer (voire de Purgatoire, chez les catholiques) selon la pureté et la sainteté de la vie menée ici-bas.

L'eschatologie est l'étude théologique des fins dernières, de la fin des temps, du jugement dernier et de la résurrection des morts. Le "salut de 'âme" n'est alors pas immédiat, à la mort, mais différé en attente de l'établissement définitif du Royaume divin dans l'univers mondain où les personnes qui le méritent, ressusciteront en corps et retrouveront leur âme pour une vie éternelle.

On comprend que sotériologie immédiate (le salut de l'âme seule au moment de la mort, le corps étant abandonné) et eschatologie différée (le salut de l'âme dans le corps ressuscité prenant effet à la fins des temps) soient difficilement compatibles ; et pourtant, le christianisme en général et le catholicisme en particulier n'ont jamais tranché.

 

Mais, hors de l'histoire du salut, il est bien d'autres manières de parler de l'âme. Par exemple, une manière plus intimiste qui consiste à regarder l'âme comme une des facettes du psychisme. L'esprit humain fonctionne sur la base de cinq piliers : la Mémoire qui encapsule le passé, la Volonté qui vise le futur et, dans le présent, la Sensibilité qui relie aux mondes intérieurs et extérieurs, l'Intelligence qui intègre tous les noèmes selon de bonnes règles de cohérence, de pertinence, de résilience et d'efficience, et la Conscience qui est le lieu de l'affrontement des quatre autres piliers de l'esprit qui, si souvent, sont en contradiction les uns avec les autres (pour plus de détails, se reporter à mon livre : "Les autres dimensions de l'Esprit" paru chez Oxus en 2018).

On comprend assez vite que, l'âme étant "ce qui anime" la personne, elle doit être assimilée à la Volonté c'est-à-dire à ce qui répond à la question du "pour quoi ?". L'âme véhicule alors la vocation de chacun, sa profonde raison d'être.

La boucle se boucle : les diverses traditions disent au fond la même chose, immortalité mise à part.

 

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Regarde les Cieux.

Regarde les Dieux.

Et vois la Lumière

Au cœur de la Pierre.

 

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Le 19/11/2018

 

Les "gilets jaunes" …

Le peuple ne vise qu'une seule chose : panem et circenses.

Les "gilets jaunes" ne sont qu'un petit urticaire ridicule de "mécontents" excités par le FN et la FI contre Macron, et conspuant le retour (enfin) à un début de libéralisme dans le dernier pays communiste du monde. Le prix du pétrole est condamné à exploser dans les dix ans qui viennent, et l'on ne parlera pas de quelques centimes, mais de doublement et de triplement. La fête est finie : retour aux réalités … Cela fait bien trop longtemps qu'en France, on fait croire  (par tactique démagogique et électoraliste) que la population, en général, et les pauvres, en particulier,  pourront continuer à vivre au-dessus de leurs (nos) moyens.

Il est temps de siffler la fin de la récréation et de mettre le FN et la FI au piquet, pour un long, un très long moment, en compagnie du PS et du PC.

Ni la croissance, ni les "trente glorieuses", ni l’État-providence ne reviendront. Ces temps-là sont définitivement révolus. Les choses, les services et les idées doivent reprendre leur juste prix et leur juste place.

Et cessons de mettre dans le même sac des mouvements et tendances (Trump, Poutine, Daesh, Brexit, Italie, Orban, ...) qui n'ont en commun que le simple fait que le monde d'avant est irréversiblement révolu et que cela engendre des tonnes de nostalgiques qui tentent, chacun dans leur coin, de réinventer le "bon vieux temps" qui ne reviendra jamais.

 

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La Vie se vit. De l'intérieur.

Par participation (cfr. Louis Lavelle).

Tout ce que l'on dit, pourrait ou voudrait dire de la Vie, n'est pas la Vie.

Vivre, c'est faire converger la procession/perception intérieure de la Vie (l'âme personnelle) et la procession/perception extérieure de la Vie (l'âme universelle).

Le pont entre ces deux modalités de la procession/perception est, sans doute, l'expérience fondatrice de la Présence ou, mieux, d'être présent à la Présence.

Cette prise de conscience de la totale participation de soi à cette Vie-Esprit qui dépasse et englobe tout, provoque un sentiment d'angoisse chez les égotiques (comme Descartes ou Sartre), et un immense sentiment de joie chez les mystiques.

De là la possibilité de distinguer, catégoriquement, deux existentialismes mutuellement incompatibles : l'existentialisme égocentré (Descartes, Kierkegaard, Sartre, Heidegger, etc …) et l'existentialisme cosmocentré (Schelling, Nietzsche, Bergson, Teilhard de Chardin, Mounier, Lavelle, Marcel, …).

La liberté contre … et la liberté dans …

 

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Le 20/11/2018

 

C'est un curieux et paradoxal constat, mais il est universel et récurrent : les villes virent à gauche et les campagnes à droite.

 

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Trump bénéficie d'un large consensus américain sur trois points : protectionnisme, nationalisme et isolationnisme.

Conséquences : confrontation avec la Chine, désengagement d'Europe et du Moyen-Orient

L'année 2016 marquera donc la fin d'un cycles de 99 ans (3 fois 3 fois 11) initialisé en 1917 avec l'entrée en guerre des USA et la révolution bolchévique.

C'était le dernier cycle des 50 fois 11 ans que dura la modernité.

 

Et Nicolas Baverez d'en conclure, à très juste titre :

 

"Face à la nouvelle donne, la relance de l'intégration de l'Europe constitue le seul antidote efficace à son déclin économique comme aux menaces qui pèsent sur sa souveraineté et sa liberté."

 

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La notion d'identité (sexe, genre, race, religion, est de plus en plus revendiquée comme un choix personnel plutôt que comme un état imposé par la réalité intérieure ou extérieure.

 

Laetitia Strauch-Bonart écrit en ce sens :

 

"L'un des grands acquis de la modernité est bel et bien de pouvoir construire notre identité et de dépasser ainsi les contraintes naturelles et culturelles qui nous échoient. Pourtant, quand elle est exagérée, cette subjectivité identitaire pose problème."

 

Encore une fois, la modernité déforme totalement l'idée de liberté en la travestissant en pur caprice infantile.

 

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Au-delà de 35 ans, 70% des Européens d'Italie, de France, d'Espagne et d'Allemagne ont la nostalgie d'un "bon vieux temps" (cfr. enquête de la Fondation Bertelsmann).

 

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Le monde, surtout développé, est en train de commencer une nouvelle guerre, toujours civile et intérieure : celle contre la barbarie.

La barbarie, sous toutes ses formes (violence religieuse, maffieuse, idéologique, narcotique, informationnelle, etc …) gangrène, de plus en plus, les tissus urbains.

 

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L'immigration malvenue arrive bien moins d'Afrique noire, que des Balkans (Albanie, Bosnie, Roumanie, Bulgarie, …).

Le problème islamiste - bien réel, notamment par son antisémitisme agressif - n'est pas tant d'immigration que de prolifération intérieure et de radicalisation idéologico-religieuse.

 

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Le 22/11/2018

 

Il est essentiel de distinguer nettement et radicalement la colère d'indignation ( orguê en grec) qui est saine et la colère de ressentiment (thumos en grec) qui est maladive.

La colère des crétins est toujours de ressentiment, donc malsaine et pourrissante.

 

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Le peuple n'existe pas. C'est une abstraction que l'on brandit chaque fois qu'une minorité veut faire croire qu'elle est majoritaire.

 

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La démocratie dont le nom pourrait signifier "gouvernance par le peuple", est un leurre, puisque le peuple, cela n'existe pas ; la démocratie réelle n'est qu'une course à l'échalote, une course au pouvoir (et donc, aussi, au contre-pouvoir) menée par des minorités, des groupuscules, des factions, des sectes qui, tous et chacun, prétendent parler au nom de cette abstraction qui n'existe pas, mais qui, par les votes individuels d'une majorité de crétins qui n'y entendent goutte, adoubent une minorité plutôt qu'une autre, pour mieux les assujettir.

 

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La démocratie est un miroir aux alouettes. Une imposture. Un masque et un  déguisement qui travestissent la tyrannie d'une secte qui a réussi, temporairement, à mieux circonvenir les masses que les autres.

 

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Le 25/11/2019

 

Macron, Trump, Poutine, leurs ministres et services secrets, les idéologies économiques et politiques, les institutions, les "gilets jaunes", les syndicats, les grosses entreprises industrielles, etc … tout cela relève de l'ancien paradigme, de cette Modernité qui naquit à la Renaissance et qui meurt sous nos yeux. Il ne faut plus perdre son temps et son énergie à s'en préoccuper. Ce paradigme (fondé sur la matérialité, l'extériorité, le "progrès", l'Etat national, les "droits de l'homme", l'égalitarisme, le démocratisme - la démagogie, donc -, le solidarisme - les assistanats clientélistes -, …) est en voie d'effondrement (au sens systémique du terme). Il y a mieux à faire que de s'en tourmenter et de s'en lamenter. Ce paradigme est moribond et sous perfusion, objet d'un acharnement thérapeutique aussi onéreux (cfr. l'endettement pharaonique des Etats et l'absurde pression fiscale en résultant) que totalement inutile.

Il serait plus avisé de mettre toutes nos énergies physiques et mentales, dans le chantier de la construction du nouveau paradigme qui est déjà là, et se moque bien des institutions de pouvoir et des manifestations de contre-pouvoir.

 

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Aux sources de l'antisémitisme moderne, il y a surtout une détestation d'un certain affairisme financier et capitalistique qui, loin d'être une spécialité juive, appartient à des sphères modernistes oublieuses des fondements bibliques de la Vie et de l'Esprit.

L'antisémitisme de Marx (cet infâme Juif renégat), de Lénine et Staline, de Hitler, de Heidegger ou Sartre, et de tant d'autres (notamment des crapules islamistes d'aujourd'hui), vise plus la Banque des Rothschild que le Talmud des Rabbins.

C'est oublier un peu vite que c'est le christianisme qui a créé le banquier juif en interdisant aux Juifs de posséder du patrimoine foncier et aux chrétiens de pratiquer le prêt à intérêt ; l'usure - comme la pratique de la médecine - furent longtemps, pour les Juifs, des métiers de simple survie "en milieu hostile".

 

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Les vrais problématiques de fond, aujourd'hui : "donner du sens", "vivre et œuvrer au service de quoi ?",  "un spiritualité au-delà des religions", "ne plus sacrifier son intériorité dans le culte des idoles de l'extériorité", etc …

 

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Le "déluge", c'est maintenant …

L'arche de l'homme tranquille, c'est maintenant aussi …

 

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Les trois stratégies de l'homme dans son rapport bipolaire à la Nature : s'y soumettre, s'y intégrer, s'y opposer …

Mais une quatrième stratégie est possible : transcender cette bipolarité et reconnaître l'homme ET la Nature au service de ce qui les dépasse tous deux (la Vie-Esprit).

 

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Le Désir (fondement de l'Esprit) engendre le Mouvement (fondement de la Vie) qui engendre la Matière (pour s'y encapsuler) qui engendre la Vie (pour s'y transmettre) qui engendre l'Esprit (pour s'y sublimer).

La boucle se boucle.

De l'Esprit à l'Esprit …

 

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On ne comprend rien au fondement du Judaïsme, si l'on ne voit pas, dans la sortie de l'homme hors du jardin d'Eden, une séparation, une rupture (et non une "chute" et encore moins un "péché originel"), une libération (la première d'une longue série) voulues et provoquées par Dieu lui-même et menées avec l'aide symbolique du "serpent".

Cette déchirure d'avec l'unité absolue ne correspond nullement à l'instauration d'une dualité ontique (du type platonicien, reprise par le christianisme), mais au contraire, le point de départ d'une restauration, sur un plan supérieur, de l'unité absolue qui n'a jamais été rompue, d'ailleurs, au plan ontique, mais qui est questionnée au plan existentiel.

Ce questionnement est au centre profond de la méthode judaïque : la pensée de l'homme n'est qu'un reflet infime de l'ouvrage de l'Esprit divin.

Cette restauration de l'unité ontique et divine passe par l'idée centrale de l'Alliance (qui en fixe l'intention) et par la moyen de la Loi (qui en décrit le cheminement).

L'homme, dans sa finitude, a pris conscience de son altérité spirituelle par rapport à l'unité de la Vie (le jardin d'Eden) et cherche à établir l'unité de l'Esprit (l'Alliance restaurée).

Le Judaïsme, ainsi, se veut pont entre l'unité ancienne de la Vie et l'unité nouvelle de l'Esprit, au sein de l'unité absolue et permanente de Dieu.

 

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Franz Rosenzweig ("L'étoile de rédemption") est disciple de Schelling ("L'âme du monde") …

 

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Le 26/11/2018

 

Le classicisme français - en suite du rationalisme du 17ème siècle - avait identifié le Beau et le Vrai : le Beau n'est beau que parce qu'il exprime le Vrai de la raison ou de la morale, bref parce qu'il exprime la Géométrie, celle de la pensée ou celle des mœurs.

A l'inverse, au 18ème siècle, le sentimentalisme identifia le Beau à la délicatesse  de l'émotion : c'est Pascal et le cœur face à Descartes et la raison, c'est l'Italie renaissante face à la Grèce antique.

Un peu plus tard, l'empirisme, avec David Hume, réduit le Beau à ce qui plaît aux sens ; il n'y a plus là ni vérité de raison, ni délicatesse de sentiment ; il y a consensualité des corps sains.

L'esthétique baroque (Portugal, Espagne, Italie, puis Allemagne), loin du classicisme rationnel français, identifia le Beau à l'excessif, à l'asymétrique, à l'imparfait, à l'irrégulier, au sophistiqué et rejeta la simplicité (donc l'élégance), la trouvant trop nue, trop sèche, trop lisse.

Le romantisme, enfin, tente la synthèse entre l'intelligible (la beauté pour l'intelligence) et le sensible (la Beauté pour la sensibilité). Ce faisant, il ouvre trois chemins nouveaux : celui de la mémoire initiale (la Nature dans sa profondeur), celui de la conscience présente (la Vie dans son activité) et celui de la volonté finale (le Divin dans sa splendeur).

 

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En matière de culture, la modernité a adulé le "génie" de l'auteur au détriment de la "puissance" de l'œuvre. Philosophies du sujet obligent …

C'est l'auteur, bien plus que l'œuvre, qui est le "produit".

La qualité de l'œuvre, elle, ne se mesure plus qu'en termes de "succès" soit auprès du grand nombre, soit auprès d'une "élite"  snobinarde qui s'est autoproclamée "arbitre du bon goût".

L'essentiel n'est plus de produire une œuvre ; l'essentiel est de se faire un "nom".

 

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Il y a continuité épistémologique entre Guillaume d'Occam, Galilée et Leibniz : nihil est sine ratione : "rien n'est sans raison". Tout ce qui existe a une bonne raison d'exister. Cette pétition de principe exprime simplement que le Réel est parfaitement cohérent (ce qui ne signifie pas "univoque" puisque les chemins de cette cohérence sont parfois multiples).

 

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L'argument du bourreau …

A l'Amor fati nietzschéen, les kantiens opposent l'idée que l'amour du Réel impliquerait, "nécessairement", l'amour des bourreaux qui sévissent dans ce Réel.

L'argument est ridicule pour la simple raison que ces bourreaux sont les purs produits du refus du Réel par des humains dénaturés. Un bourreau est toujours le serviteur d'un Idéal contre-nature (des fabrications kantiennes, donc).

L'amour du Réel "tel qu'il est et tel qu'il va" passe essentiellement par le rejet radical de tous les idéaux, de toutes les idéologies, de tous ces phantasmes humains qui se posent contre le Réel, qui désirent, par la violence et la barbarie, changer" le Réel pour lui substituer leurs délires, par la force.

Pour user d'une métaphore : ce n'est pas parce que le cancer (dont les cellules sont vivantes) ronge la Vie, qu'il ne faut pas aimer la Vie telle quelle et combattre âprement tous les cancers (qui sont de la Vie dénaturée, devenue folle et malsaine).

Les cancers sont de l'anti-vie ancrée dans la Vie : aimer la Vie, c'est détruire les cancers.

Les bourreaux sont de l'anti-réel ancré dans le Réel : aimer le Réel, c'est détruire les bourreaux.

 

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La légitimité de la loi a été, historiquement, fondée sur trois sources différentes et successives : la puissance du Dieu, la puissance du Roi et la puissance du Peuple. En réalité, la "légitimité" de la loi n'a qu'une seule source : une caste que l'on a appelée, respectivement, des prêtres, des légistes ou des politiciens dont le pouvoir n'est jamais légitime, mais toujours extorqué au moyen de méthodes fort différentes (dont aucune n'exclut l'arbitraire des principes et décisions).

Aucune loi humaine n'est légitime. Seules prévalent les lois surhumaines de la Vie et de l'Esprit.

 

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Lu dans "Le Point" à propos des "gilets jaunes" :

 

" L'utopie d'un mouvement spontané sans organisation ou leader n'a pas duré."

 

Tellement évident !

Mais faux : les "gilets jaunes" sont un mouvement très bien préparé par des "forces de l'ombre" qui n'apparaissent pas à découvert, mais qui ne visent qu'une seule chose : profiter de la bêtise des masses pour déclencher des instabilités sociales et déstabiliser les pouvoirs en place.

Qui sont ces "forces de l'ombre" en France ? Ceux que la politique libérale de Macron gêne aux entournures ... et il y en a beaucoup (tous les partis traditionnels : PS, PC, LR, FI, RN, … et tous ceux qui ont lynché DSK ou Fillon) puisque la France est le pays le plus antilibéral de ce côté-ci du monde.

Ce fut très exactement le même phénomène lors du "printemps arabe" soigneusement préparé par les Frères musulmans et déclenché lors de la spectaculaire et très médiatique immolation d'un jeune Tunisien par le feu.

La spontanéité a peu à faire là-dedans ; les ingrédients sont connus, à savoir un plan de communication très élaboré sur base de "réseaux sociaux", la mise au point d'une tactique précise d'actions et l'attente d'un événement déclencheur qui puisse toucher les masses imbéciles au niveau reptilien (la mort, le manque, la souffrance, la misère, …).

 

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D' Hervé Sérieyx :

 

"La confiance est la relation à l’autre (personne, organisation, etc...) qui m’amène à penser que je le connais suffisamment pour accepter d’affronter avec lui un risque, un danger, une incertitude avec de bonnes chances d’en sortir gagnant.

Il y a là deux mouvements : la confiance calculée (compétence, réputation, fiabilité, etc...), et la confiance affective (générosité, bienveillance, empathie, etc...). La confiance est un pari sur l’autre."

 

L'idée de "confiance" n'a pas été suffisamment traitée par les philosophes ; elle est pourtant à la base de tous les comportements humains.

 

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L'histoire du christianisme s'étend sur un peu plus de deux mille ans et se divise en cinq périodes.

Première période (de 40 à 350) : la période pionnière, enclenchée par Paul de Tarse, qui convertit les laissés-pour-compte de la romanité.

Deuxième période (de 350 à 900) : la période théologique orthodoxe qui concerne la construction du Dieu chrétien contre les "hérésies" et les "déviances".

Troisième période (de 900 à 1450) : la période sotériologique catholique qui concerne la guerre du Salut chrétien contre les païens, le juifs et les musulmans.

Quatrième période (de 1450 à 1900) : la période philosophique protestante qui concerne l'édification d'une Morale chrétienne (mi puritaine, mi jésuite) dans la modernité.

Cinquième période (de 1900 à 2100) : l'effondrement théiste dans un monde devenant moniste et panthéiste.

 

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L'immense dilemme de notre époque est d'une simplicité hallucinante : il nous faut choisir entre l'Homme et la Vie.

La Vie construit tout. L'homme détruit tout.

L'homme est devenu un être presque totalement nocif, nuisible et délétère.

 

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Le 27/11/2018

 

Résilience esthétique : indifférence aux effets de mode, au-dessus des modes, des écoles, des doctrines humaines ("indémodable").

 

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Le 28/11/2018

 

L'homme moderne a cru Descartes sur parole et s'est donc promu au rang de "maître et possesseur" de la Nature, sans chercher à y comprendre grand' chose.

Mais depuis quand l'ignorance serait-elle un frein à l'orgueil ? Tout au contraire : moins on sait, plus on ose. N'est-ce pas le délicieux Michel Audiard qui faisait dire à l'un des "Tontons flingueurs" : "Les cons, ça ose tout, c'est d'ailleurs à ça qu'on les reconnaît".

 

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C'est le cœur de la philosophie occidentale que d'avoir hypertrophié le sujet au détriment du projet, d'avoir opté pour l'Être contre le Devenir.

 

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La pureté vise à maintenir chacun dans l'intégrité de son devenir idiosyncratique et phylétique, selon les quatre dimensions corporelle (santé), émotionnelle (ataraxie), intellectuelle (lucidité) et spirituelle (sacralité).

 

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Les trois piliers de l'hindouisme correspondent trait pour trait aux trois piliers de la cosmologie complexe.

Le dharma est la fondement et la règle (le logiciel cosmique). Le karma est le processus accumulatif (la mémoire cosmique). Le samsara est le cycle des existence (l'activité cosmique).

 

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Est divin ce qui appartient à Dieu ou aux dieux, c'est-à-dire ce qui appartient à l'Esprit cosmique, à la force de Vie et à l'élan créateur qui fait tout émerger de lui ; ce qui appartient à ce qui dépasse tout ce qui existe mais dont tout ce qui existe procède ; ce qui appartient au Logos ordonnateur et organisateur de tout ce qui existe.

 

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L'univers physique se construit, comme un Temple magnifique, pas à pas, sans plan préconçu, mais selon des règles soumises à une intention créatrice. Comme une œuvre d'art.

L'univers n'est pas un assemblage mécanique de briques élémentaires (des particules, des atomes, …) interagissant entre elles par des forces élémentaires (il y en a quatre) soumis à des lois élémentaires (celle de la gravitation, de l'électromagnétisme, etc …).

Car la question ultime demeure : d'où viendraient ces briques, forces et lois ? De quel(s) processus antérieur(s), sous-jacent(s) et mystérieux, seraient-elles les résultats ?

 

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L'univers est un arbre qui pousse et nous, les hommes, sommes chargé du passage de la fleur vivante au fruit pensant (comme l'algue bleue fut chargée, il y a quelques milliards d'années, du passage du bourgeon matériel à la fleur vivante) ; nous sommes chargés du passage de l'animalité à la surhumanité ; nous participons à la transformation d'un Tas en un Tout.

Et tout cela n'est possible que parce que le Réel se fonde sur une logique compréhensible : c'est là le postulat fondamental de toute la physique. L'univers (donc le Réel qu'il manifeste) est cohérent. Et cette cohérence est le fondement ultime de sa Beauté.

Sans cette cohérence, ni physique cosmologique, ni Beauté cosmique. La physique est le révélateur de la Beauté du Réel.

 

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Le Réel s'accomplit dans la durée au fil d'une évolution cosmique structurée, organisée autant que créative et inventive. Le Réel se construit. Comme un Temple, comme un arbre, comme une histoire, comme une civilisation : par accumulation. Car le temps ne passe pas ; il s'accumule, couche instantanée par couche instantanée. La vie, l'activité, la conscience, le mouvement, l'émergence appartiennent à la dernière couche du présent qui, comme le cambium qui entoure le bois accumulé dans saisons précédentes, entoure la mémoire cosmique d'une fine couche éphémère de construction universelle.

Comment la Beauté d'un Temple pourrait-elle se révéler si, d'instant en instant, tel la tapisserie de Pénélope, ce qui a déjà été construit, disparaissait ? Tout, dans le Réel, procède par accumulation mémorielle. Sans elle, point de Beauté possible, point de résilience possible, tout serait liquéfié en permanence. Il ne peut y avoir de Beauté sans Mémoire, sans résilience donc.

 

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Toute œuvre, même si elle est éphémère et dynamique, nécessite un support pour durer, ne serait-ce qu'un peu. Une œuvre qui ne dure pas, n'existe pas. Même la plus "liquide" des techniques de création (la musique, par exemple), tout évanescente dans son exécution, appelle un support mémoriel (une partition, par exemple).

L'univers du physicien est une telle œuvre évanescente où tout se crée et se recrée à chaque instant. Tout y est dynamique. Tout y est incessante activité. Et pourtant, l'univers demeure stable et cohérent, parce qu'il est résilient c'est-à-dire mémoriel, parce qu'il évolue non par mouvement, mais par accumulation.

 

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Tout ce qui existe, a une bonne raison d'exister : ainsi s'énonce le principe de raison suffisante de Leibniz. Puisque tout e qui existe a une bonne raison d'exister, la réalisation de cette "bonne raison" est le moteur de toute évolution, de toute transformations ; donc tout ce qui existe, évolue poussé par une "mission" ou une "intention" qui est de réaliser cette "bonne raison d'exister". J'écris bien "mission" ou "intention", et non pas ni "but", ni "finalité".

Il s'agit de bien plus que d'une simple nuance. Il s'agit d'affirmer un intentionnalisme (pour lequel tout est à inventer), tout en refusant tout finalisme (pour lequel tout serait déjà écrit).

Dans la création de toute œuvre, il y a un intention créatrice et des règles techniques ; mais l'œuvre ne saurait être avant que d'exister (l'existence précède l'essence). Le créateur, au fil de sa création, sans nécessairement changer ni d'inspiration, ni d'intention, sans déroger à ses règles techniques, va, tout au long du processus créatif, s'autoriser des chemins de traverse, des improvisation, des coups de génie …

L'œuvre à venir, n'est pas écrite … seulement inspirée.

 

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De Patrick Artus :

 

"Les Français protestent aujourd'hui contre la faible progression de leur pouvoir d'achat, contre la hausse de la pression fiscale, contre la disparition de 'l'ascenseur social' avec la fin de l'amélioration de la qualité des emplois. Malheureusement, les difficultés structurelles de l'économie française et la nécessité d'un certain nombre d'ajustements structurels vont conduire à une dégradation encore plus forte de la situation des Français : l'avenir n'est pas rose, il est fait pour eux de 'sang et de larmes'."

 

Il est peut-être temps que les Français, en général, et les "gilets jaunes", en particulier, prennent conscience que cela fait trente ans qu'ils vivent largement au-dessus de leurs moyens. On a fait croire au pauvres qu'ils pourraient vivre comme des riches. Maintenant la fête est finie. Le prix des ressources va exploser (pétrole en tête) et la finance spéculative va imploser (et les retraites et épargnes avec). Après les trente glorieuses et les trente piteuses, nous entrons dans les trente douloureuses ; et la politique, quelle qu'elle soit, n'y pourra rien changer. L'économique est globalisé et aucun État ne peut le maîtriser : seul un continent peut le faire. L'Europe fédérée ou la Mort, en somme !

 

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L'idéalisme en général et le kantisme en particulier se sont effondrés et tant pis pour son "curé" Luc Ferry qui prouve, dans son "Dictionnaire amoureux de la philosophie", combien il s'est petitement enfermé dans un modernisme et un post-modernisme que tout, absolument tout, falsifie - au sens de Popper. Ils s'effondrent dès lors que l'on comprend que la sensibilité, l'intelligence et la conscience ne fonctionnent pas que dans la représentation du Réel (la vieille et stupide dualité kantienne entre sujet et objet), mais aussi participent totalement de la vie du Réel.

L'esprit est le Réel autant que tout ce qui existe autour de lui et en lui.

Il n'y a qu'une seule Vie. Il n'y a qu'un seul Esprit. Et tout ce qui vit et pense, en participent pleinement (sauf Luc Ferry, peut-être, tant il pense mal).

Les élucubrations kantiennes sur "l'inconnaissabilité de la chose en soi" ou sur l'étanche séparation entre phénomène et noumène, ne reposent que sur un dualisme aussi artificiel que stérile (les philosophes romantiques, de Jacobi et Schelling à Hegel et Nietzsche, l'avaient bien compris).

Kant, Hume et Locke (les idoles de Luc Ferry), furent les vrais philosophes des Lumières (les pitres français n'ont fait que les plagier, souvent mal) ; il est grand temps de les éteindre définitivement.

 

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La métaphysique classique (héritée du platonisme et de sa déclinaison vulgaire, le christianisme) reposait sur trois piliers : le Monde, Dieu et l'Âme, c'est-à-dire l'univers de la perversion matérielle et terrestre, l'univers de la perfection spirituelle et céleste, et le pont entre eux.

Ces trois mots, aujourd'hui, doivent être reformulés en dehors des présupposés théologiques et dualistes. Je propose : l'Intériorité, l'Extériorité et l'Unité. Ou encore : le Soi, la Nature et l'Un. Ou enfin : l'Esprit, la Vie et le Réel.

 

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De Schelling, d'après Jacobi :

 

"Il n'y a pas d'autre philosophie que la philosophie de Spinoza."

 

Rectifions : il n'y a aucune philosophie sérieuse qui puisse exister sans valider et englober celle de Spinoza.

 

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De Jacobi, précurseur, sans doute, de Martin Buber :

 

"(…) car sans le toi, le moi est impossible."

 

La formule est exacte, à la condition expresse de la lire en miroir : il n'y a ni moi, ni toi. Il y a l'Un et rien d'autre. Les illusions d'un moi et d'un toi, se forgent réciproquement.

 

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Le problème essentiel de l'esprit de philosophie, c'est d'arriver à se hisser, par-dessus toutes les bipolarités existentielles, au niveau de l'unité essentielle.

Cette élévation n'est pas un aboutissement de la philosophie, mais son préalable. Sans elle, la philosophie patauge inlassablement dans des binarités et des dualismes qui stérilisent la pensée et engendrent des "partis philosophiques" sans intérêt : objet-sujet, raison-foi, intuition-sensation, représentation-révélation, bien-mal, beau-laid, bon-mauvais, sacré-profane, intériorité-extériorité, etc … En revanche, une fois l'esprit solidement installé au sommet de l'unité, ces dualités et binarités y deviennent des bipolarités existentielles (voire des multipolarités existentielles) extrêmement fertiles.

Autrement dit, malgré l'éradication de tous ces dualismes et de tous ces idéalismes (donc de toutes les "valeurs", de tous les "idéaux" et de toutes les "idoles"), le monisme est tout le contraire d'un nihilisme.

Nietzsche l'avait parfaitement compris lorsqu'il parlait de la "transmutation de toutes les valeurs".

 

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Je suis totalement incapable de sympathie (donc de "souffrir avec") envers le genre humain.

 

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Pour reprendre les catégories anciennes, il n'existe aucun "droit naturel" ; il n'existe que des "droits positifs" (ainsi les "droits de l'homme" n'ont rien ni d'absolu, ni d'universel, ni d'intemporel).

Toutes les lois ne sont qu'humaines, trop humaines. Il n'existe pas d'autre Loi divine que celle de la Nature, c'est-à-dire celle commune à la Matière, à la Vie et à l'Esprit cosmiques.

Dieu est "par-delà Bien et Mal".

Une fois cela bien compris, alors, et seulement alors, il est possible de construire une éthique qui dépasse toutes les morales et toutes les lois des humains. Cette éthique est celle de l'alignement strict de l'accomplissement personnel sur l'accomplissement cosmique.

 

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Il est utile de clarifier certaines notions comme ceci :

 

 

Idéalisation abstraite

Réalité concrète

Niveau élémentaire

INDIVIDU

PERSONNE

Niveau global

Société

COMMUNAUTE

 

Le discours politique, parce qu'il est devenu idéologique, ne parle que d'Individus et de Société (incarnée par cette autre abstraction absconse qu'est l'Etat-Nation) et a complètement évacué, voire éradiqué, la Personne et les Communautés.

Il est urgent de rectifier le tir.

Il faut éradiquer l'individualisme et le socialisme, et restaurer le personnalisme (E. Mounier) et le communalisme (P.-J. Proudhon).

 

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Dialectique hégélienne … (qui n'a rien à voir ni avec les sophismes kantiens, ni avec les fadaises marxiennes).

La germination détruit la graine pour faire émerger l'arbre qui a absorbé toutes les potentialités de la graine afin de les accomplir : première négation.

La fructification va consumer l'arbre pour faire émerger un bosquet qui va démultiplier et propager les potentialités initiales : seconde négation.

En somme : émergence, accomplissement, dépassement.

Ou encore : intériorité, extériorité, unité.

 

De Hegel :

 

"Das Wahre ist das Ganze"

[Le Vrai est le Tout.]

 

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Leibniz …

"Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?"

Pourquoi existe-t-il des étants plutôt que du néant ?

Pourquoi existence plutôt que néant ?

Pourquoi existence ?

Pour quoi existence ?

Pour quoi exister ?

 

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Heidegger …

Les quatre approches de l'existence, du "il y a" (Sein) indépendamment de "ce qu'il y a" (Dasein) :

  • Approche positiviste : "il y a" n'a aucun sens sans "ce qu'il y a" : il y a toujours quelque chose (cette approche est une fuite).
  • Approche théologique : "il y a" possède une cause qui lui est antérieure : "il y a" quelque chose parce que "il y avait" autre chose, avant (cette approche diffère la question, mais n'y répond pas : il y a "oubli de l'Être", selon les mots d'Heidegger). Dans cette même logique, la "technique" permet le refoulement de la question du "pour-quoi" au profit du seul "comment".
  • Approche sceptique : est-on sûr que "il y a" quoi que ce soit ? (cette approche est aussi un différé car "il y a" au moins ce qui pose le doute sur le "il y a")
  • Approche déconstructiviste : "il y a" est un mystère qu'il est inutile de sonder : il suffit de lâcher prise, de l'accepter et de l'assumer (la seule approche qui tienne, d'après Heidegger).

 

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Affirmer l'optimisme, c'est fonder le pessimisme qui s'y oppose. Ces deux postures me semblent infantiles. On ne peut être ni optimiste, ni pessimiste  face au Réel qui sera ce qu'il deviendra. Le problème est savoir ce que l'on veut et peut faire (sans développer quelque optimisme ou pessimisme que ce soit quant au résultat). On peut y croire (volontarisme) ou pas (défaitisme). Mais cette foi n'implique rien de plus que ceci : moins on y croit, plus on a de chances d'échouer et de donner raison aux pessimistes qui, eux, ne décident rien, ne font rien, donc ne risquent rien. L'avenir n'est écrit nulle part. Il se construit. La joie n'est pas au bout du chemin ; la joie est le chemin.

 

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La revendication des "droits de l'homme" a pris deux formes successives très différentes qu'il ne faut surtout jamais confondre.

Il y a d'abord eu la revendication concernant les droits de la personne : liberté de vivre, d'enfanter, d'épouser, de posséder, de penser, de s'exprimer, de circuler, de travailler, de voter, de contester, …

Il y a ensuite la revendication concernant les "droits" sociaux qui, toujours, imposent à la collectivité des devoirs envers ceux que l'on désigne comme "victimes" : droit du travail, droit à l'emploi, droit à l'éducation, droit à la satiété, droit au revenu, droit à la consommation, droit à l'habitat, droit aux soins médicaux, droit aux transports publics,  …

Ces deux catégories sont inconciliables, le première relevant du libéralisme, la seconde du socialisme.

Les premiers droits mentionnés sont des libertés personnelles inaliénables.

Les seconds sont des obligations collectives qui se revendiquent d'une "solidarité naturelle indiscutable" très discutable et qui bafouent le droit personnel à ne pas vouloir être solidaire et à refuser tous les parasitismes.

La charité ou la solidarité doivent être et rester une liberté personnelle, relevant de la sphère privée, et ne jamais devenir un obligation collective.

Le très délayant : "Aime ton prochain comme toi-même" des chrétiens est une déformation, une déviance et un détournement du très ciblant : "Aime ton ami comme toi-même" de la Bible hébraïque.

Je revendique comme un droit personnel inaliénable de pouvoir choisir mes amis, même lointains et non prochains … et de rejeter ceux qui ne le sont pas.

 

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D'Antoine Waechter, un des rares "vrais" écologistes français, trucidé politiquement et médiatiquement par la machination socialo-gauchiste :

 

"Quand la baignoire déborde, les imbéciles mettent des serpillières et des serviettes autour, les gens intelligents ferment le robinet."

 

Michel Serres, dans le même sens, dans son "Contrat naturel", insiste pour abolir la distinction entre sujet de droit et objet de droit. Tout ce qui existe, minéral, végétal, animal ou dégénéré humain est sujet de droit. L'humain n'a AUCUN droit particulier, AUCUN statut particulier dans l'univers ; tous les droits qu'il s'arroge, doivent, automatiquement, être octroyés à tout ce qui existe.

Les arriérés du genre Luc Ferry contestent cette position et l'accusent de relever d'une "écologie profonde" ; ils s'y opposent car il n'y aurait pas de problème démographique humain, il n'y aurait pas de pénurisation des ressources de base, il n'y aurait pas de destruction massive de la biosphère. Ces crétins s'y opposent, c'est donc qu'il y a urgence de prendre tout cela très au sérieux.

 

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Il; est clair que 90% des bullshit jobs se concentrent dans les bureaucraties surtout publiques et parfois privées.

Ce sont donc les bureaucraties, publiques et privées, qu'il faut combattre, torpiller, court-circuiter, plomber, empoisonner, etc …

 

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Nous ne vivons pas encore - malheureusement - la fin de l'intermédiation, mais son déplacement : Carrefour devient Amazon, Gîte de France devient AirBnB, l'auto-stop devient BlablaCar, Taxis bleus devient Uber … tous cela reste dans la même logique débile.

Le vrai défi de demain, c'est l'abolition de toute intermédiation entre l'utilité et l'usage.

 

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Le 29/11/2018

 

Europe … En grec : Eurus, "large, vaste" et Ôps, "visage, face" (dont le pluriel ôpès signifie les "yeux"). Europa : celle qui a les yeux larges, celle qui a le regard vaste …

Si cela pouvait être vrai.

 

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L'existentialisme affirme la prééminence (absolue, selon Sartre) de la liberté (existence) sur toutes les déterminations (essence).

Commençons par poser qu'il y a, en tout, des libertés (des potentialités, des indéterminés, des possibles et des "ouvertures") et des déterminations (des contraintes historiques et géographiques, généalogiques et écologiques, des règles et des lois, naturelles ou non, des impossibles et des "fermetures").

Le problème posé par l'existentialisme est typiquement, un faux problème reposant sur une fausse dualité (liberté/détermination), comme toujours.

Il n'y a pas à choisir entre libertés et déterminations. Les deux familles coexistent dans toute situation réelle. La capacité de liberté est d'autant plus grande que le système concerné est plus complexe (plus riche en éléments et en liens) ; symétriquement, la pression des déterminations est d'autant plus forte que le milieu dans lequel évolue ce système, est plus compliqué (plus mécanique).

Il y a donc dialectique entre ces deux pôles. Mais, comme toute dialectique, sa résolution n'est possible que dans le champ de force d'un projet, d'une intention.

Là est la seule vraie question (posée tant par Nietzsche que par Bernanos) :

la liberté pour quoi faire ? la liberté pour quel projet ? la liberté au service de quoi ?

 

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A force de vivre "hors sol", un esprit, prisonnier de l'artificialité de l'effervescence urbaine, n'est plus capable de la moindre lucidité sur le Réel. Il vit en vase clos, déconnecté des réalités. Il ne pense plus qu'à sa facilité existentielle et son confort intellectuel (ses certitudes d'un autre temps). Il s'aveugle et refuse de voir les immenses bouleversements du monde réel. Il persiste à ânonner les mêmes slogans périmés que la bien-pensance citadine véhicule (souvent à gauche, parfois à droite) : humanisme, progressisme, démocratisme, bourgeoisisme, etc …

Le problème n'est pas que cet esprit tourne à vide et rabâche des "idéaux" désuets et surannés ; c'est son affaire. Le problème est que ces esprits-là forment une caste où les pouvoirs en place (eux aussi en "hors sol" métropolitain) vont chercher des références, des appuis, des "opinions", des conseils, …

C'est évidemment là que le bât blesse : dans cette concussion idéelle au sein d'un landerneau - surtout parisien - fermé et à côté de la plaque (politiciens, éditeurs, journalistes, affairistes, banquiers, universitaires, publicistes, publicitaires, producteurs, artistes, etc …) où l'on s'entre-coopte et où l'on s'entre-congratule.

Le politologue et pseudo-philosophe Luc Ferry en est le plus parfait exemple (comme le démontre à foison tant sa biographie que son affligeant "Dictionnaire amoureux de la philosophie").

 

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Après être passé par une période de deux siècles d'abord athéïsants puis nihilistes, nous entrons dans une ère de spiritualité post-religieuse, c'est-à-dire de spiritualité plus intériorisée que cultuelle, plus personnelle que communautaire, plus systémique que traditionnelle, plus syncrétique qu'idiosyncratique, plus extrême-orientale qu'occidentale, plus moniste qu'idéaliste, plus axée vers un Divin impersonnel que vers un Dieu personnel, plus intéressée à la sérénité et à la plénitude existentielles qu'au salut et à la béatitude éternels.

 

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Nous quittons un monde où triomphaient les politiques idéologiques, nationales et sociétalistes pour entrer dans un monde où s'installent des politiques pragmatiques, continentales et communalistes.

 

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Il ne faut jamais oublier que la seule mission du politique (la paix et l'infrastructure) est de fournir, à l'économique (l'utilité et l'efficacité) et au noétique (la recherche et l'enseignement), les bonnes conditions nécessaires à leur meilleur développement au service de la Vie et de l'Esprit.

Cela signifie que le politique est au service de l'économique et du noétique, … et n'a pas à s'en mêler.

 

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Je suis de plus en plus convaincu que la mutation paradigmatique que nous vivons, ne réussira qu'au travers d'une (r)évolution spirituelle profonde. Tout le reste s'ensuivra.

Le problème est plus "pour quoi ?" que "comment ?". Une fois le "pour quoi" dûment clarifié et entériné, le "comment" suivra.

Or, aujourd'hui, il suffit d'ouvrir les écoutilles pour entendre le vent des "comment" éluder la lumière du "pour quoi".

Les discours politiques et médiatiques regorgent d'interrogations sur des problème techniques (réchauffement climatique, fin du pétrole, terrorismes islamiques et victimaires, effondrement des systèmes éducatifs et sanitaires, surconsommations, obésités et diabètes, etc …). Toutes ces problématiques sont bien réelles, mais elle ne pourront trouver de solution que si l'on se donne d'abord une bonne raison de les résoudre.

 

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De Georges Clémenceau, dans les années 1930, face à la montée du nazisme :

 

"La France me fait peur. Les gens rient, s'amusent, ne comprennent pas et, s'il comprennent, ils s'en fichent."

 

Rien de nouveau sous le soleil, donc …

Aujourd'hui, malgré les amalgames tordus et faux de certains, ce n'est pas devant la montée d'un autre "nazisme" islamiste ou victimaire, que s'étalent la bêtise et l'indifférence, mais bien devant la fin d'un monde appelé "modernité" qui pourrait avoir des conséquences bien plus effrayantes et mortifères que le nazisme.

 

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C'est étonnant cette nostalgie française aberrante envers les "valeurs républicaines" … Valeurs bien floues et récentes, imposées violemment à des communautés de vie et de terroir qui ne lui demandaient rien, par la troisième république après 1871 (car il faut bien se rappeler que les première et deuxième républiques, ne furent que des naïves utopies stériles et éphémères, purement parisiennes, sans le moindre intérêt). Ces valeurs de 1871 furent essentiellement socialistes c'est-à-dire égalitaristes, antireligieuses (laïcistes),  étatistes, antilibérales et anticapitalistes.

Ces valeurs sont aujourd'hui désuètes et surannées (et sont responsables de l'incapacité de la France à sortir des ornières socialo-gauchiste), mais cela n'est pas une raison du tout pour accepter, sans batailler rudement, les inepties totalitaires des cancers islamistes et victimaires (ce que j'ai appelé, ailleurs, les modes "rétro"). Tout au contraire.

Mais, pour ce faire, il faut se rappeler d'un principe mathématique simple : lorsque quelque chose (x) tend vers zéro, son contraire (-x) y tend aussi, alors que son inverse (1/x) tend, lui, vers l'infini. Lorsque le républicanisme tend vers son zéro (ce qui est le cas aujourd'hui), il faut que l'anti-républicanisme des terrorismes islamiques et victimaires, et des totalitarismes nationalistes de gauche et de droite, y tendent aussi ; pour ce faire, il faut en activer les inverses.

Contre l'étatisme, des réseaux autonomes ; contre le capitalisme spéculatif, des capitalismes entrepreneuriaux ; contre le libéralisme égotique, des libéralismes au service de la Vie et de l'Esprit ; contre les religions dogmatiques, des spiritualités mystiques et ouvertes ; contre l'égalitarisme, un aristocratisme spirituel et intellectuel au service du long terme ; etc …

 

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La loi française de 1905 sur la laïcité est à la fois une bonne et une mauvaise chose. Elle est une mauvaise chose parce qu'elle a été forgée par des milieux socialistes antireligieux et anticléricaux qui voulaient mettre le catholicisme à genoux (il faut donc rétablir, dans toutes les écoles, des cours de philosophies et histoires DES religions et ne plus faire l'impasse sur l'essentielle dimension spirituelle de l'humain). Elle est une bonne chose parce qu'elle établit, mais pas assez clairement, que les croyances et pratiques religieuses ressortissent exclusivement de la sphère privée (personnelle ou communautaire) et qu'elles ne peuvent, en aucun cas et d'aucune manière, nuire ou gêner ou impliquer ou contraindre les citoyens qui ne partageant ni ces croyances, ni ces pratiques.

Des musulmans veulent manger halal, faire leurs prières ou respecter le jeûne du ramadan, qu'ils le fassent chez eux et à la mosquée, mais qu'ils n'emmerdent personne avec leurs pratiques.

 

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Bien des religions font une erreur monstrueuse : faire de leur Dieu un dieu si petit et si mesquin qu'il puisse aller voir et prendre ombrage de ce qu'un Juif ou un Musulman ou autre mettent dans leur assiette ou dans leur verre ou sur leur tête ou ailleurs, de ce qu'ils fassent tel ou tel geste, telle ou telle prière, à tel ou tel moment, à tel ou tel endroit.

Soyons clairs : Dieu s'en fout royalement, divinement même.

Les pratiques ascétiques qu'impliquent ces traditions religieuses, sont des exercices spirituels, institués par des hommes et pour des hommes, afin de stimuler les gens "fidèles" à ces traditions, à persévérer dans leurs efforts à s'élever vers le Sacré et le Divin, à se hisser au-dessus de l'illusoire existence dans le monde des apparences et des vilénies, et d'apprendre à vivre vraiment, au-delà des appétits bestiaux et des comportements médiocres.

Il est temps pour tout le monde de comprendre ces évidences et, pour les crétins qui ne voudraient pas les comprendre, de les convaincre à coups de pied dans le cul.

Jamais la tolérance ne doit tolérer l'intolérance … c'est-à-dire la bêtise.

 

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Le 30/11/2018

 

Une entreprise doit mériter ses fournisseurs autant que ses clients. Il y a de plus en plus d'entreprises qui ne trouvent plus de fournisseurs de qualité parce qu'elles ont oublié ce principe d'éthique.

 

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Le nouveau paradigme qui vient, est une émergence et, en tant qu'émergence, il ne se contrôle pas, il ne se pilote pas, il ne se gouverne pas. Et cela agace tant ceux qui croient détenir un (le) pouvoir puisqu'il leur échappe totalement, que ceux qui voudraient qu'il n'émerge point puisqu'il dérange leurs habitudes, leurs références et valeurs, ou leurs projets.

L'émergence du nouveau paradigme a donc deux familles d'ennemi : ceux qui se croient les maîtres et ceux qui se prétendent les victimes.

Ce qu'il faut bien comprendre, ce sont les raisons et les conditions d'une telle émergence. Toute émergence d'un inédit est une réponse globale (holistique) à une accumulation de tensions que le système antérieur ne parvient plus à dissiper. Ces tensions naissent de l'inadéquation accélérée de cet ancien système par rapport à son milieu et aux systèmes connexes. Autrement dit, pour des raisons structurelles et profondes, l'ancien système est devenu obsolète et n'a que deux stratégies possibles : ou bien l'émergence d'un nouveau système radicalement autre que lui, ou bien la mort.

J'ai montré ailleurs, les cinq grandes sources de ces tensions : écologique, axiologique, généalogique, téléologique et métabolique c'est-à-dire, plus concrètement, les pénuries matérielles, l'inefficience des organisations pyramidales, l'impasse financiaro-industrielle, le nihilisme spirituel et les technologies numériques).

Ces cinq ruptures sont irréversibles (au grand dam des idéologues, de gauche comme de droite, du "monde d'avant") : inutile de pleurnicher, inutile de s'aveugler, inutile de tricher. Il faut en faire son deuil et passer par les cinq stades mis en évidence par Elisabeth Kübler-Ross : le déni (des politiques et des "modernistes", en général), la colère (des "gilets jaunes" et autres …) et la culpabilisation (des "rétros" qui conspuent les mâles, les blancs, les hétéros, les riches, les laïques, …), l'atermoiement (des Davos, Rio, Kyoto, …),  la désespérance (des no future, des suicidaires, des drogués de tous genres, …) , avant que l'on arrive enfin au temps de la sublimation c'est-à-dire de l'assomption du nouveau paradigme (si ces ennemis ne le tuent pas dans l'œuf, tuant du même coup toute l'humanité).

 Revenons à cette idée que, pour le nouveau paradigme, il n'y a plus ni maîtres, ni victimes puisque ces deux notions convoquent des critères et des références qui relèvent de l'ancien paradigme : "maître" par rapport à qui ? "victime" par rapport à quoi ? Comme le suggérait Einstein, on ne résout jamais un problème avec le modèle qui en est la cause.

Les catégories anciennes volent donc en éclat. Ce ne sont ni les nostalgies réactionnaires, ni les velléités politiciennes, ni les pleurnicheries victimaires qui nous feront sortir du trou où nous nous enlisons de plus en plus vite.

Une émergence, comme une cristallisation, a besoin de germes locaux pour les accomplir selon des voies inédites. De même, un nouveau paradigme s'édifie par coalescence d'initiatives privées et locales qui ne tiennent aucun compte ni des "maîtres", ni des "victimes", ni des nostalgies, ni des refus puisqu'elles se placent par-delà ce marais glauque.

Vous voulez contribuer à faire naître un monde nouveau, viable pour vos enfants et petits-enfants, alors prenez vos responsabilités et commencez, dès aujourd'hui, à vivre autrement, hors de l'ancien paradigme, dans la frugalité, dans la réticularité, dans la virtuosité, dans l'intériorité et dans l'immatérialité.

 

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De mon ami Benoît de Guillebon (billet reçu à l'instant) :

 

"S’engager dans une société d’individus !

On entend beaucoup parler d’une diminution de l’engagement, de la fin du vivre ensemble, d’un individualisme exacerbé …. En lisant l’ouvrage de Jacques Ion 'S’engager dans une société d’individus', j’ai réalisé que, comme l’illustrent des mouvements récents , l’engagement est toujours là, mais qu’il a pris d’autres formes. Il se traduit dans 'des collectifs organisés non hiérarchisés, souvent indépendants, et dégagés de la sphère politique instituée'.

 

Les structures politiques et d’autres organisations comme les syndicats qui représentaient l’archétype de l’engagement et du militantisme d’autrefois ne correspondent plus au besoin d’une 'société d’individus'. Et les entreprises qui proposent des 'Bullshit Jobs' [des fonctions qui ne servent à rien et n'ont aucun sens] comme le décrit David Graeber [libertaire américain, grand contempteur des bureaucraties tant publiques que privées], ne sont plus vraiment le lieu où les individus peuvent trouver du sens et donc s’engager. Le fait que les individus autonomes se soient dégagés des 'collectifs hérités' [les partis politiques, les syndicats, …] ne signifie pas une recrudescence de l’individualisme, un désintérêt pour l’engagement, mais plutôt une complexification des façons de penser l’avenir collectif et les pratiques démocratiques.

Et si l’évolution de notre société vers une 'société d’individus' demandait une remise en cause profonde à la fois de l’action politique, du rôle des citoyens mais aussi des organisations de l’entreprise ?"

 

Plutôt que "société d'individus", j'aurais beaucoup préféré "communauté de personnes".

 

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De Calvin :

 

"Dieu ne peut s'enclore."

 

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D'Anselme de Cantorbéry, pour sa définition de Dieu :

 

"Il est Chose si grande, qu'aucune Chose plus grande ne puisse être pensée."

 

Et du même :

 

" Je ne cherche pas à comprendre afin de croire, mais je crois afin de comprendre. Car je crois ceci : à moins que je ne croie, je ne comprendrai pas."

 

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De mon ami le pasteur alsacien Philippe Aubert :

 

"Les fondamentalistes ne sont que des blasphémateurs"

 

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Tout ce qui est populaire est insignifiant.

(Ceci vaut pour tous les sens des mots "populaire" et "insignifiant")

 

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Comme je l'ai déjà souvent montré, l'histoire courte est faite de cycles de onze années (1918, 1929, 1940, 1951, 1962, 1973, 1984, 1995, 2006, 2017, …). Ils se structurent en successions de trois (le premier génial, le deuxième délirant et le troisième catastrophique). Un nouveau cycle a donc commencé en 2017. Ce cycle est censé être génial (et il est vrai que les innovations champignonnent) … Mais je crains qu'il ne soit aussi un cycle de ressentiment profond, au plein sens de Nietzsche.

Oui, partout (des "populistes" et des "eurosceptiques" aux "gilets jaunes" en passant par les "rétros"), on sent sourdre le nauséabond ressentiment de tous ces médiocres qui ont pris conscience de leur impéritie et qui en accusent les autres. Pourtant, l'évidence est là : personne d'autre que soi n'est responsable de sa propre insuffisance.

Cette vague de ressentiment est dangereuse tant elle est porteuse de populisme et puante de guerre civile. Mais comment la juguler dès lors que son origine n'est que l'intuitif constat, fait par la masse, de son incapacité à comprendre et à adopter le nouveau paradigme qui vient ; bref de son refus de l'émergence en cours ?

 

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Il est à la fois singulier et rassurant qu'enfin, le constat soit fait, à large échelle, que les assistanats n'éradiquent en rien les pauvretés et misères, mais qu'au contraire, les amplifient et les ancrent.

L'échec de la "charité" socialo-gauchiste est patent (et peu étonnante pour qui connaît les proverbes chinois) ; mais saura-t-on se débarrasser de cette maladie idéologique ?

 

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Une vraie grande question du jour est celle de la nature et de la profondeur du lien entre activité et revenu, de la relation entre ce que je fais et ce que je gagne, du rapport entre l'exercice de mon métier et mon pouvoir d'achat.

L'arrivée massive de robots surdoués et d'intelligences amplifiées réactive cette problématique. Le centre de gravité des activités humaines s'en trouve radicalement déplacé. La technologie sera le fait d'une infime minorité capable de concevoir, de fabriquer, de programmer, de maintenir et d'améliorer toutes les connaissances et modèles qui sont derrière tous ces systèmes numérisés. Que feront donc tous les autres ?

Tout ce qui est robotisable ou algorithmisable, sera robotisé et algorithmisé.

Autour de ce monde numérico-centré, deux mondes humains, très inégaux en nombre et en nature, se développent déjà : un monde technoscientifique inaccessible au grand nombre, et un monde d'activités, actuelles ou potentielles, qui s'ancreront dans ce qui, en l'humain, n'est ni robotisable, ni algorithmisable.

Quelles seront ces activités ? Tout ce qui non mathématique, non logique, non analytique, non mécanique, non statistique.

 

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Il faut se rappeler, lorsqu'on encense la soi-disant "nouvelle économie" californienne (Google, Apple, FaceBook, Amazon, Uber, Paypal, Tesla et autres muskeries ridicules, etc …), que la plupart de ces entreprises tant admirées, sont en perte récurrente avec des activités non rentables. Elles ne survivent qu'à grands coups d'augmentations de capital que les gogos souscrivent en espérant d'énormes gains futurs.

Très naturellement, elles dévisseront les unes après les autres et, dans dix ans au plus, on n'en entendra plus parler (sauf en analogie avec les "emprunts russes").

Ce n'est pas chez ces pitres et incultes californiens que se forge la vraie "nouvelle économie", celle qui produit de la réelle valeur d'utilité et d'usage, sans passer par la Bourse et le financiarisme.

 

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Dans notre monde, la sagesse appartient aux anciens car les jeunes, par définition, ne connaissent rien à la vie et tentent de la découvrir … mais souvent, depuis toujours, passent à côté en empruntant  ces impasses  faciles que sont les illusions, les fuites, les "idéaux", les artifices et les imaginaires.

Mais les anciens sont vieux. Et leur corps ne suit plus leur pensée. Et ils en viennent à maudire ce corps cacochyme et rhumatisant, et à inventer des "autres mondes" sans corps, sans arthrites, sans diarrhées, sans lombalgies.

Bref : les jeunes sont trop cons et les sages sont trop vieux.

 

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Il n'y a plus du tout d'angoisse (au sens philosophique exploité, jusqu'à "La Nausée", par Sartre) dès lors que l'on renonce à l'ego qui veut, à toutes fins, s'affirmer comme un être-en-soi …

Cet égo n'est qu'épiphénoménal et artificiel ; il a un rôle à jouer comme participant, ainsi que tout ce qui existe, au Réel qui le dépasse et l'englobe.

Toujours la même métaphore de la vague et de l'océan.

La vague existe, mais n'est rien. La vague ne prend sens et valeur qu'en tant que participant à l'océan.

 

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J'ai toujours remplacé l'expression "raison d'être" par "raison d'exister" : l'Être n'existe pas.

Mais il me faut, à présent, parce qu'exister c'est devenir, parler de "raison de devenir", c'est-à-dire : "raison de s'accomplir" ou "raison d'accomplir".

Deux mots : "raison", c'est-à-dire rationalité, cohérence, logicité, efficience, résilience … et "accomplissement", c'est-à-dire plénitude, complétion, joie, fulfilment, shalom,

 

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Participer du Réel et participer au Réel.

De première part : en émaner, en émerger, en dépendre, le manifester, l'exprimer, etc …

De seconde part : le construire, l'accomplir, y contribuer, le servir, le représenter,  etc …

 

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De Louis Lavelle, cette vérité si simple mais si profonde :

 

"Là où l'existence est donnée, la réalité aussi."

 

Et aussi :

 

"Le Moi n'est rien de plus que le pouvoir de se faire."

 

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La difficulté, que je mesure de plus en plus pas, malgré qu'elle soit un truisme pour moi, est celle de se détacher de la vision "objet" (objectale) du Réel, pour entrer dans une vision "processus" (processuelle).

Il n'existe pas d'objet. Rien n'est un objet. Il n'existe que des sous-processus d'un processus unique, unifié et unitif que s'appelle le Réel. Il n'y a rien qui puisse "être" (un arbre, une mer, une étoile, un "moi", une idée, …). Tout ce qui existe n'est que manifestation idiosyncratique locale d'un même Devenir unique appelé "Réel", ou "Un", ou "Dieu".

 

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Au fond de l'idéologie de ce que j'appelle les "rétros" (le contempteurs des mâles, des hétéros, des blancs, des chrétiens, des européens, etc …), il n'est rien d'autre que le refus de la nature, de la génétique, de la biologie, du Réel … Tout cela se construit sur l'illusion que chacun peut et doit se construire l'identité qui lui convient, au mépris de toute réalité vivante.

L'apologie du phantasme et de l'illusion. Le paroxysme de l'orgueil.

Déni absolu de réalité. Hyper-existentialisme sartrien.

 

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[1] Je me souviens, à ce sujet, de cette tartufferie ridicule intitulée "Dictionnaire rationaliste" et éditée sous l'égide du Grand Orient de France !

 

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NOUVEAU : Le Tome 18 "De l'Etre au Devenir" est en ligne (à télécharger gratuitement)