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Nous entrons en souffrance !

Les Bourses s'effondrent et font découvrir le désastre des fausses économies spéculatives, des planches à billets, des "façades de Catherine II" que toutes les institutions de pouvoir, politiques et administratives, économiques et syndicales, noétiques et académiques, ont érigé pour faire croire, à grands coups de mensonges, d'anesthésiants et d'analgésiques, que le monde d'avant pourrait continuer à distiller son panem et circenses aux masses lobotomisées.

Le modernisme, ses modèles, ses valeurs, ses méthodes et ses idéaux sont moribonds. Face à la déliquescence de la féodalité rongée par la dégénérescence ecclésiale, la Renaissance avait enclenché un nouveau paradigme qui s'est, peu à peu, mondialisé par voie de colonisation. Il y eut l'humanisme du 16ème siècle, qui remit l'humain au centre de la Vie. Il y eut le rationalisme du 17ème siècle qui fit de cet humain un dieu sur Terre par la puissance de sa raison. Il y eut le criticisme du 18ème siècle qui, par la raison, désincarna l'humain pour en faire des concepts : l'Homme, l'Humanité, le Peuple, la Nation … Il y eut le positivisme du 19ème siècle qui, rationnellement, ne voulut plus reconnaître que les faits tels que perçus et évacua la métaphysique au profit du scientisme et du technologisme. Et il y eut le nihilisme du 20ème siècle qui sapa, systématiquement, tout ce qui faisait valeur, et qui instrumentalisa et marchandisa tout ce qui pouvait avoir un prix … au prix de centaines de millions d'assassinats par voies militaires, idéologiques, politiques ou économiques.

Face à cet effondrement moderne, trois scénarii s'ouvrent : l'entêtement moderniste qui mène à la mort, la transmutation paradigmatique qui régénère la vie ou le retour à une "pureté" passée (et imaginaire) qui engendre la guerre.
Ce ternaire est un déchirement. Et tout déchirement induit de la souffrance. Nous entrons en souffrance, en torture, même, comme l'on dit qu'une parturiente entre en travail (le tripalium romain était un instrument de torture).

La religion du confort et de la facilité, confortée par toutes les institutions de pouvoir protégeant leurs fonds de commerce, use déjà, pour faire croire en sa légitimité et en la pérennité de son paradigme, de nombreux miroirs aux alouettes comme la crétinisation des masses par l'audiovisuel généralisé, comme la mythologie de la technologie, comme la sacralisation de la bien-pensance, comme l'étatisation progressive de tous les espaces de vie, comme la légalisation insidieuse des pratiques de sécurisation paranoïde et de médiocrisation générale.
En soutenant le modèle économique financiaro-industriel (américain d'origine) et en prônant la croissance à tous prix, c'est-à-dire l'accélération forcenée de la raréfaction dramatique de toutes les ressources indispensables, en favorisant la financiarisation de la vie et la politisation de tout, les Etats, leurs gouvernements et leurs administrations conduisent le monde à sa perte.
Cette logique suicidaire doit être combattue. Il y a deux manières de le faire.

La première, aussi délétère que la politique de l'entêtement, vise le retour à une "pureté" originelle, largement réinventée ; c'est la voie de l'islamisme djihadiste, du revivalisme chrétien, de l'écologisme militant, du communisme sous toutes ses formes, du libéralisme de l'agressivité et de la possession, du nationalisme teinté de patriotisme, etc …
Les uns veulent revenir à la pureté du Coran, d'autres à celle des Evangiles ou de la Nature ou du Peuple ou de la Nation … Toutes ces "puretés" réinventées plaquent un refus légitime du modernisme sur une nostalgie puérile. Ils projettent leurs frustrations d'aujourd'hui sur des hommes du passé dont ils ne connaissent rien ou peu s'en faut. Mais que leur importe. Il vaut mieux un "bon vieux temps" qui n'a jamais existé que le "vrai mauvais temps" qu'ils vivent eux, avec colère, avec aigreur, avec peur, avec violence, avec sueur.

L'autre voie de sortie, par le haut cette fois et non vers le bas et l'arrière, est d'opérer cette mutation paradigmatique que j'appelle de mes vœux depuis trente ans. Elle consiste à pratiquer la frugalité, la spiritualité, l'intériorité, la réticularité, la bienveillance, la joie et l'écosophie. Elle consiste à aimer le Cosmos et la Vie tels qu'ils sont et tels qu'ils vont. Elle implique de renoncer aux faux idéaux issus des obscures "Lumières" : humanisme, idéologisme, démocratisme, solidarisme, égalitarisme, étatisme, économisme, universalisme, etc … Je renvoie ceux de mes lecteurs que cela intéresse, vers la grosse soixantaine de livres que j'ai pu publier grâce à quelques éditeurs courageux.

Pour tous ceux qui comprennent que la voie de la Vie est la seule qui soit enviable (pour eux, mais surtout pour leurs enfants et petits-enfants) et qui veulent s'atteler à construire ce nouveau paradigme qui est déjà là, en germination, il faut mettre en garde : ils devront se battre sur deux fronts en même temps : celui de la mort par entêtement et celui de la guerre pour la pureté. Et ils verront que chacun de leurs deux ennemis tentera de récupérer chacune de leur action à son profit  car, évidemment, ils appliquent avec malveillance ce stupide adage qui voudrait que "les ennemis de mes ennemis sont mes amis".
Ne nous laissons pas faire ! Que chacun prenne ses responsabilités !

Marc HALEVY, 10 février 2016.